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Reportage Tour de France femmes 2022 : une apothéose à la Super Planche des Belles Filles pour des coureuses qui ont trouvé leur public

Après une semaine marquée par un engouement populaire qui a dépassé les attentes, le Tour de France femmes s’est achevé dimanche dans la ferveur de la Super Planche des Belles Filles.

Article rédigé par Adrien Hémard-Dohain, franceinfo: sport - De notre envoyé spécial
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié
Temps de lecture : 5 min
Le public est venu en nombre soutenir les coureuses lors de l'ultime étape du Tour de France femmes, le 31 juillet 2022, sur la Super Planche des Belles Filles (Haute-Saône). (ADRIEN HEMARD / FRANCEINFO: SPORT)

Non, Thibaut Pinot n'était pas dans le peloton, dimanche 31 juillet. Pour une fois, le coureur franc-comtois, l'enfant du pays, n'était pas le chouchou de la Super Planche des Belles Filles, même si son nom et son visage étaient omniprésents dans l'ascension vosgienne devenue un lieu mythique du Tour de France. Ce sont bien les héroïnes du Tour de France femmes qui étaient attendues au sommet, pour le final de cette Grande Boucle historique.

Trois semaines après avoir accueilli une étape du Tour masculin, la Haute-Saône était de nouveau sur son 31 dimanche. Dès l'aube, les supporters s'affairent à décorer les rues de Lure, et le dispositif est identique à celui de la Grande Boucle masculine : une Super Planche des Belles Filles fermée à la circulation, y compris pour les voitures accréditées. Un système de navettes assure la jonction jusqu'au sommet de la Planche.

"Elles sont courageuses"

Dans le bus, une consœur américaine venue du Colorado cherche à comprendre la signification du nom de cette arrivée pas comme les autres. "Oh, mais c'est une histoire triste !", répond Betsy, à l'évocation du suicide collectif des jeunes filles fuyant les envahisseurs suédois à la fin du XVIIe siècle. La journaliste américaine se montre étonnée de voir autant de public à la descente du bus, au niveau de la flamme rouge : "Les Français sont incroyables, ils ont vraiment répondu présent". Et Betsy n'a encore rien vu.

A quelques mètres de là, Pierre et sa famille sont déjà bien installés sous leur parasol. Comme beaucoup, ils ont profité des navettes gratuites pour grimper. "Ça permet de respecter l'environnement ici en pleine nature, et on peut emmener le pique-nique. On est comme à la maison", savoure le local, qui attend avec impatience le passage de l'étoile franc-comtoise, Juliette Labous"Elles sont courageuses, ça va être un beau final." 

Venus en navette, Pierre et sa famille patientent dans le premier mur de la Planche. (ADRIEN HEMARD / FRANCEINFO: SPORT)

Un peu moins discret, Thierry fend la foule de l'autre côté des barrières. Dans ses mains, il tient une large banderole à la gloire d'Evita Muzic. Et pour cause : il s'agit de sa fille. "On est venus avec un bus de supporters de tout le Jura pour l'encourager. C'est la première fois qu'on fait ça, son fan-club est naissant", savoure le paternel, ému de voir sa progéniture conclure le premier Tour féminin sur ses routes. "Voir sa fille sur le premier Tour, avec l'arrivée à la maison, je ne pouvais rêver mieux". La cinquantaine de membres du fan club traverse une foule déjà dense, direction le dernier kilomètre et sa route de graviers. Pas de chance : les remontées mécaniques sont fermées, et même réquisitionnées comme parking.

En route, on croise, comme chaque jour sur ce Tour, les agriculteurs de la FNSEA qui tiennent une buvette alléchante, où tout est local, des bières aux glaces. Un point stratégique, entre la flamme rouge et la première rampe sévère de l'ascension. C'est là qu'on y rencontre une famille picarde, Thierry et ses filles, montée en vélo. Après avoir vu le passage des hommes dans le Nord, ils ont décidé de passer leurs vacances sur le Tour féminin : "On le fait tous les ans pour les hommes, là on a changé. Et on a bien fait : c'était génial, une super semaine. On s'est régalé et on attend avec impatience le final ici aujourd'hui".

"On a du réseau, ils ont du rosé"

A l'ombre des conifères qui bordent l'ascension, la petite famille savoure les dernières heures d'attente du Tour : "Au Markstein (samedi), on a vu des coureuses qui souriaient, qui pleuraient, qui criaient. Elles sont entières, elles donnent tout. C'est beau". Annoncée à 16 heures, la caravane se fait désirer. Toujours plus nombreuse, la foule suit la course sur écran géant, où sur smarpthone. C'est justement le cas de Pierre et Rémy, cachés dans les sous-bois après avoir grimpé la côte en vélo : "On a du réseau, nos voisins ont du rosé. On est faits pour s'entendre. Il y a un peu moins de monde aujourd'hui, mais il y a quand même de la foule. C'est juste dommage de ne pas nous avoir permis de monter jusqu'en haut."

Accoudées à la barrière, Hélène et Valérie ont parcouru le même chemin. "On a lâché nos maris, nos enfants, on voulait venir entre filles pour cette journée historique. On ne pouvait pas louper ça, en tant que cyclistes".

La danse des gendarmes... et de Van Vleuten

Alors que la bière coule à flots sous les tentes de brasseurs, et que la foule se pare de maillots et casquettes à pois sous un soleil de plomb, l'ambiance monte d'un cran. Les premiers véhicules officiels arrivent. Certains calent dans l'ascension, ce qui occupe un peu le public. Avec une heure de retard, la caravane pointe enfin le bout de son nez. Elle marque un long arrêt sous la flamme rouge, dans une ambiance de fin de colonie de vacances. Même les gendarmes dansent. 

Depuis une semaine, Thierry et sa famille suivent le Tour de France femmes pour leurs vacances. (ADRIEN HEMARD / FRANCEINFO: SPORT)

Place aux coureuses. Une partie du public s'empresse d'aller se positionner dans le dernier kilomètre, en empruntant parfois des chemins de travers dont une piste de ski qui file droit vers le sommet. Un raccourci qu'Annemiek van Vleuten n'a pas besoin de prendre pour arriver seule en tête sur la ligne, sous un tonnerre d'applaudissements.

Félicitée par son équipe, bercée par une fanfare brésilienne, la maillot jaune n'a plus qu'à savourer sa victoire. Du haut de la Super Planche des Belles Filles, elle peut aussi admirer la foule et contempler le chemin parcouru par le cyclisme féminin. Un rapide coup d'œil en contrebas suffit pour voir que les coureuses ont conquis les spectateurs.

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