Tour de France 2023 : depuis la réforme des points UCI, pourquoi une quinzième place n’a-t-elle plus rien d’anecdotique ?

Sur chaque étape du Tour de France, des points pour le classement mondial sont désormais attribués aux 15 premiers sur la ligne d’arrivée.
Article rédigé par Hortense Leblanc - De notre envoyée spéciale sur le Tour de France
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié
Temps de lecture : 5 min
Les coureurs du Tour de France lors de la 4e étape entre Dax et Nogaro. (MAXPPP)

Des sprints pour la 14e ou 15e place des étapes, c’est ce à quoi nous pourrions assister de plus en plus sur les étapes des Grands Tours, dont le Tour de France. Alors que l’Union cycliste internationale (UCI) accordait des points uniquement aux cinq premiers des étapes jusqu’à fin 2022, une réforme entrée en vigueur cette saison distribue des points jusqu’à la 15e position désormais. Des points pris en compte pour le classement mondial individuel mais surtout utiles au classement mondial des équipes, alors que les relégations et promotions en World Tour, la première division du cyclisme avec 18 formations, sont jugées tous les trois ans.

"La réforme des points UCI ? Désolé, j’aimerais bien vous répondre, mais je n’en ai pas entendu parler." Pour le Danois Michael Morkov et son équipe de la Soudal Quick-Step, bien installée parmi les premières au classement mondial, les unités distribuées à la fin de chaque course ou étape ne sont pas vraiment une préoccupation. L’équipe belge se trouve loin de la zone de relégation entre la première division, le World Tour et ses équipes qui participent à toutes les grandes courses, et la deuxième, les Pro Teams qui doivent compter sur des invitations. Pour celles qui espèrent rester dans les 18 premières positions mondiales, ou y grimper, la chasse aux points est ouverte sur un cycle de trois saisons, entre 2023 et 2025.

Le message est passé aux coureurs

Ancienne équipe World Tour, Israel-Premier Tech fait partie, avec Lotto-Dstny, des équipes reléguées en Pro Teams à l’issue du cycle 2021-2023. Pour la formation israélienne, chaque point compte pour remonter à l’échelon supérieur, comme elle l’a montré sur le Giro, en empochant de nombreuses unités grâce à Derek Gee, quatre fois 2e d’étape et deux fois 4e. "Finir dans les 15 premiers, ce n’est pas la stratégie principale, parce qu’on roule pour gagner, mais c’est une stratégie tout de même. Il ne faut pas laisser tomber les points. Il faut être actif, opportuniste pour être récompensé et avoir des coureurs placés tous les jours. Je pense qu’on pourrait voir plus régulièrement des sprints pour des places dans le top 15", affirme Rick Verbrugghe, l’un des directeurs sportifs de l’équipe.

"Je trouve que c’est juste de revaloriser les plus grandes courses du monde au niveau des points. C’était extrêmement frustrant et inconcevable de voir qu’un coureur qui finissait 5e n’obtenait que 5 points sur le Tour de France. Alors que par ailleurs, il y a des courses de classe moins importante qui rapportaient plus de points", note Vincent Lavenu, manager d’AG2R-Citroën. Jusqu’en 2023, entre 120 et 5 points étaient distribués du premier au cinquième de chaque étape d’un Grand Tour. Ce sont désormais entre 210 et 5 points qui sont alloués du premier au 15e sur le Tour de France (entre 180 et 2 points sur le Giro et la Vuelta). “Toutes les équipes sont sensibilisées à cela et encore plus les équipes qui sont en bas de tableau comme nous. Nous avons fait passer le message à nos coureurs qu’une 7e place par exemple, ce n’est pas anecdotique. On doit être attentifs à tous les points, parce qu’au bout des trois ans, la balance sera à quelques points près”, assure Vincent Lavenu. A la fin du dernier cycle, la différence entre les 18e et 19e places s’était jouée à 995 points.

"Avec cette réforme des points, c’est bien plus avantageux de viser les étapes que de faire 9e ou 10e du classement général, donc pour nous, ça tombe bien", se réjouit Warren Barguil (Arkea-Samsic), dont l’équipe s'est hissée au niveau World Tour fin 2022. Sur le Tour de France, ce sont en effet entre 1 300 et 230 points qui sont distribués du 1er au 10e du classement général, et entre 1 100 et 180 sur le Giro et la Vuelta.

"On se dirige vers une ligue fermée"

Mais alors que cette réforme semblerait avantager les équipes qui n’ont pas vraiment de leader ou d’ambitions au classement général, des voix apportent plus de nuances. "J’aime l’idée que les grandes courses et les Grands Tour rapportent plus de points. Mais pour une équipe Pro Teams qui n’est pas invitée à chacun de ces événements, c’est compliqué de profiter de cette revalorisation de points et grimper au classement mondial", explique Jens Haugland, manager de l’équipe Uno-X, invitée sur le Tour de France mais pas sur le Giro en mai. "Les points, ce sont du lobbying des grandes équipes pour verrouiller la hiérarchie, fustige Jean-René Bernaudeau, manager général de TotalEnergies. Les grosses formations réduisent le danger d’être sorties du World Tour, et on se dirige vers une ligue fermée. Toutes les équipes Pro Teams n’ont pas accès aux épreuves auxquelles on a rajouté des points et désormais, ce n’est plus le classement des 10 meilleurs coureurs qui est pris en compte, mais celui des 20 meilleurs coureurs de chaque équipe."

Pour les formations n’ayant pas les moyens de compter sur 20 coureurs capables de jouer aux avant-postes, la donne peut se compliquer. Lotto-Dstny, qui ne peut pas aligner des équipes très compétitives sur les trois Grands Tours, a renoncé au Giro pour économiser ses meilleures forces en vue du Tour de France. Mais elle les a envoyées sur des courses de catégories inférieures, toujours bien dotées en points, et où elle a plus de chance de briller, comme le Grand Prix du Morbihan ou le Tro Bro Leon, où Arnaud De Lie a respectivement décroché une victoire et une 2e place. Avec cette stratégie calendaire sur la période du Giro, Lotto-Dstny a ainsi marqué plus de points (1 377) que plusieurs équipes de World Tour obligées de s’aligner sur le Giro, dont certaines sont ses concurrentes au classement mondial, comme AG2R-Citroën, Intermarché-Circus-Wanty, Astana ou Arkea. Caleb Ewan s’est ainsi économisé au mois de mai et vient de finir 3e et 2e des deux premiers sprints du Tour de France. Des résultats synonymes de gros points.

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