Vendée Globe : où commence l'assistance aux skippers ?

La disqualification mercredi de Bernard Stamm pour avoir reçu de l'aide lors d'une escale forcée provoque la colère de plusieurs navigateurs, qui plaident le cas de force majeure.

Le skipper suisse Bernard Stamm navigue à bord de son voilier \"Cheminées Poujoulat\" le 1er octobre 2012, lors du Vendée Globe.
Le skipper suisse Bernard Stamm navigue à bord de son voilier "Cheminées Poujoulat" le 1er octobre 2012, lors du Vendée Globe. (JEAN-MARIE LIOT / DPPI / AFP)

Avis de tempête sur le Vendée Globe. Le navigateur suisse Bernard Stamm a été disqualifié par le jury, mercredi 2 janvier, pour avoir reçu de l’aide et donc enfreint le règlement de cette course autour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance. Les autres concurrents protestent contre une sanction qu’ils jugent trop sévère. Et à travers cette décision, c’est la définition même de l’assistance en mer qui fait débat.

Ce qui est reproché à Bernard Stamm

Le 23 décembre, Bernard Stamm fait une escale forcée à l'île Enderby, en Nouvelle-Zélande, pour réparer ses hydrogénérateurs, des petites hélices immergées à l'arrière de son bateau : sa seule source d’électricité à bord. Dans une vidéo mise en ligne le 31 décembre, il fait part de son désespoir. C’est la réparation de la dernière chance pour boucler son tour du monde.

Problème, l'ancre de son bateau, Cheminées Poujoulat, ne croche pas sur le fond, à cause des algues laminaires qui le tapissent, et son voilier dérive dangereusement. Le marin décide donc de s'amarrer à un navire scientifique russe, le Professeur Khoromov, mouillé près de lui. Un matelot russe monte alors à bord, sans être sollicité par Bernard Stamm, et y reste pendant toute l'opération.

Le jury international du Vendée Globe, indépendant de l'organisation de la course, estime que "s'amarrer sur un autre bateau" constitue une première infraction et que le fait de ne pas demander "à la personne sur son bateau de quitter le bord quand il l'a découverte" en est une deuxième.

Ce que dit le règlement

“Le problème, c’est que, dans le cas de Bernard Stamm, l’infraction est très précisément décrite dans le texte fondateur”, explique Denis Horeau, directeur de course du Vendée Globe, au micro de BFMTV (vidéo). Et cette règle 3.2 relative à l'assistance extérieure "fait partie de l’ADN de la course".

L'avis de course, le règlement du Vendée Globe (PDF), stipule que "pendant l’épreuve, un concurrent ne pourra avoir de contact matériel avec aucun autre navire ou aéronef". “Un concurrent pourra relâcher, au mouillage, (...) mais ne devra recevoir aucune assistance extérieure (...) ni accoster un quai ou un autre navire." Le texte conclut qu'"en cas de non-respect de cet article, le concurrent sera disqualifié".

“Comme dans tous les sports, c'est l'arbitre qui a raison, rappelle à l'AFP Alain Gautier, vainqueur du Vendée Globe 1992-1993 et consultant sécurité de l'organisation. Le jury est souverain." Pour lui, les textes "sont très clairs et dans le cas de Bernard, [les membres du jury] ne peuvent aller que dans ce sens-là".

Ce que plaident les navigateurs

Jean-Pierre Dick, troisième de la course, dénonce sur le site du Vendée Globe une décision “totalement démesurée". S’il reconnaît que “Bernard Stamm a commis une infraction au règlement”, il juge surtout qu'"il s'agit d'un cas de force majeure" et que son confrère "a agi en bon marin pour sauver son bateau". Jean Le Cam, cinquième au classement, est lui aussi "remonté comme une pendule" et avance les mêmes arguments sur le site de la compétition. Il va cependant plus loin : "Il faut se rendre compte qu'à l'avenir, on ne pourra plus se porter assistance en cas de danger immédiat, de peur d'être disqualifié."

Le Britannique Mike Golding, sixième de la course, souligne sur le site du Vendée Globe que le coup est particulièrement dur pour Bernard Stamm, qui avait déjà abandonné lors des éditions 2000-2001, pour des problèmes mécaniques, et 2008-2009, après s'être échoué aux îles Kerguelen, dans l'océan Indien. Il ajoute surtout qu'"avec une grande partie du Pacifique Sud à parcourir, puis le Cap Horn et la menace des icebergs, ça paraît très injuste".

“Je pense toujours avoir agi dans l'esprit de la course”, plaide Bernard Stamm dans cette vidéo. “Je pense que le jury n'a pas tenu compte du contexte, j'ai agi pour la sécurité de mon bateau." Le skipper a fait appel de sa disqualification, signale le site du Vendée Globe. Le jury devra donc dire si le cas du marin relève de l’article 3.2 sur l'assistance ou, comme le suggèrent les concurrents de la course, de l’article 7.3 du règlement relatif au sauvetage et à l'assistance en mer. Or ce dernier (PDF) s’en remet aux traités internationaux qui "font obligation à tout bateau ou concurrent d’apporter toute l'aide possible à toute personne ou navire en danger".