Le Vendée Globe ne serait plus le même sans…

Au choix : les collisions avec les chalutiers, les démâtages, les vidéos de skipper ouvrant une boîte de foie gras à Noël…

La flotte du Vendée Globe, le 10 novembre 2012 au large des Sables d\'Olonne (Vendée).
La flotte du Vendée Globe, le 10 novembre 2012 au large des Sables d'Olonne (Vendée). (DAMIEN MEYER / AFP)

VENDEE GLOBE - De la même façon que les albums d'Astérix ont un goût d'inachevé quand manquent les pirates, les Romains, les lancers de poissons et les menhirs qui volent bas, un Vendée Globe sans chalutiers frondeurs, sans démâtage, sans vidéo de skipper mangeant son foie gras lyophilisé en face du Cap Horn le jour de Noël n'a pas la même saveur. Voici les éléments indispensables d'un Vendée Globe mémorable.

Le ou les abandons du premier jour

Les maudits de l'an 2012 s'appellent Marc Guillemot, dont la quille s'est brisée après quelques heures de course, et Kito de Pavant, qui n'a cumulé qu'une trentaine d'heures de course en deux Vendée Globe. Plusieurs années de travail et au moins un million d'euros tombés à l'eau.
Probabilité que ça se produise : 100%. Ce genre d'incident ne rate jamais.

Les collisions avec des chalutiers

Sur le Tour de France, les commentateurs sermonnent les spectateurs massés au bord de la route : "Ne courez pas à côté des coureurs." Devant le nombre de collisions entre chalutiers et monocoques – déjà deux en une semaine de course (Kito de Pavant et Louis Burton mercredi 14 novembre) –, d'autres ironisent : "Ne pêchez pas à côté des skippers."
Probabilité que ça se produise : forte en début de course. Le malheureux Louis Burton (encore lui !) avait heurté un chalutier avant le départ aux Sables d'Olonne en 2008. Les règles de navigation stipulent qu'un voilier a priorité sur un bateau à moteur, sauf si c'est un chalutier qui pêche. Il est aussi précisé qu'il faut assurer une veille continue à la barre, ce qui est impossible pour un navigateur solitaire.
Bonus : en 2008, le skipper suisse Bernard Stamm avait carrément percuté un cargo, comme le skipper hongrois Nandor Fa avant lui, en 1996. Aucun navigateur du Vendée Globe n'est encore rentré dans un requin, contrairement à Vincent Riou sur la Transat anglaise.

Les démâtages

Lors de la dernière édition en 2008, six bateaux ont perdu leur mât. Mais, contrairement à une idée reçue, ce n'est pas l'incident le plus fréquent en course. La tuile habituelle, c'est le problème de safran (une partie du gouvernail) : toujours au moins une avarie dans la flotte depuis 1988. N'empêche, le démâtage est de loin l'accident le plus spectaculaire : "La cause de toutes ces ruptures paraît simple : le mât est la partie du bateau qui subit le plus le conflit entre poids et puissance et c’est à la limite de ce rapport que l’on a coutume de travailler, au détriment de la fiabilité", écrit le site de la Barcelona World Race. Le Vendée Globe, c'est aussi la succession du Golfe de Gascogne, du pot au noir, des quarantièmes rugissants et des cinquantièmes hurlants, autant de passages qui mettent à rude épreuve hommes et machines. 

Le monocoque \"Group 4\" de Mike Golding de retour aux Sables d\'Olonne le 10 novembre 2000 après avoir démâté la veille, jour du départ du Vendée Globe.
Le monocoque "Group 4" de Mike Golding de retour aux Sables d'Olonne le 10 novembre 2000 après avoir démâté la veille, jour du départ du Vendée Globe. (MARCEL MOCHET / AFP)


Probabilité que ça se produise cet année : forte. De nombreux concurrents ont démâté à l'entraînement. 

Le concurrent exotique largué au bout de quinze jours

Cette année, c'est le Polonais Zbigniew Gutkowski qui hérite de l'étiquette du néophyte. Une catégorie de skippers critiqués à mots couverts par le reste de la flotte. "Il y a peu de concurrents venus en touristes", explique au Figaro Samantha Davies, 4e de l'édition 2008. Quand on demande au directeur de la course si certains skippers n'étaient pas prêts, il répond : "Non aucun, même pas Gutek [Gutkowski], le Polonais. C’est aussi un changement par rapport aux éditions précédentes." Reste que sa stratégie de course, très à l'ouest, suscite des doutes chez les internautes. 

Probabilité que ça se produise : pour le moment, Zbigniew Gutkowski n'est pas trop distancé en fin de classement. Une option tactique audacieuse ?

La vidéo buzz du skipper qui se déhanche sur une chanson des années 80

C'est le deuxième effet des caméras sur les bateaux : la vidéo de Samantha Davies se déhanchant à la barre de Roxy sur l'air de Girls Just Want to Have Fun de Cyndi Lauper a fait le tour des télés en 2008. 

Probabilité que ça se produise : très forte. La direction de la course a imposé aux marins des caméras sur le bateau. "On leur demande de communiquer, ils se font scénariste, metteur en scène, cameraman et acteur !", explique Jean-Yves Chauve, le médecin du Vendée Globe, dans La Voix du Nord.

La vidéo du skipper qui mange son foie gras lyophilisé le jour de Noël

Un classique. Il y a toujours une place pour le foie gras dans les 150 kg de nourriture qu'emportent les skippers lors de leur tour du monde.
Probabilité que ça se produise : certaine. La #teamfoiegras est largement majoritaire dans la flotte. Les skippers qui avaient préparé un menu différent ont connu des fortunes contrastées. Louis Burton, qui s'était mis de côté une tartiflette pour les fêtes, va peut-être devoir la déguster à terre. Jean Le Cam, dont l'épouse est restauratrice, a emporté à bord du rougail de saucisse et du confit de canard. Arnaud Boissières a dans la soute du foie gras préparé par sa maman.
Bonus : lors du Vendée Globe 2008, le skipper Roland Jourdain avait rencontré le Père Noël en personne. Une rencontre du troisième type qu'il a filmée.

L'abandon idiot

En 2008, Michel Desjoyeaux avait dû faire machine arrière car un de ses ballasts (un réservoir d'eau servant à stabiliser le bateau) avait lâché. La raison ? La semaine précédant le départ, trop de badauds étaient montés sur le bateau. Trop de poids sur le plancher = un joint de ballast qui cède, explique le Vendée Blog. L'histoire se termine bien, celui qu'on surnomme "Le Professeur" remportant la course 84 jours plus tard. Tout le monde n'a pas eu cette chance : c'est... une rage de dents qui a poussé Guy Bernardin à l'abandon en 1989.
Probabilité que ça se produise : faible, car la professionnalisation de la flotte réduit les risques d'accident idiot. Attention, niveau hygiène dentaire, Samantha Davies a nettoyé mercredi 14 novembre des pièces de son bateau avec sa brosse à dents… Espérons qu'elle en ait plusieurs en stock.

 

Le sauvetage d'un concurrent par un autre marin

Un classique du Vendée Globe. En 1990, Philippe Poupon, à califourchon sur la coque de son bateau, est secouru par Loïck Peyron (à partir de 3'30 sur la vidéo). 

En 1996, le bateau de Raphaël Dinelli se retourne le jour de Noël. Les images de son canot de sauvetage ont fait le tour du monde avant que le marin britannique Pete Goss vole à son secours. La marine australienne est mise à rude épreuve tous les quatre ans : c'est elle qui a sauvé Thierry Dubois et Tony Bullimore en 1996 puis Yann Eliès, victime d'une fracture du fémur, en 2008.
Probabilité que ça se produise : forte, surtout dans la deuxième partie de la course.

Mélangez le tout pendant 84 jours, mâtinez de gros temps et de vidéos au milieu des creux de 12 mètres, et vous obtenez la course la plus dure du monde.