Tour de France : Romain Bardet, de la tête aux pieds

Tout, vous saurez tout sur le petit coureur français qui monte, cinquième provisoire de la Grande boucle et candidat au podium à l'arrivée.

Romain Bardet, sur la 13e étape du Tour de France, entre Saint-Etienne et Chamrousse, le 18 juillet 2014. 
Romain Bardet, sur la 13e étape du Tour de France, entre Saint-Etienne et Chamrousse, le 18 juillet 2014.  (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

"Bardet, pour moi, il a une attitude de champion. Il se bat bien, toujours bien placé, un gros caractère et il grimpe très bien aussi. Quand on est troisième, on peut gagner le Tour." La phrase est signée Dave Brailsford, le manager de l'équipe Sky, dans L'Equipe. Alors que le coureur AG2R se trouve à la cinquième place du classement général, mercredi 23 juillet, faisons plus ample connaissance avec Romain Bardet, le Français qui monte, qui monte.

Les cheveux

Romain Bardet s'est toujours montré assez sage au niveau capillaire. Sauf... sur sa photo officielle sur le site du Tour de France. Là, ses épis prennent le pas sur sa crête.

La génération 1990 n'est guère photogénique. Le maillot vert, Peter Sagan, a aussi une coupe de cheveux redoutable sur le site du Tour.

Les oreilles

Romain Bardet s'est fixé un objectif modéré pour ce Tour de France. Après avoir terminé 15e et premier Français au général en 2013 – "Ça ne veut rien dire pour moi", tempère-t-il – il vise le top 10, avec dans un coin de sa tête une victoire d'étape. N'allez pas croire que seuls les footballeurs ont la chair de poule quand retentit l'hymne de la Ligue des champions. "La musique du podium, ça me met le frisson. C'est bête, mais c'est comme ça", confie Romain Bardet dans Vélo Magazine. Il y avait droit tous les soirs quand il revêtait le maillot blanc du meilleur jeune (que Thibaut Pinot, un autre Français, lui a chipé, mardi).

La tête

Surtout, ne dites pas à Romain Bardet que c'est la "tronche" du peloton. "Je suis avant tout coureur cycliste. Je ne suis pas un étudiant qui fait du vélo", s'est-il défendu lors d'une interview au site Vélochrono. Pourtant, avant de devenir professionnel, il a passé un master de droit. L'entraîneur national Bernard Bourreau, qui a longtemps travaillé avec les espoirs, se souvient : "Il pouvait étudier des livres de droit pendant les trajets pour se rendre aux entraînements en équipe de France." 

Depuis, il suit par correspondance le master de droit du commerce de l'école de management de Grenoble. "Il a toujours réussi à allier le cyclisme et les études de manière remarquable", remarque François Leccia, directeur de la formation, sur le site de l'école, qui vante aussi les notes du coureur : "Plus de 15 de moyenne [en 2013] !"

Le portefeuille

L'équipe AG2R a beau figurer dans l'élite du vélo mondial, elle n'a pas les moyens galactiques d'une formation comme Sky. Pour preuve, Romain Bardet a reconnu avoir dû acheter lui-même trois capteurs de puissance à fixer sur sa machine, relève le site spécialisé The Inner Ring (en anglais). Le jeune coureur est conscient que sa formation ne joue pas dans la même cour que l'équipe Sky, qui multiplie les stages coûteux : "On ne fait pas comme Sky à monter sur des volcans dès le mois de janvier", déclare-t-il sur L'Equipe.fr.

Les mains

Libération a demandé à Romain Bardet quel était son meilleur souvenir de son premier Tour, l'année dernière. L'Alpe d'Huez ? Le mont Ventoux ? Non. "Un des meilleurs moments, c'est quand j'ai serré la main de François Hollande." Eh oui, Romain Bardet, longtemps abonné au Monde diplomatique, est féru d'actualité politique.

Le coureur cycliste Romain Bardet serre la main de François Hollande à l\'issue de la 9e étape du Tour de France, à Bagnères-de-Luchon, le 7 juillet 2013. 
Le coureur cycliste Romain Bardet serre la main de François Hollande à l'issue de la 9e étape du Tour de France, à Bagnères-de-Luchon, le 7 juillet 2013.  ( MAXPPP)

L'estomac

Romain Bardet a recours à un spécialiste en micro-nutrition, qui a également travaillé avec le club de foot de Chelsea. Contrairement à certains de ses camarades, la journée de repos s'est passée sans pizza : "Salade, volaille, viande blanche avec du riz" pour le midi, explique Denis Riché dans L'Equipe. Bardet, originaire d'Auvergne, confesse un petit faible pour les plats locaux, peu adaptés à la diététique d'un coureur cycliste. "J’aime la cuisine auvergnate, comme l’aligot. J’apprécie aussi les plats caloriques à base de fromage. Mais c’est à consommer avec modération", reconnaissait-il dans une interview à Cyclisme Mag.

La vessie

Pour son premier Tour de France, Romain Bardet a perdu neuf minutes sur une étape de plat. La faute à une pause-pipi malencontreuse. En 2012, "pour ma première saison pro, je ne voulais jamais m’arrêter seul pour pisser, raconte-t-il à Vélochrono. J’avais trop peur de ne jamais revenir." En 2013, sur l'étape de Saint-Amand-Montrond, le jeune Romain prend confiance, s'arrête quasiment seul pour satisfaire un besoin naturel... et ne revoit jamais le peloton. Le métier qui rentre.

Les chevilles

Même s'il occupe la une de L'Equipe depuis une semaine, Romain Bardet se veut insensible à la pression. La première marche du podium ne lui manque pas :  "Je ne me suis jamais imaginé pouvoir battre Nibali." La troisième ? Il explique froidement qu'il lui faut 5 minutes d'avance sur le redoutable rouleur américain Tejay Van Garderen avant le contre-la-montre de Bergerac, la veille de l'arrivée, pour espérer un podium à Paris. Modeste.

Le coureur Romain Bardet récupère après l\'étape du Tour de France entre Grenoble et Risoul, le 19 juillet 2014. 
Le coureur Romain Bardet récupère après l'étape du Tour de France entre Grenoble et Risoul, le 19 juillet 2014.  (CHRISTOPHE ENA/SIPA / AP)

Les jambes

Même si ses idoles de jeunesses sont le grimpeur français David Moncoutié ou le sulfureux pirate italien Marco Pantani, Romain Bardet ne se définit pas comme un grimpeur, mais comme un "coursier". Pas faux, c'est d'ailleurs sur le plat qu'il s'est révélé, lors de l'Amstel Gold Race, une classique du printemps, en 2012, avec une échappée fleuve de 200 km pour être repris à 9 bornes de l'arrivée.

"Je trouve que beaucoup de gens me parlent encore de l’Amstel, confie Bardet à Vélochrono en 2013. Voilà, parfois, je ne me sens pas très à l’aise avec ça. Ce n’est qu’une échappée, encore j’aurais fait top 5 ou top 10, j’aurais compris que c’était quelque chose, mais là ce n’était pas le cas ! Ce n’est pas sur des échappées que l’on fonde une carrière." Mais sur de belles places d'honneur au classement général, oui.