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Pierre Plihon : "Je suis passé par différents stades pendant le confinement, dont celui de la dépression" 

Il a ressenti "un pur bonheur". Lundi, Pierre Plihon, archer français et membre de l’équipe de France de Tir à l’arc, a pu reprendre son arc et ses flèches. Depuis Nîmes, l’international français, 5e par équipe aux Jeux olympiques de Rio en 2016, s’est confié avec sincérité à France tv sport sur son déconfinement mais aussi son confinement, dont il avoue être passé par différents stades, dont celui de la dépression. Témoignage.
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France Télévisions
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Temps de lecture : 4 min.
 (PHILIPPE MILLEREAU / KMSP)

Depuis lundi, la France a débuté son déconfinement progressif. Quelles ont été les premières choses que vous avez fait ?
Pierre Plihon :
"Je savais que lundi les sportifs de haut niveau pourraient s'entraîner dans les structures municipales. Je languissais le moment. La nuit précédente, j’ai mal dormi et à 5 heures du matin, je ne tenais plus. J’ai sorti mon chien, et j'ai attendu l'heure à laquelle je pouvais aller m'entraîner. À 8 heures, j’étais devant le portail, et je n’attendais qu'une chose : pouvoir remettre mes doigts sur la corde, tirer des flèches et sentir cette vibration de l'arc. Quand j'ai tiré la première flèche, j'ai ressenti un pur bonheur. A cet instant, je me suis rappelé pourquoi j'aimais autant ce sport et pourquoi je le pratiquais, au-delà même des compétitions."

Et en dehors du sport ?
P.P. : "Je suis passionné de pêche et j’étais vraiment en manque. Avec mon partenaire d’entraînement et ami Quentin Soule, la première chose qu'on a fait le lundi après-midi, c’est acheter un bateau d'occasion. On avait regardé les annonces pendant le confinement. En ce moment, le programme c’est entraînement le matin, et pêche l’après-midi. "

Comment s’est passée la reprise de l'entraînement ?
P.P. :
 "Au tir à l’arc, nous sommes sur des gestes très répétitifs et on sollicite beaucoup les épaules. Avec mon entraîneur, nous avons ainsi déterminé un plan d'entraînement qui consiste à reprendre en douceur, pour ne pas générer de tendinopathie, ou quoi que ce soit au niveau des épaules. Cette phase de reprise va nous permettre de prendre le temps de retravailler la technique et le physique. Le but est de faire de petits entraînements mais très réguliers, sur un rythme de deux jours d'entraînements, un jour de repos, et ce pendant deux semaines. Puis, j'augmenterai la cadence de tirs, et j'espacerai les repos."

Comment avez-vous vécu votre confinement ?
 P.P. : "Le confinement, il n’est pas simple à décrire. Comme beaucoup je pense, je ne savais pas combien de temps cette situation allait durer. J'ai continué à m'entraîner, tout en espérant la reprise des compétitions, notamment celles permettant de récupérer des quotas pour me qualifier aux Jeux de Tokyo. Au départ, j’étais dans l’optique de rester mobilisé et prêt pour ces échéances auxquelles on se préparait depuis des mois. 

"Sur le plan sportif, le confinement m'a fait l'effet d'une fin de carrière"

Et puis, les jours et semaines sont passés, le confinement était prolongé et les compétitions annulées. Jusqu’au report des Jeux, j'ai bien géré ce moment. Mais une fois le report annoncé, c'est toute la saison qui a volé en éclat. Je suis passé par différents stades, dont celui de la dépression. Je n'arrivais plus à toucher mon arc. J’ai fini par appeler une psychologue de l'Insep pour qu’elle m'aide. Je la connaissais, je travaille avec elle depuis plusieurs années autour de la préparation mentale.

Sur le plan sportif, le confinement m'a fait l'effet d'une fin de carrière. J'ai 30 ans, et depuis sept ans, j’organise ma vie autour du sport et forcément, la fin de carrière c'est une chose à laquelle on pense quand on arrive à cet âge. Là, j'ai eu l'impression d'arrêter sur blessure, c'est comme si je m'étais cassé l'épaule avec l'impossibilité de pratiquer de nouveau. Malgré tout, je m'estime chanceux car certains ont vécu un confinement bien moins agréable que le mien, et cela fait relativiser."

 (JEWEL SAMAD / AFP)

Pendant le confinement, avez-vous pu vous entraîner ?
P. P. :
"J’ai maintenu la préparation physique générale, c’est-à-dire les abdos et le gainage notamment, et tout le travail avec les élastiques. J'ai installé une cible chez moi, sous une mezzanine. Je tirais à 2 mètres. Au début du confinement, j'étais sur un entraînement quotidien où je tirai entre 150 et 200 flèches, une cadence bien moindre des séances habituelles. Mais tirer à 2 mètres, juste pour la technique, c’est très dur mentalement de rester investi et qualitatif. On a très vite fait de partir en mode automatique et de se détériorer techniquement. L'idée était de faire des séances où j'étais investi 100% sur chaque flèche. Mais les semaines avançant et les objectifs tombant, j'avais de plus en plus de mal à toucher l'arc."

Qu’est-ce qui a été le plus dur pendant le confinement ?
P.P. : "Je n'aime pas les polémiques, je m'en tiens à mon rôle de sportif. Mais ce qui m’a le plus angoissé, c’est la peur de quitter l’état de droit, de voir tous ces policiers verbaliser sur leurs simples estimations du bien fondé du déplacement. J'ai eu peur de l'avenir. Et j’ai peur encore aujourd’hui sur ce qui va advenir de nos libertés internes."

 Comment vous projetez-vous dans les prochaines semaines ?
 P.P. : "Les semaines prochaines... Si c'est mon côté optimiste qui vous parle, je dirais que les compétitions reprendront un jour, et qu’on pourra être dans une logique de préparation avec des objectifs précis et notamment les JO de 2021. Un an, c'est déjà demain. Je vais reprendre ma préparation en essayant de mettre à profit ce temps supplémentaire qui nous a été donné pour cet événement. C'est ainsi que je motive à m'entraîner et à avaler du volume. Si c'est le côté pessimiste, la seule certitude que j'ai, c'est d'être dans le doute, donc je continue à faire ce que je sais faire et advienne que pourra. Ce confinement m’a permis de me recentrer sur mes proches et de prendre soin d’eux." 

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