Wimbledon 2024 : "Il n’y a aucune stabilité, le système est très dur", raconte Maxime Janvier, 225e joueur mondial, qui galère sur le circuit secondaire

Eliminé au premier tour de Wimbledon, le Français Maxime Janvier s’est livré sur les difficultés d’être un joueur du circuit secondaire.
Article rédigé par Sasha Beckermann - à Wimbledon
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié
Temps de lecture : 3 min
Maxime Janvier, à Wimbledon (Londres), le 1er juillet. (NEIL HALL / EPA)

Aujourd’hui je n’ai pas gagné d’argent, c’est un peu la déception pour moi.” C’est un joueur désillusionné par son sport qui s’est présenté à la presse, à la suite de sa défaite face au Chinois Zhang Zhizhen (7-6 [4], 6-3, 6-2) lundi 1er juillet. Il ne reste sur le circuit que parce qu’il espère toucher un jour la “carotte financière”.

Maxime Janvier, grand échalas d’1m96, cheveux blonds peroxydés, yeux dans le vide, s’était qualifié pour la première fois de sa carrière pour le tableau principal de Wimbledon. “Dégoûté” selon ses dires, par le tennis et la compétition, le Français, médiatisé ces derniers jours pour ses célébrations engagées à coup de "Pour la thunasse ! La thune, que ça", s’anime au moment d’évoquer les inégalités qui traversent son sport.

"On n’est pas tous traités ici de la même manière. J’ai appris par exemple qu’il y avait deux vestiaires, un pour les têtes de série, un pour les autres. Je ne sais pas pourquoi, je découvre des choses", attaque-t-il d’emblée avant de s’interroger : "Est-ce moi qui suis différent ? Je ne sais pas, mais c’est ça qui m’a dégoûté." Ce que décrit Maxime Janvier c’est ce "système", inégal et injuste selon lui : "Je ne sais pas pourquoi je serais un rebelle, je dis juste les choses." L’attribution des wild-cards, des points, et même des prize money, tout y passe : “Pourquoi je suis sur l'argent ? Parce que c'est ce qui reste. Mark Lajal [269e mondial], s'il bat (l'Espagnol Carlos) Alcaraz, il n'aura pris que 45 points. Il va falloir qu'il regagne beaucoup. Il n'y a aucune stabilité. Le système est très dur." Le jeune estonien s’est finalement incliné face au tenant du titre (7-6 [3], 7-5, 6-2), qui vient aussi de remporter Roland-Garros.

"Je dis juste ce que tout le monde pense tout bas. Peut-être qu’il y a beaucoup d’hypocrisie dans ce monde."

Maxime Janvier

en conférence de presse, à Wimbledon

S’il avait su ce qui l’attendait, Maxime Janvier n’aurait pas "fait cette vie, c’est très très dur, il faut tout le temps être bon". Le Français écume les Challengers. Après la parenthèse - même pas enchantée - de Wimbledon, direction la Roumanie : "Le quotidien va reprendre. Mon objectif, c’est de faire ces tournois-là pour accéder aux qualifications des plus gros tournois." Et c’est dans ces plus gros tournois, comme les Grands Chelems, que Janvier espère "faire un peu d’argent". 

Ses trois victoires en qualification à Wimbledon lui ont permis d’engranger environ 70 000 livres (environ 82 500 euros), sans compter la déduction des taxes locales, impôts, et ses frais sur place : "Je ne sais pas combien ça me fait TTC, je vais faire les comptes à la fin de la semaine comme tous ceux qui ont une profession libérale. Et bien sûr, je ne vais pas oublier d’aller chercher tout ça parce que c’est la seule chose qui me reste."

Un prêt bancaire de 50 000 euros

Le joueur de 27 ans décrit une vie solitaire, sans stabilité : "J’aimerais que quand on est enfant, les gens vous alertent sur ça. Que tu dois avoir des parents riches, et si tu n’en as pas, des gens qui t’aident, des sponsors. Les gens doivent savoir qu’on n’est pas tous des Nadal, Djokovic ou Medvedev. Ce n’est pas la vérité. Ce sont cinq, huit peut-être 10 joueurs."

Maxime Janvier a connu des moments particulièrement difficiles dans sa carrière. Il confiait à L'Équipe après les qualifications, avoir dû réaliser un prêt bancaire de 50 000 euros il y a quelques années pour voyager avec son coach : "J'étais ruiné ! Complètement ruiné. Trop stressant. Je bossais H24 et je finissais le mois en négatif de 2 000 ou 3 000 euros. Je ne pouvais pas continuer, c'était invivable, horrible."

Le Français ne se fixe pas encore d’horizon pour arrêter sa carrière, uniquement conserver un classement : "Si dans trois ans, je suis 400e mondial, je me laisse trois mois pour remonter et sinon, j'arrête”, expliquait-il à L'Équipe. Il ajoutait lundi : “Quand je n'arriverai plus à faire ça, je dirai au revoir sans regret. Et je dirai aux jeunes : 'Bonne chance à vous.'"

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