Tennis : Roger Federer possède une "faculté affolante à durer dans le temps et se réinventer"

Julien Boutter, premier tennisman battu par Roger Federer en 2001, a réagi sur franceinfo alors que le joueur suisse est devenu samedi le deuxième joueur de l'histoire à franchir la barre des 100 titres. 

Le tennisman suisse Roger Federer a remporté samedi 2 mars 2019 le tournoi de Dubaï, son 100e titre.
Le tennisman suisse Roger Federer a remporté samedi 2 mars 2019 le tournoi de Dubaï, son 100e titre. (KARIM SAHIB / AFP)

En remportant le tournoi de Dubaï samedi 2 mars, Roger Federer est devenu le deuxième joueur de tennis de l'histoire à franchir la barre des 100 titres. Seul Jimmy Connors a fait mieux avec 109 succès. À 38 ans, le Suisse écrit une nouvelle page d'une fabuleuse carrière.

Julien Boutter est le premier tennisman battu par Federer, lui permettant de décrocher son premier titre à Milan le 4 février 2001. Interrogé sur franceinfo, le joueur déclare trouver "affolante" la "faculté" de Federer "à durer dans le temps et de se réinventer".

franceinfo : Comment avez-vous abordé votre rencontre avec Roger Federer le 4 février 2001 ?

Julien Boutter : Il y avait beaucoup de projections et d'espoirs sur Federer. Tout le monde disait que c'était le futur Pete Sampras mais il n'avait rien prouvé donc pour moi, l'approche de ce match-là, je l'ai abordée comme un match classique. Il était 20e mondial, on sentait qu'il était un peu stressé, tendu pendant la finale mais plus du tout avec ses sautes d'humeur, vraiment avec une concentration beaucoup plus aboutie et c'est ce qui lui a permis de gagner ce titre. (...) On sentait le talent bien évidemment car des joueurs de cette génération-là, il était numéro 20 à l'âge de 19 ans, il n'y en avait pas des tonnes. C'était un joueur, en plus, qui a un jeu très offensif, quand on connaît la difficulté pour un attaquant d'arriver très tôt à maturité surtout dans ce tennis très moderne après cette période de Sampras, Agassi, c'était vraiment une performance et il avait bien sûr quelque chose dans la main. Maintenant, à s'imaginer à ce moment-là qu'il allait faire ce parcours-là et qu'il allait avoir cette carrière, personne ne pouvait imaginer à ce point.

Ça vous a étonné ?

Tout le monde est étonné et d'ailleurs, à un tel point, que maintenant plus rien ne nous étonne de sa part depuis maintenant 18 ans. À part 3-4, tout le monde se casse les dents, il a su se réinventer dans une période où les terrains ont été un peu ralentis, les balles aussi, il a adapté son jeu, il est devenu un peu moins offensif (...) avec une grosse régularité et avec ses fulgurances au filet. Et puis avec l'âge, il est revenu à ses premières amours avec un jeu un peu plus offensif où il ne craignait pas de faire des fautes et c'est ce qui lui a permis de décrocher des grands chelems et des titres. Sa façon de se réinventer est incroyable.

Est-ce qu'il peut égaler voire battre le record de 109 titres de Jimmy Connors ?

S'il décide d'aller chercher ce record-là, il va le battre automatiquement. Maintenant, aller le battre en gagnant neuf titres dans ces catégories-là, ça ne va pas être facile. (...) Sportivement, il fait partie des plus grands champions au même titre que Jordan ou autres, parce qu'une longévité comme celle-là, sur toutes les surfaces, dans un sport qui est devenu tellement contraignant physiquement. Et puis, c'est ce qui m'impressionne le plus : sa passion du sport et cette envie d'aller en découdre parce que le haut niveau n'accepte pas le compromis. Pour rester à ce niveau-là, il doit avoir une implication à 100% et constante donc je trouve ça affolant, sa faculté à durer dans le temps et de se réinventer.