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Monfils, Tsonga, Gasquet : est-il trop tard pour qu'un Mousquetaire gagne Roland-Garros ?

L'édition 2017 du tournoi parisien est la première dans laquelle les trois meilleurs joueurs français ont dépassé la trentaine. Un mauvais signe ?

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France Télévisions
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Jo-Wilfried Tsonga, Gaël Monfils, Gilles Simon et Richard Gasquet saluent le public du premier tour de Coupe Davis France-Canada, le 6 mars 2016 à Baie-Mahault (Guadeloupe). (MIGUEL MEDINA / AFP)

"Aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années", écrivait Corneille dans Le Cid. Cet adage vaut aussi pour le tennis, où les grands champions commencent à gagner très jeunes. Nos Mousquetaires Jo-Wilfried Tsonga (32 ans), Gaël Monfils (30) et Richard Gasquet (30) ont-ils dépassé la date de péremption ? Gilles Simon (32 ans) a déjà pris la porte lundi, face au Géorgien Nikoloz Basilashvili. Et pour les autres, les statistiques ne sont pas très encourageantes.

Oui, un seul joueur a gagné son premier Grand Chelem après 30 ans

Ce tableau, qui montre l'âge de la première victoire en Grand Chelem, est révélateur : un seul joueur a remporté un tournoi majeur à 30 ans passés. Le surprenant José Gimeno, qui a soulevé son premier trophée Porte d'Auteuil en 1972, à 34 ans et 11 mois, fait figure d'ovni. Dans les vestiaires du court central, on ne donnait pourtant pas cher de sa peau. "Tu as déjà gagné", affirmait à son champion l'entourage de Patrick Proisy, le jeune prodige de 23 ans qui avait éparpillé les favoris en chemin. "A la fin du match, il pleurait. Moi, j'avais juste saisi la chance de ma vie", se souvient Gimeno dans El Pais. 

Oui, les vainqueurs trentenaires demeurent rarissimes

L'espoir auquel s'accrochent les papys du tennis a un nom : Roger Federer. Le tennisman suisse a remporté un formidable Open d'Australie, fin janvier, à plus de 35 ans. Le premier trentenaire à soulever un trophée majeur depuis 2003 et le succès de fin de carrière d'Andre Agassi à l'Open d'Australie (32 ans), qui suivait de peu le jubilé de Pete Sampras à l'US Open en 2002. 

Sans remonter jusqu'à Ken Rosewall, qui a gagné trois tournois du Grand Chelem à 35 ans passés dans les années 1970, force est de constater que les papys vainqueurs sont des joueurs au palmarès bien étoffé. 

Oui, on bâtit la majeure partie de son palmarès avant 26 ans

Les plus grands champions ont construit leur carrière de manière similaire : premier grand titre à la sortie de l'adolescence, période d'invincibilité autour de 22-23 ans, lent déclin après 25 ans et un ou deux titres grappillés une fois trentenaires. Il existe forcément des exceptions à maturation lente, comme Ivan Lendl ou Andre Agassi. Deux joueurs connus pour la rigueur de leur hygiène de vie (sur le tard pour le "Kid de Las Vegas").

Les chiffres sont têtus : l'âge moyen du vainqueur de Grand Chelem est de 24 ans. A cet âge-là, seul Jo-Wilfried Tsonga avait atteint la finale d'un des tournois phares, l'Open d'Australie 2008, à 23 ans. Il avait cédé face à un jeunot, Novak Djokovic, de deux ans son cadet.

Oui, les grands champions partent de plus en plus tard

Ce qui laisse, fatalement, encore moins de miettes pour les joueurs qui sont tombés sur la mauvaise génération, comme nos Mousquetaires avec le "Big Four". "Avant, [les joueurs qui avaient passé la trentaine] pouvaient lever le pied et se faire pas mal d’argent dans des clubs ou en participant à des exhibitions. Mais ce n’est plus possible. L’argent aujourd’hui est sur le circuit", explique au Temps Jack Reader, entraîneur d’Alexandr Dolgopolov, à qui l'on promettait un avenir doré et qui n'a toujours rien gagné à 24 ans passés.

Les papys du circuit – Roger Federer (35 ans), Rafael Nadal (30 ans), Novak Djokovic (30 ans), Andy Murray (30 ans), voire Stan Wawrinka (32 ans) – risquent de taper la balle encore quelques années, histoire d'éteindre les derniers espoirs tricolores. Peut-être finiront-ils comme Jimmy Connors, qui a fêté son 39e anniversaire lors d'un seizième de finale de l'US Open ? Ce qui nous amènerait à 2026 pour Novak Djokovic... "Pas maintenant. Pas cette génération", tranchait déjà Yannick Noah, interrogé sur les chances françaises de remporter un Grand Chelem, en 2013. 

Oui, les joueurs français ont un problème avec l'ambition

Roger Rasheed, qui a géré la carrière de Jo-Wilfried Tsonga et Gaël Monfils, confiait à The Australian que leur talent n'était pas en cause. Leur faim de victoires, un peu plus : "Pour gagner un grand tournoi, vous devez être obsédé par le jeu et la façon de devenir le tout meilleur."

En France, le public donne l'impression de préférer des joueurs classés 50e à l'ATP qui tapent un exploit en huitième de finale de Roland-Garros, à des abonnés au top 20 mondial qui donnent l'impression de plafonner, alors que se maintenir à ce niveau constitue en soi une sacrée performance. Demandez à Gaston Gaudio, vainqueur de Roland-Garros 2004, qui a rapidement disparu de la circulation, au point d'enchaîner les tournois Challengers trois ans après son sacre, à 28 ans à peine.

Lucas Pouille constatait l'an passé, dans Le Parisien :  "Si Alexander Zverev dit qu’il veut être n°1, on va trouver ça génial. Si c’est Quentin Halys ou moi, on va dire : ça y est, il a le melon." Et du coup, quand Gilles Simon affirme au site suisse 24 heures.ch "j’ai toujours l’espoir de remporter un titre du Grand Chelem", il se sent obligé de nuancer son propos : "mais bon, je sais que nous sommes tombés sur une génération de malades."

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