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Le dernier Djokovic - Tsonga en Australie ou le jour où Novak a changé de régime pour devenir le Gargantua du tennis

Jeudi, Novak Djokovic retrouve Jo-Wilfried Tsonga pour un troisième affrontement à Melbourne dans la carrière des deux hommes. Leur dernière opposition à l'Open d'Australie, un quart de finale de l'édition 2010, reste le paradoxe d'une défaite mais d'un acte fondateur pour l'actuel numéro un mondial.
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France Télévisions
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 (PAUL CROCK / AFP)

Entre Novak Djokovic et Jo-Wilfried Tsonga, c'est une rivalité qui dure. Surtout en Australie. Les deux hommes se connaissent depuis 2008. Ils ne sont alors que des promesses sur le circuit quand ils se croisent pour la première fois, pour leur première finale de Grand Chelem à Melbourne. Le Serbe sort vainqueur et soulève un trophée qui deviendra une de ses principales conquêtes. Et pourtant, le point de départ de sa légende n'est peut-être pas le plus important de ses matches contre le Tricolore. En 2010, Djokovic est sorti par le Manceau en quart de finale du tournoi australien après un combat de cinq sets. De cette défaite douloureuse est née un monstre assoiffé de titres mais mis au régime sec pour accomplir sa quête de triomphes.

Ce 27 janvier 2010, c'est un Djoker aux deux visages qui s'escrime sur le court bleu de la Rod Laver Arena. Celui qui est alors tête de série numéro 3 du tournoi domine le début de match et mène deux sets à un. Il vient de passer un cinglant 6-1 à son adversaire et semble sur la voie royale vers une place dans le dernier carré. Mais son corps, machine alors loin d'être infaillible, le lâche. Le Serbe est pris de vomissements durant la rencontre. Pas à son maximum, il perd pied physiquement et le match se renverse totalement. Tsonga triomphe (7-6, 6-7, 1-6, 6-3, 6-1) d'un Djokovic à bout. Après la rencontre, ce dernier explique avoir souffert de troubles de la digestion toute la nuit avant la rencontre.

Une tranche de pain comme révélateur

Chez lui, à Chypre, un homme observe avec attention la rencontre, poussé par sa femme à suivre les échanges de la star du peuple. Le docteur Igor Cetojevic n'est pas vraiment focalisé sur le jeu, mais plutôt sur les ennuis de santé qui font flancher Djokovic. "Le commentateur répétait à plusieurs reprises : 'Novak connaît de nouveau des problèmes d’asthme', raconte-t-il dans le quotidien anglophone Gulf News en 2013. Mais d'après mes observations et mon expérience acquise par la médecine traditionnelle chinoise, j'ai pu constater que l'asthme n'est pas le problème. Chaque fois que le commentateur en parlait, je disais à haute voix : 'ce n'est pas l'asthme!"

Certaines voix dans le microcosme de la balle jaune voient ces difficultés physiques comme une "excuse" aux défaillances d'un joueur au talent certain mais au mental parfois friable. Mais Cetojevic en est persuadé, les problèmes de Djoko' ne sont pas réellement d'ordre respiratoires. "Je sais que, généralement, la plupart des symptômes dus à l’asthme apparaissent dans la matinée - et le match de Novak se disputait dans l'après-midi. De plus, s’il avait vraiment été asthmatique, il n'aurait pas été en mesure de jouer deux sets excellents avant que les difficultés respiratoires apparaissent."

Ces deux sets de perdition en Australie vont finalement faire le plus grand bien à Djokovic. Par le biais d'amis communs avec le père du joueur, Cetojevic parvient quelques mois plus tard à l'ausculter à Zagreb, en plein cœur d'un rassemblement de la sélection serbe en Coupe Davis. Convaincu d'avoir trouvé la source des maux de Djokovic, il lui fait passer une série de tests, dont un pour le moins déroutant. Le champion doit résister à la pression exercée par le médecin sur son bras droit tendu, tout en tenant son bras gauche contre son estomac. Puis Cetojevic coupe une tranche de pain et demande à son compatriote de la tenir dans sa main gauche, toujours contre son bas-ventre. Djokovic ne résiste pas à la pression et sent son bras droit bien plus faible qu'à l'accoutumée.

Du gluten au trône

"J'ai découvert qu'il était très sensible au gluten, une protéine présente dans le blé, l'un des aliments les plus courants dans l'alimentation de Novak, explique Cetojevic. Il a grandi, comme beaucoup de jeunes, en mangeant beaucoup de pain, de pizzas, de pâtes et pancakes." La révélation est totale. Djokovic suit les recommandations culinaires de Cetojevic et change son régime alimentaire. Exit le gluten, bonjour l'eau chaude et les cuillères de miel. Et terminés les hauts et les bas de son organisme, capable de le lâcher complètement en pleine rencontre, comme contre Gaël Monfils à l'US Open lors de sa première saison pro en 2005, où il l'emporta après avoir dû prendre quatre temps-mort médicaux, juste pour retrouver sa respiration. Ou comme ce fameux quart de finale 2010 de l'Open d'Australie contre Jo-Wilfried Tsonga. Depuis ce match, le bilan entre les deux hommes a tourné à la démonstration : 14 victoires pour Djoko, une seule pour le Français. Comme quoi, l'appétit vient vraiment en mangeant (mieux).

Le palmarès de Djokovic n'a pas tardé à enfler à vue d'oeil. Finaliste de l'US Open quelques semaines après sa rencontre décisive avec son docteur miracle (qui a fait partie de son staff, sa saison 2011 est ensuite un véritable chef d'oeuvre. Trois tournois du Grand Chelem, cinq Masters 1000 et la place de numéro un mondial : Djokovic rejoint les ogres du circuit que sont Rafael Nadal ou Roger Federer. Ce palmarès historique aurait pu ne jamais se concrétiser sans sa défaillance terrible contre JWT, bourreau d'un jour mais indirect sauveur d'un destin.

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