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Marion Bartoli, la mal-aimée du tennis français

La numéro 1 française dispute sa finale à Wimbledon, samedi. Mais l'enthousiasme du public reste bien discret...

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France Télévisions
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La joueuse de tennis française Marion Bartoli lors de sa demi-finale à Wimbledon (Royaume-Unis), le 4 juillet 2013. (SUZANNE PLUNKETT / REUTERS)

On ne peut pas dire que la qualification de Marion Bartoli pour la finale de Wimbledon, jeudi 4 juillet, ait soulevé les foules. Etonnant, en un sens, quand on se souvient de la ferveur qui a porté Jo-Wilfried Tsonga en demi-finale de Roland Garros, le mois précédent. Certes, Wimbledon n'est pas Roland-Garros et le public hexagonal a la tête ailleurs - les vacances ou le Tour de France. Mais sa finale face à l'Allemande Sabine Lisicki, retransmise sur Canal+, pourrait apporter la première médaille française féminine dans ce sport depuis celle d'Amélie Mauresmo en 2006, sur la même pelouse.

Marion Bartoli, numéro un tricolore, n'a jamais été la chouchou du public, ni des médias. Joueuse opiniâtre, très attachée à son entraîneur de père, elle a tourné le dos à l'équipe de France féminine et ne se départit pas de son tempérament coriace. De quoi faire d'elle la mal-aimée du tennis français.

Des critiques sur son physique

Si vous avez suivi les matchs de Marion Bartoli sur les réseaux sociaux, vous avez sans doute lu (écrit ?) des remarques désobligeantes à propos de son physique. Avec 1,70m pour 63 kg, selon la WTA, la 15e mondiale est loin des 1,83m et 66 kg de la première mondiale, la Biélorusse Victoria Azarenka. Des bras mastoc, un ventre grassouillet, des cuisses imposantes... son poids jugé excessif est autant raillé par la presse sportive que féminine. Sa page Wikipédia a même été détournée à plusieurs reprises, rappelle le blog Le Yaourt du sport, affichant un temps "le cassoulet est arrivé".

"Oser dire que je suis 21e mondiale uniquement parce que je joue des petits tournois et dire que je n’ai pas un physique de joueuse professionnelle, c’est très humiliant", se plaignait-elle en 2007. Fait assez incroyable pour une tenniswoman de son niveau, Marion Bartoli s'est retrouvée sans sponsor pendant plusieurs saisons, jusqu'à ce que Lotto vienne à sa rescousse. "Je ne suis probablement pas assez blonde, pas assez grande et pas assez mince", ironisait la Française en 2010. 

Son jeu

Comparée à ses principales adversaires, au jeu puissant et fluide, Marion Bartoli manque d'élégance. "En la regardant jouer, on a l’impression de voir une junior en train d’apprendre le tennis", se moque le site Sport Vox. Son coup droit à deux mains, directement piqué à son idole Monica Seles, n'a rien de très gracieux. "Marion Bartoli n'a pas de talent tennistique particulier. Elle volleye à peine, ne fait jamais d’amortie, ne touche pas particulièrement bien la balle", commente Rue 89.

"Entre les points, pour garder sa concentration, elle sautille et refait coups droits et revers, comme un golfeur préparant son swing", complète L'Express. Pas vraiment esthétique, mais assez efficace pour battre la championne belge Justine Hénin, en demi-finale de Wimbledon, en 2007. Et naviguer dans le top 20 du classement WTA depuis sept saisons.

Son caractère

"Une vraie battante", dit d'elle Monica Seles. Et tenace, au point de vexer parfois ses adversaires, comme la Française Aravane Rezaï, moins critiquée par les médias. "Je suis Corse et j’ai beaucoup d'orgueil. Il vaut mieux ne pas me titiller, sinon je sors mon venin et je suis encore plus agressive", a prévenu Bartoli - née en Auvergne mais d'ascendance corse - en 2007. Pas du genre à faire des concessions, elle a néanmoins assuré n'avoir "aucune animosité" envers Aravane Rezaï et expliqué ses propos durs par le besoin d'une "thérapie de groupe", après le premier tour de Roland-Garros en 2010, note L'Equipe.

Le moment venu, Bartoli sait quand même faire preuve d'autodérision, comme le montrent ses propos adressés au New York Times, en 2012. "J'ai fait un test de QI une fois dans ma vie, quand j'étais petite. J'ai obtenu 175. Mais si je le refaisais aujourd'hui, je n'aurais peut-être que 75". Absente des JO à Londres (Royaume-Uni), en 2012, elle s'est amusée à dire qu'elle jouerait quand même : "Je vais planter un filet dans mon jardin. Au moins, je serai sûre de ramener une médaille, parce que je jouerai contre mon père."

Son individualisme

Marion Bartoli n'a joué qu'un match en Fed Cup, entre 2004 et 2013. Pendant neuf ans, la France a dû se priver de sa meilleure joueuse, qui refusait de se séparer de son entraîneur de père pour rejoindre l'équipe nationale. Les choses ont enfin évolué quand Marion Bartoli a pris ses distances avec lui. Elle a participé à deux stages de l'équipe nationale, disputant le barrage pour ne pas descendre en troisième division contre le Kazakhstan, en avril dernier. 

Marion Bartoli s'écroule de joie après sa victoire contre Kirsten Flipkens en demi-finale de Wimbledon (Royaume-Uni), le 4 juillet 2013. (ANDREW COWIE / COLORSPORT / SIPA)

L'arrivée d'Amélie Mauresmo à la tête de l'équipe a changé la donne. Mise en confiance par l'ex n°1 mondiale - qui a remporté Wimbledon en 2006 , Marion Bartoli a réintégré le groupe. La capitaine de l'équipe de France de Fed Cup fait désormais office de coach officieux pour Marion Bartoli. Signe que leur relation est forte : elle a repoussé ses vacances pour rester à Wimbledon et assister à la finale. 

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