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Coupe Davis de tennis : une finale sur terrain neutre, "on n'ira pas la jouer à Yaoundé, ça c'est sûr", s'emporte Noah

Finale sur terrain neutre, format raccourci : la fédération internationale de tennis veut réformer la Coupe Davis. Tous les joueurs sont loin d'être convaincus.

Article rédigé par Fabrice Abgrall, franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min
Yannick Noah le 13 novembre à Strasbourg. (PATRICK HERTZOG / AFP)

L'Argentine va-t-elle remporter sa première Coupe Davis ? La finale débute vendredi 25 novembre, à Zagreb, où les Argentins affrontent la Croatie, vainqueur en 2005 de cette compétition qui désigne depuis 1900 la meilleure nation en tennis.

Mais la Coupe Davis est, en quelque sorte, un chef-d'oeuvre en péril. Son format actuel et sa périodicité font débat : le tournoi ne trouve plus sa place dans un calendrier toujours plus chargé. C'est pourquoi il convient de le réformer, tout le monde est d'accord sur ce point. Mais comment ? Les avis divergent.

Les joueurs hostiles à une finale sur terrain neutre

La Fédération internationale de tennis propose d'organiser la finale sur terrain neutre à partir de 2018. Pour l'heure rien n'est fait, mais David Haggerty, le patron du tennis mondial, a l'air de tenir à ce projet piloté par un francais, Bernard Giudicelli, le président du Comité de la Coupe Davis : "David Haggerty a lancé une consultation auprès d'un certain nombre de villes, mais pour l'instant rien n'est décidé, on est dans la consultation et l'étude de faisabilité économique du projet." La Fédération veut se donner du temps pour trouver des sponsors – et les rentrées financières qui vont avec.

Le problème, c'est que les joueurs n'ont pas été consultés, et ce sentiment d'exclusion décuple leur rancœur et leur hostilité à ce projet. Yannick Noah, par exemple, le capitaine de l'équipe de France, ne veut pas entendre parler de finale sur terrain neutre : "Je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Un terrain neutre, ça va être où ? Chez le plus offrant ? Je n'ai pas envie que la Fédération internationale de tennis devienne la FIFA [la Fédération internationale de football]."

Yannick Noah redoute qu'il n'y ait pas que le choix de la ville qui accueille la finale qui soit dicté par l'argent. "Et sur quelle surface ? On va voir, selon le plus offrant... Ce n'est pas possible ! Et qui va décider de ça ? Des professionnels ? Des délégués ? Le plus offrant ? Là-dessus, on rajoute des paris, et on est foutus. Ou alors, on met des businessmen, et on partage tout. On tient quelque chose qui est sain, alors gardons ça !"

Une place dans le calendrier qui reste à trouver

Et Yannick Noah n'est pas le seul à être inquiet, car la finale sur terrain neutre ne s'attaque pas au vrai problème de la Coupe Davis, c'est à dire son format et sa place dans le calendrier. "Je pense qu'il faut trouver une réforme, explique Richard Gasquet, mais ce n'est certainement pas celle de la finale sur terrain neutre qu'il nous faut. Jouer la Coupe Davis tous les ans, avec des Grands Chelems derrière, des Masters 1000, des changements de surface, des fuseaux horaires différents... Il faut trouver une amélioration !"

Et puis il faut faire revenir les meilleurs joueurs du monde dans la compétition. Gilles Simon demande une réforme en profondeur, mais sans dénaturer l'esprit de la compétition : "C'est important que les meilleurs joueurs disputent le tournoi, pour qu'il garde toute sa valeur et toute sa place." 

La force de la Coupe Davis réside dans son ambiance et son atmosphère. Sa faiblesse, c'est son format et sa place dans le calendrier. C'est là-dessus qu'il faut travailler, plutôt que sur le terrain neutre, qui risque d'abîmer l'ambiance.

Gilles Simon

Les idées de réforme ne manquent pourtant pas : par exemple, organiser la Coupe tous les deux ans – c'est possible les années impaires, pour éviter le téléscopage avec les Jeux Olympiques. On peut aussi imaginer des matches en deux sets gagnants au lieu de trois, ce qui réduirait considérablement la durée des rencontres. D'autres proposent encore d'organiser la Coupe Davis sur une ou deux semaines, pour rassembler dans un lieu à choisir les quatre ou huit meilleures équipes du groupe mondial.

Une compétition qui a perdu son attractivité

Et la Fédération internationale a encore un projet dans ses cartons : mettre la Coupe Davis au format Fed Cup, son pendant féminin. Cela reviendrait à faire jouer la compétition sur un week-end plutôt que sur trois jours, avec deux simples le samedi, et trois matches le dimanche, dont le double.

Reste la question de l'attractivité, pour faire revenir les joueurs. Le problème, c'est qu'ils ne gagnent rien en Coupe Davis, ni argent, ni points ATP pour grimper au classement. Conséquence : quand les joueurs des équipes situées en deuxième division du tournoi sont sollicités pour défendre leur nation, beaucoup refusent, pour disputer des Challengers, des tournois de deuxième catégorie, où ils peuvent engranger argent et points.

Voilà ce qui doit changer, selon Bernard Giudicelli : "Ce qu'il faut, c'est que cette magie ait une valeur, parce qu'on a affaire à un sport professionnel. Et pour qu'on puisse aider les nations, et que les nations puissent promouvoir l'épreuve, il faut que les joueurs fassent un geste vers nous. Quand un joueur nous dit : 'Je ne joue pas la Coupe parce que je vais disputer un Challenger', ça prouve que la compétition perd de la valeur. Mais ce ne sont pas les nations qui privent la Coupe de sa valeur, c'est bien le classement ATP. Maintenant, il faut voir comment on peut trouver une solution."

La solution passera donc par le dialogue. La Coupe Davis est une vieille dame de 116 ans qui a besoin d'un sérieux lifting pour retrouver éclat et splendeur. 

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