Super Ligue : les clubs fondateurs, les clubs opposés et les autres...

L'annonce de la création de la Super Ligue a divisé le monde du football.
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France Télévisions
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Le Paris Saint-Germain et le Bayern Munich ne penchent pas du côté de la Super Ligue.  (FRANCK FIFE / AFP)

La terre a tremblé sur football européen et d'autres secousses sont encore à prévoir après l'annonce de la création d'une Super Ligue concurrente de la Ligue des champion. D'un côté de la faille, douze clubs sécessionnistes. De l'autres des légalistes fidèles à l'UEFA. Et au milieu, comme suspendu au-dessus du vide, les indécis et les calculateurs. Qui est dans chaque camp ? Observatoire de la tectonique des clubs dans un football à la dérive.

• Ils ont lancé le projet Super Ligue

Le séisme vient d'eux ! Douze points de contact sur une faille que la plupart des grands clubs européens a contribué à creuser année après année en menaçant l'UEFA de créer leur propre ligue. Un plaidoyer purement financier contre une Ligue des champions pourtant régulièrement réformée pour leurs beaux yeux. Jusqu'à la rupture. Parmi ces clubs "frondateurs", six appartiennent à la Premier League anglaise : Manchester City, Manchester United, Chelsea, Liverpool, Arsenal et Tottenham. On retrouve également les trois ogres de Liga, à savoir l’Atletico de Madrid, le Real Madrid et le FC Barcelone mais aussi l’Inter Milan, l’AC Milan et la Juventus pour l’Italie.

L'épicentre du séisme semble madrilène. En effet le président du Real Madrid, Florentino Perez est devenu le premier président de cette Super Ligue. Une compétition à laquelle il réfléchissait déjà depuis de nombreuses années avec pour objectif de créer une ligue dans laquelle seul les plus grands clubs, comme le sien, pourraient adhérer. "Nous aiderons le football à tous les niveaux pour l'amener à occuper la place qu'il mérite. Le football est le seul sport global et le seul à compter 4 milliards de fans et notre responsabilité, en tant que grands clubs, est de satisfaire les attentes des supporters", a-t-il déclaré dans le communiqué annonçant la création de la Super Ligue.

Le projet n'aurait certainement pas vu le jour sans la participation d'un autre homme fort, Andrea Agnelli, président de la Juventus. Il était pourtant jusque-là du côté des fidèles à l'UEFA, même plus que ça puisque l'homme de 45 ans faisait partie du comité exécutif de l'UEFA et était président de l'Association européenne des clubs (ECA). Mais ça, c'était avant. Celui qui a révolutionné la "Vieille dame" sur le plan économique et sportif a décidé de faire faux bond à l'instance qui dirige le football européen pour rejoindre Perez et devenir vice-président de la Super Ligue. Un énorme coup de théâtre vécu comme une trahison par le président de l'UEFA, Aleksander Ceferin, qui considère Agnelli comme "la plus grande déception de tous".  

Joel Glazer, président de Manchester United, a également joué un rôle prépondérant en coulisses dans l'élaboration de la Super Ligue au point qu'il en soit aussi nommé vice-président. L'homme d'affaire américain est également propriétaire des Buccaneers de Tampa Bay en NFL... les ligues fermées il connait. Un format qui, il n'en doute pas, est une très bonne opération sur le plan financier  puisque selon lui, la Super Ligue "garantira un soutien financier accru pour la pyramide du football dans son ensemble." D'autres dirigeants de clubs anglais comme Stan Kroenke, propriétaire d'Arsenal mais aussi d'une franchise de NFL, ont compris que ce nouveau format était une poule aux oeufs d'or d'autant plus qu'un chèque de 3,5 milliards d'euros a été promis aux membres fondateurs, de quoi en attirer plus d'un...  

Selon différents communiqués partagés par les clubs initiateurs du projet, trois autres équipes devraient rejoindre la liste des fondateurs avant la saison inaugurale "qui débutera le plus tôt possible." A terme, cette Super Ligue prévoit de regrouper vingt équipes dans deux poules de dix.

• Ils ont dit non à cette révolution 

Même si certains ont dansé avec un briquet allumé autour d'un baril de poudre, le grand boum a provoqué un électrochoc et clarifié certaine positions. L’idée de créer une Super Ligue ne plait visiblement pas à tout le monde. C'est le cas du dernier champion d’Europe. Le président du Bayern Munich, Karl-Heinz Rummenigge, n’a pas hésité à prendre la parole pour expliquer le refus de son club d’adhérer à cette nouvelle compétition. "Le Bayern n'a en aucun cas pris part à la création de la Super Ligue. Nous sommes intimement convaincus que le modèle actuel est pleinement satisfaisant, suffisamment attractif et garantit sérieusement les bases du footballa-t-il déclaré dans un communiqué avant d’ajouter : "Je ne pense pas que la Super Ligue résoudra les problèmes". 

Les clubs allemands qui ont une grande histoire avec la Ligue des champions ont fait preuve de courage. Hans-Joachim Watzke, directeur général du Borussia Dortmund a rejoint son rival en Bundesliga en affirmant que son club "veut mettre en oeuvre la réforme prévue de l'UEFA Champions League" tout en confirmant que "les projets de création d'une Super League ont été rejetés"

Malgré "des contacts informels avec certains clubs", le FC Porto fait lui aussi de la résistance par le biais de son président, Jorge Pinto da Costa qui a déclaré ne rien pouvoir faire "qui soit contraire aux principes et aux règles de l’Union européenne et de l’UEFA", avant de conclure : "nous sommes en Ligue des champions et nous espérons continuer à l’être pendant de nombreuses années".

• Ils attendent de voir

Si certains ont clairement affiché leur position, d’autres ne se sont pas encore prononcés et ne semblent pas pressés de le faire. Aucun club français n’est présent dans la liste des membres fondateurs mais aucun d’eux ne s’est officiellement positionné quant à sa participation ou non à la compétition.

Le PSG a participé aux discussions avec les fondateurs de la Super Ligue mais n'a pour le moment pas donné suite, Nasser al-Khelaïfi préférant voter en faveur de la nouvelle formule de la Ligue des champions ce lundi. La situation reste délicate pour le club sous bannière qatarie d'autant plus que la Coupe du monde 2022 sera organisée au Qatar. Dans ce contexte, il semble impossible de froisser les instances internationales en rejoignant la Super Ligue, surtout au moment où certaines sélections mènent la fronde contre ce Mondial pour dénoncer le problème des droits humains. Cette position pourra-t-elle durer après le Mondial 2022 ?  

Du côté de Lyon, Jean-Michel Aulas s'est rapidement exprimé sur les réseaux sociaux. Le président de l'Olympique Lyonnais a évoqué la Super Ligue en rappelant l'importance de "l’avenir d’un football où la méritocratie sportive et l’émotion ne sont pas oubliées", sans pour autant prendre position quant à une éventuelle participation ou non de son club. On n'insulte pas l'avenir...

À Marseille aucune communication n'a été faite sur le sujet. Mais il se pourrait que le président des Olympiens Frank McCourt ne dénigre pas ce format de compétition. Le milliardaire américain a été propriétaire des Dodgers de Los Angeles, une franchise de baseball. Les ligues fermées, lui aussi il connait. Club historique de la Ligue des champions, l'OM pourrait-il envisager de faire un pas en direction de la Super Ligue ? 

Un club comme l’Ajax Amsterdam, vainqueur de quatre Ligue des champions dans son histoire et qui avait crée une belle surprise en 2018 en atteignant le dernier carré après avoir éliminé le Real Madrid et la Juventus, ne s’est pour le moment pas prononcé. "Il y a encore trop de détails incertains pour prendre position maintenant", a fait savoir un porte-parole du club.

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