La plongée en apnée et en maillot de bain à 105m de profondeur, "c'est l'opportunité de changer d'univers en quelques minutes", selon Guillaume Néry

Le double champion du monde et quadruple tenant du record du monde en profondeur, Guillaume Néry, raconte, dimanche sur franceinfo, sa descente, la veille, dans les eaux froides de la Méditerranée, vêtu d'un simple maillot de bain.

L\'apnéiste Guillaume Nery, le 21 novembre 2015, à Saint-Jean-Cap-Ferrat (Alpes-Maritimes), lors de son jubilé.
L'apnéiste Guillaume Nery, le 21 novembre 2015, à Saint-Jean-Cap-Ferrat (Alpes-Maritimes), lors de son jubilé. (VIGNOLA FRAN?OIS / MAXPPP)

L'un des meilleurs apnéistes du monde, Guillaume Néry, est descendu, samedi 23 juin, à 105 mètres de profondeur dans les eaux froides de la Méditerranée, vêtu d'un maillot de bain. Le double champion du monde et quadruple tenant du record du monde en profondeur explique, dimanche sur franceinfo, que le choix du maillot de bain était "un petit défi supplémentaire assez compliqué à gérer en Méditerranée parce que l'eau en grande profondeur est assez froide, 13 degrés".

Trente ans après la sortie du film Le Grand Bleu, Guillaume Néry a passé la barrière mythique des 100 mètres dans la rade de Villefranche-sur-Mer (Alpes-Maritimes). Il lui aura fallu 3 minutes et 10 secondes pour faire l'aller-retour, dans des conditions compliquées en raison d'une houle et d'un peu de vent.

franceinfo : Comment s'est passée votre descente ?

Guillaume Néry : Je m'étais fixé comme objectif d'aller à plus de 100 mètres. C'est loin de ce que j'avais déjà réalisé dans le passé puisque j'avais déjà réussi à plonger à -126 mètres. Mais, là, l'idée était de relever un petit défi supplémentaire et donc j'ai décidé d'y aller dans la forme la plus naturelle possible soit en maillot de bain. C'est assez compliqué en Méditerranée, parce que l'eau en grande profondeur est assez froide, ça descend à 13 degrés. C'est aussi froid que la température de la Méditerranée en surface en plein hiver. C'est assez compliqué à gérer parce qu'en apnée on doit absolument être le plus relâché et le plus détendu possible pour accepter la grande pression. Je me suis donc retrouvé à devoir gérer à la fois la pression qui est énorme au-delà de 100 mètres et le froid qui s'était installé déjà à partir de 25-30 mètres.

3 minutes et 10 secondes pour faire la descente et la remontée. Comment gérez-vous tout ça et le froid en particulier comment parvenir à l'oublier ?

C'était tout l'enjeu de cette plongée. C'est effectivement un retour en compétition, mais surtout un défi personnel. Le principal challenge était la gestion du froid. Une gestion à la fois mentale et physique. C'est la respiration avant de plonger qui nous permet de nous mettre dans un état de contrôle et c'est vraiment la répétition parce que je ne me suis pas aventuré à faire cette plongée-là du jour au lendemain. Cela fait plusieurs semaines que je répète des plongées en profondeur, que je progresse tout doucement et que semaine après semaine, je descends de plus en plus profond. Il y a donc une adaptation à la fois mentale et physique qui s'est faite. L'idée est d'arriver à ce que toutes les sensations qui sont envoyées par le corps soient prises comme une information et parvenir à les détacher totalement de la gestion mentale qui elle est très apaisée. Au niveau psychologique, je suis parfaitement détendu. Je suis dans mon univers donc c'est comme une sorte de dissociation finalement et ça fonctionne assez bien.

Vous auriez pu mourir il y a trois ans, comme votre ami Loïc Leferme il y a une dizaine d'années d'un accident de plongée. Qu'est-ce qui vous a poussé à revenir ?

Pour moi il y a trois ans, quand j'ai décidé d'arrêter, c'était vraiment arrêter la poursuite des records, parce qu'à chaque fois que je participais à une compétition c'était dans l'idée d'aller toujours plus profond et de battre des records du monde ou en tout cas d'être le plus profond absolument. Quand j'ai dit que j'arrêtais la compétition, ce que ça voulait vraiment dire, derrière ça, c'était j'arrête la quête et la poursuite des records. Par contre, je n'ai jamais tiré un trait sur la profondeur. La profondeur, ça fait partie de moi, de ce que je suis, de ma philosophie de vie. C'est un art de vivre. Donc retourner dans les 100 mètres, c'est encore extrêmement loin de mes records, mais c'est quelque chose qui me manquait, de retrouver ces sensations uniques que l'on ne peut retrouver que dans la grande profondeur.

Qu'est-ce qui vous attire dans les abysses de la mer ?

Déjà pour y arriver, pour arriver à plus de 100 mètres, c'est une longue phase de descente pendant laquelle dans un premier temps, on nage, on palme, on essaie d'imiter les mammifères avec une monopalme et à un moment donné on se laisse happer par la profondeur, on est aspiré. C'est une espèce de long voyage où on a la sensation de voler sous l'eau, où on se sent faire totalement partie de l'océan, on fait corps avec l'élément, la pression nous écrase et si on est parfaitement détendu, relâché, on ne le sent pas comme quelque chose d'oppressant mais plutôt comme une espère d'enveloppe et cette sensation de froid nous fait vraiment entrer dans un autre monde. C'est l'opportunité de changer d'univers en quelques minutes.