L'alpiniste Elisabeth Revol dénonce "la lenteur des secours" sur le Nanga Parbat

En difficulté sur le mont Nanga Parbat (Pakistan) l'alpiniste française a été secourue le 27 janvier après avoir gravi 8 125 mètres.

L\'alpiniste française Elisabeth Revol lors d\'une conférence de presse à Chamonix (Haute-Savoie), le 7 février 2018.
L'alpiniste française Elisabeth Revol lors d'une conférence de presse à Chamonix (Haute-Savoie), le 7 février 2018. (JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP)

Une semaine après son retour de l'Himalaya, l'alpiniste française Elisabeth Revol a exprimé sa "colère" mercredi 7 février contre la lenteur des secours qui n'ont pas permis de sauver son compagnon de cordée polonais Tomasz Mackiewicz.

"J'ai beaucoup de colère, on aurait pu sauver 'Tomek' si ça avait été un réel secours, pris à temps et organisé", a déclaré la rescapée de la "montagne tueuse" (8 126 m) lors d'une conférence de presse. Dans l'Himalaya et a fortiori en hiver, "le temps est précieux", un sauvetage "c'est une course contre la montre", a rappelé l'alpiniste de 37 ans.

"Des mensonges de certains Pakistanais"

Le jour de son sauvetage, soixante-trois heures s'écoulent entre l'envoi du message de détresse et le retour au camp de base. A 23h10 heure pakistanaise, Elisabeth Revol envoie un SOS à son ami et routeur Ludovic Giambiasi, à son mari et à la femme de Tomek, Anna. Une centaine de messages sont échangés – et certains perdus en route – avant que son appareil GPS ne s'éteigne. L'alpiniste ne sera tenue au courant que de l'essentiel, les consignes à suivre en fonction de son état et la progression des secours.

Selon Ludovic Giambiasi, qui a coordonné les compétences internationales depuis Gap, les secours ont rencontré "des freins et des problèmes". Parmi les plus regrettables, selon lui, il y a eu des "mensonges de certains Pakistanais" sur la "disponibilité, la réservation et les capacités des hélicoptères" à monter ou non chercher Tomek à plus de 7 000 m d'altitude, puis à chercher Elisabeth Revol, descendue jusqu'à 6 300 m par ses propres moyens, puis au camp de base avec l'aide des Polonais Denis Urubko et Adam Bielecki.

Une "surenchère sur les prix"

Sans compter la surenchère sur les prix, "partis de 15 000 dollars et montés à 40 000" pour finalement être exigés "en cash sur la table". La lenteur de préparation des engins, "jamais prêts à décoller au lever du soleil"; des "refus d'autorisations" et évidemment "la météo". L'ambassade de France, investie dans la partie diplomatique, n'avait pas de liquide dans son coffre, celle de Pologne si (30 000 dollars), "le reste, ce sont ses employés qui les ont donnés", a raconté Masha Gordon, alpiniste russo-britannique.

Masha Gordon a organisé le financement participatif en ligne de l'opération de sauvetage, a recensé 24 000 partages de l'appel sur Facebook, pour 157 000 euros collectés. Une fois remboursée la part avancée par la France (32 000 euros) - les Polonais offrent leur participation (43 000 euros) - le reliquat de 130 000 euros ira aux trois enfants de Tomek, âgés de 7, 8 et 9 ans.

Sa veuve Anna Antonina Solska, intervenue par téléphone devant la presse, a de nouveau exprimé à Elisabeth Revol sa "profonde gratitude" pour avoir guidé son mari jusqu'à la crevasse où elle l'a laissé à l'abri, persuadée qu'un hélicoptère viendrait le chercher. "J'espère que tu te sentiras mieux bientôt", lui a-t-elle dit.