Angely Bouillot, pionnière du kitesurf au parcours atypique

Première femme à participer au plus grand événement de kitesurf au monde, la Française de 32 ans se confie sur son parcours peu conventionnel.

Article rédigé par
Elio Bono - franceinfo: sport
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min.
Angely Bouillot lors du King of the Air, en novembre 2021 au Cap. (Red Bull Content Pool/ Tyrone Bradley)

Au moment de revenir sur sa performance au King of the Air, compétition phare de kitesurf organisée entre le 18 novembre et le 3 décembre, Angely Bouillot affiche un optimisme coubertinien. "La compétition s'est plutôt bien passée, j'ai fait ce que j'ai pu. Mais l'important, c'était déjà d'y participer !", confait-elle a franceinfo: sport à l'issue du week-end intense de compétition les 20 et 21 novembre. Les 9 300 kilomètres de distance avec Le Cap (Afrique du Sud), où se tenait l'événement, n'effacent en rien son ton enjoué. Car l'essentiel est ailleurs. À 32 ans, et pour sa deuxième participation consécutive, elle reste la seule femme à s'être qualifiée pour le King of the Air.

À vrai dire, pas grand-chose ne la prédestinait à embrasser ce chemin. Enfant de Val d'Isère, Angely Bouillot se dirige d'abord naturellement vers le ski. "J'ai toujours été une mordue de glisse !", rigole-t-elle. Malgré un bon niveau, sa descente des pistes s'arrête à l'âge de seize ans : "J'en avais marre de la compétition", glisse la trentenaire. C'est à ce moment-là que le kitesurf entre dans sa vie, presque par hasard.

"L'été, je partais faire de la planche à voile à Hyères avec mon frère et ma mère. Mon prof m'a fait découvrir le kite, mais cela restait occasionnel, j'en faisais une semaine par an."

Angely Bouillot, kitesurfeuse professionnelle

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Une pratique de l'ordre du loisir, donc, pour Angely Bouillot. Laquelle attendra une décennie pour réellement se consacrer, en 2014, au kitesurf. Avant d'être "rappelée par la glisse", la Lyonnaise de naissance enchaîne les boulots dans la sphère artistique. "J'ai baroudé dans le milieu 'troubadour'", s'esclaffe-t-elle. Couturière de costumes à l'opéra, elle fabrique ensuite des décors en soudure. Puis, soudain, à 26 ans, c'est le déclic. "Je faisais rarement du kite, j'étais dans un milieu qui ne connaissait pas du tout ce sport", se souvient-elle. Un ami prof de kite lui suggère, tout de même, de se lancer de manière plus assidue dans la discipline.

"J'ai fait ça pour ouvrir une brèche"

Elle démarre par les compétitions speed (vitesse, sorte de contre-la-montre) à Leucate (Aude), avant de basculer sur le Big air. "La règle, c'est d'essayer de monter le plus haut possible et de faire des figures à l'apogée du saut", explique l'intéressée. "C'est vraiment rare de passer du speed au Big air. Elle est sans doute la seule dans ce cas dans le circuit !" indique Nicolas Arquin, co-auteur de deux ouvrages consacrés aux sports extrêmes (Adrénaline, en 2018, et XTRM Sport, en 2021).

Angely Bouillot lors du King of the Air, en novembre 2021 au Cap. (Red Bull Content Pool/ Ydwer van der Heide)

Au gré de performances grandissantes, l'athlète décide de frapper à la porte du King of the Air, sorte de graal de la discipline, en 2018. Une première pour une femme. "Il existait une compétition féminine lors de la première version du King of the Air, jusqu'en 2005, narre Nicolas Arquin. Mais depuis sa réapparition en 2013, la compétition est devenue mixte." Après deux échecs, Angely Bouillot se qualifie pour les éditions 2020 et 2021. "J'ai fait ça pour ouvrir une brèche, confie-t-elle, acquiesçant lorsque l'on lui demande si sa démarche est 'militante'. D'autres femmes ont ensuite postulé après moi."

Cette arrivée représente une véritable curiosité dans le microcosme du kitesurf. "La première fois, j'ai senti que les gens étaient contents qu'une femme soit là. Mais cette année, j'ai aussi ressenti de la jalousie de la part de certains", grince-t-elle.

"Je pense que l'on peut vraiment la qualifier de pionnière. En 2019, elle avait déjà participé à une démonstration pour promouvoir la pratique féminine avant le King of the Air."

Nicolas Arquin, journaliste spécialisé dans les sports extrêmes

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Avec cette double participation, Angely Bouillot s'est installée parmi les vingt meilleurs spécialistes de la catégorie. Et ce, même en faisant office de novice dans un circuit qu'elle a rejoint tardivement. "C'est phénoménal de faire ça, s'enthousiasme Nicolas Arquin. Pour comparer, les meilleurs Français ont tous démarré très jeunes, parfois dès dix ans."

Un camion amenagé en guise de maison

Son sponsor l'accompagne, même si quelques petits boulots l'aident parfois à joindre les deux bouts. Ce n'est pas un luxe, d'autant que le sport l'occupe à temps plein. "Dès qu'il y a du vent, je suis dans l'eau, confie-t-elle. Sinon, je m'entraîne pour garder ma musculature. C'est important, sinon je me blesse plus rapidement." Des pépins physiques qui, justement, s'accumulent. Touchée avant le King of the Air, Bouillot confie souffrir du dos, du coccyx et des cervicales. Derrière un rire que l'on devine jaune, elle confie "ne plus pouvoir [s]'asseoir".

À 32 ans, elle se laisse "un ou deux ans" dans le circuit du Big Air, avant de bifurquer vers d'autres "rêves". Nomade, la jeune femme habite dans un camion aménagé. À l'intérieur, un atelier lui permet même de créer des vêtements. Au bon souvenir de ses jeunes années de "troubadour".

Bloquée à Leucate avant son départ en Afrique du Sud à cause d'un moteur cassé, la kitesurfeuse a la bougeotte. "Je vais là où le vent m'emmène", philosophe l'Alpine. Entre le Portugal, le Maroc, l'Espagne, le Royaume-Uni ou la Roumanie, Bouillot a vu du pays. Et ses désirs traversent l'Atlantique : dans un futur proche, elle se voit revenir à ses premières amours avec le snowkite. Poussée par un cerf-volant sur des skis, ou une planche de snowboard, elle s'imagine dans des "expéditions en Alaska ou au Groenland". "Je veux voyager grâce au vent, sans moteur", conclut-elle.

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