Finales de la Coupe du monde à Lenzerheide : Alexis Pinturault peut-il tout perdre ?

À cause des grandes performances de Marco Odermatt ces dernières semaines, Alexis Pinturault a perdu du terrain au classement général de la Coupe du monde de ski alpin, et pourrait ainsi laisser échapper le gros globe de cristal. Mais pour Luc Alphand, dernier skieur tricolore à avoir remporté le classement général (1997), le Français ne va pas tout perdre, lors des finales de Lenzerheide, du 17 au 21 mars 2021.
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France Télévisions
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 (JURE MAKOVEC / AFP)

► Pinturault connaît une période creuse, mais peut se reprendre

Personne ne l’avait vu venir. Le 31 janvier dernier, Alexis Pinturault possédait une avance de 317 points sur son premier poursuivant, Marco Odermatt, au classement général de la Coupe du monde. À ce moment-là, tout le monde voyait le Savoyard devenir le premier Français depuis Luc Alphand en 1997 à brandir le si convoité gros globe de cristal. Mais suite aux Mondiaux de Cortina d'Ampezzo, le skieur tricolore a connu une période creuse. Après sa mauvaise opération lors du géant de Kranjska Gora où il a terminé quatrième, le Savoyard a vu le Suisse revenir au classement général : en effet, grâce à sa victoire sur le super-G de Saalbach-Hinteglemm, et sur le géant en Slovénie, le skieur de 23 ans ne compte plus que 31 points de retard sur le Français.

Une réaction était attendue de la part d'Alexis Pinturault lors du slalom de Kranjska Gora, que le Suisse ne disputait pas. Mais il a failli. Lors de la seconde manche, il a enfourché au huitième piqué et n’a marqué aucun point. Un vrai coup dur pour le natif de Moûtiers qui, au-delà de la mauvaise opération comptable, n’a pas pu engranger de la confiance. Mais pour Luc Alphand, la baisse de forme du skieur français est normale et ne devrait pas impacter son possible futur titre en Coupe du monde : "Je connais bien Alexis, et je sais qu’il ne lâchera pas le morceau. C’est un vrai champion dans la réaction, et il ne va pas se laisser manger comme ça", nous explique le multiple vainqueur en Coupe du monde. 

"Ce n’est jamais facile de gagner une Coupe du monde au général. Alexis veut ce titre depuis longtemps, et quand on est proche du sacre, on peut ressentir une certaine fatigue psychologique et physique. Je peux en parler parce que, quand je gagne le gros globe de cristal en 1997, j’avais connu cette sensation. En mars, j’étais cramé, j’avais fait cinquième à Vail et à Kvitfjell, ça avait été difficile. Je pense que c’est la même chose pour Pinturault". Quoi de mieux que les finales de la Coupe du monde à Lenzerheide, pour se reprendre ? 

► Odermatt n’est pas insubmersible

La dynamique positive est plutôt du côté de Marco Odermatt. En confiance, le Suisse enchaîne les courses de hautes volées sur ses skis et peut ainsi se permettre de rêver. Après cinq médailles d'or aux championnats du monde juniors en 2018 à Davos, le jeune prodige helvétique est en train de montrer qu'il a sa place chez les grands. À seulement 23 ans, il a déjà remporté quatre victoires en Coupe du monde et est monté sur son sixième podium en géant, cette saison, lors de son succès à Kranjska Gora. Mais si l'insouciance de sa jeunesse peut être bénéfique, elle peut aussi être un frein.

Pour prendre le contrôle du classement général, le Suisse va devoir s'exposer au danger. "Odermatt n’est peut-être pas infaillible. Il est plus jeune, est dans une dynamique positive et il est vraiment impressionnant ces derniers temps. Pour gagner, il va être obligé de mettre la pression à Alexis et il va donc prendre plus de risques sur les courses. Alexis a plus de maîtrise et d’expérience par rapport au Suisse", nous confie le natif de Briançon. L'annulation de la descente, le mercredi 17 mars, est une occasion de moins pour l'Helvète de reprendre des points au Français.

► Le géant, juge de paix entre les deux skieurs

Ce sera le choc des Titans. Le classement général de la Coupe du monde devrait se jouer lors du géant de Lenzerheide, puisque les deux skieurs excellent dans cette discipline. Sur ce duel, la confiance est plutôt du côté de Marco Odermatt. Lors du dernier géant à Kranjska Gora, le Suisse avait pris la première place au terme d'une seconde manche exceptionnelle, où il n'avait fait aucune faute. Alexis Pinturault, quant à lui, avait terminé quatrième de la course. "C'est un coup de massue, je commence à en avoir un peu marre de ces centièmes qui tombent du mauvais côté. Là je suis 4e, et à cinq centièmes près j'aurais été 2e, et c'est loin d'être la première fois. Il faut vraiment que je trouve un moyen d'inverser la tendance", avait admis le Savoyard.

Et cette mauvaise opération sur les terres slovènes a eu des conséquences. Odermatt a grappillé des points au classement général, mais a aussi subtilisé le dossard rouge de leader du géant au Français, après cette course qui ressemble au tournant de la saison. Les deux manches du samedi 20 mars à Lenzerheide vont être décisives. "Dans cette épreuve, il va y avoir un match dans le match. Alexis a perdu son dossard de leader du géant, et il va devoir se battre pour le récupérer. Il va aussi vouloir garder son avance au classement général de la Coupe du monde, analyse Luc Alphand. Cette course est importante, car si Alexis est toujours premier au classement à l’issue du géant, ce sera encourageant. Odermatt va certainement tenter de faire le slalom, mais ce n’est pas sa discipline favorite."

► Pinturault doit prendre sa revanche par rapport à l’année dernière

L’adage dit qu’on ne se fait jamais avoir deux fois. À cause de la pandémie de Covid-19, le géant et le slalom de Kranjska Gora, prévus pour la Coupe du monde de ski alpin, avaient été annulés en mars 2020. Cette décision de la Fédération internationale de ski (FIS) avait entraîné le sacre du Norvégien Aleksander Kilde, qui avait mis fin à une hégémonie de huit ans de la légende autrichienne Marcel Hirscher. Mais ce coup d’arrêt avait sonné comme une véritable désillusion pour Alexis Pinturault. Le Français avait dû se contenter de la deuxième place, à seulement 54 points du Norvégien.

"Sur le moment, j'étais forcément déçu, c'était quelque chose de particulier, beaucoup de courses ont été annulées, surtout des courses techniques en ma faveur. J'avais un grand goût d'inachevé, quelque chose qui s'arrêtait où je n'ai pas pu jouer toutes mes cartes", analysait le skieur tricolore pour l’AFP. Cette année, le Savoyard va pouvoir tenter d’aller chercher son Graal. Les finales de la Coupe du monde à Lenzerheide (Suisse) auront bien lieu, et Alexis Pinturault a une chance d’aller chercher son premier gros globe de cristal. Un exploit qui serait tout aussi hors norme qu'historique pour le ski français qui attend, avec impatience, l'héritier de Luc Alphand.

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