Si l'équipe de France de handball perd, c'est la faute du méchant internet !

Le sélectionneur des "Experts" a fustigé Twitter et les commentateurs sur les sites. Technique de diversion lors un championnat d'Europe loin d'être brillant pour les Français ?

Le sélectionneur de l\'équipe de France de handball, Claude Onesta, devant les journalistes, le 19 janvier 2012, à Novi Sad (Serbie).
Le sélectionneur de l'équipe de France de handball, Claude Onesta, devant les journalistes, le 19 janvier 2012, à Novi Sad (Serbie). (FRANCK FIFE / AFP)

Le moins qu'on puisse dire, c'est que l'équipe de France de handball ne brille pas lors du championnat d'Europe en Serbie. Deux victoires en quatre matchs, une qualification pour les demi-finales qui relèverait du miracle et un match capital contre la Croatie mardi 24 janvier. Face à cette débâcle, le sélectionneur, Claude Onesta, vient de fustiger coup sur coup Twitter et le web en général. Une nouvelle stratégie de communication/diversion ?

• La diversion à l'ancienne, c'est dépassé ?

D'habitude, pour détourner l'attention de la presse sur les performances calamiteuses de certains de leurs joueurs, les coachs ont recours à deux techniques : 
Concentrer le feu des critiques sur soi. L'ancien sélectionneur de l'équipe de France de foot Raymond Domenech prenait tout sur lui et répondait aux journalistes avec un humour à froid assez glaçant. José Mourinho, l'entraîneur du Real Madrid, a élevé la conférence de presse au rang d'art, comme le détaille Slate.fr.
Attaquer les journalistes. L'ex-sélectionneur de l'équipe de France de rugby Marc Lièvremont s'en est pris à la légitimité des interrogations des journalistes, notamment avec le fameux : "Tu m'emmerdes avec ta question." au Mondial 2011. Une tactique reprise lundi 23 janvier par Eric Gerets, sélectionneur de l'équipe de foot du Maroc, après une défaite surprenante face à la Tunisie en Coupe d'Afrique des nations : "Envoyez votre CV à la fédération marocaine, et si vous êtes pris, je deviendrai journaliste pour vous poser des questions encore plus bêtes."

Claude Onesta, lui, s'y est pris en deux temps.

• Première salve : Twitter déconcentre les joueurs

Après la défaite contre la Hongrie, vendredi, le sélectionneur a critiqué sur Le Monde.fr la propension de ses joueurs à tweeter tout et n'importe quoi. Pour vous en convaincre, allez donc voir le compte Twitter de Thierry Omeyer, le gardien, ou de Jérôme Fernandez, le capitaine de l'équipe. Claude Onesta n'aime pas que ses joueurs tweetent, pardon, "ffsshweetent" : "Et donc, tout la journée, ces mecs-là, 'ffsshwiitt', c’est parti, on sort de réunion, 'ffsshwiitt', on va à l’entraînement, 'ffsshwiitt', dans le bus, 'ffsshwiitt'. Toute la journée, il faut qu’ils balancent des trucs, et tu te dis quand même, c’est une perte d’énergie." Avant de reconnaître : "Ce n'est pas Twitter qui nous a fait perdre [vendredi] soir. Le gardien hongrois ne s’appelait pas comme ça."

L'accusation contre le site de microblogging revient souvent dans les sports collectifs. Ainsi, le XV de France avait interdit aux joueurs de tweeter lors du Tournoi des six nations 2010 après que Sébastien Chabal avait annoncé sur Twitter son forfait, avant le sélectionneur. Une interdiction qui n'a duré qu'un temps, les rugbymen français s'exprimant allègrement sur ce réseau pendant la dernière Coupe du monde. 

Et n'allez pas qualifier Claude Onesta de rétrograde. C'est juste que la promotion de sa personne n'est pas sa tasse de thé. Dans un portrait du Dauphiné.com en 2010, il soulignait que "figurer dans 'Gala' ne [l]’intéress[ait] pas". "Je n’ai pas besoin de me mettre en scène." Mais il expliquait comprendre que ses joueurs aient besoin de se valoriser à des fins publicitaires. 

Nikola Karabatic lors du match amical entre la France et la Norvège, le 12 janvier 2012, à Bercy.
Nikola Karabatic lors du match amical entre la France et la Norvège, le 12 janvier 2012, à Bercy. (CHARLES PLATIAU / REUTERS)

• Deuxième salve : les commentateurs sur internet sont la lie de l'humanité

C'était lundi, devant les journalistes. "Quand je vois les kilomètres de conneries qu'on peut écrire en bas de vos articles, je me dis que vous êtes en train de faire naître une nouvelle race de gens. Tout le monde a un avis sur tout, vous affirmez tout ce qu'il faudrait faire. Ce fiel, cette aigreur, c'est terrible. Quand on voit le flux de conneries, de méchancetés, de certitudes qu'il peut y avoir là-dedans, on se dit que l'humanité n'est pas près d'être sauvée."

Naïveté ? Découverte (tardive) du phénomène des trolls, qui existe déjà largement pour des sports comme le football ? Claude Onesta est pourtant rompu à l'exercice de la communication (lire à ce sujet ses interviews sur Le Nouvel Economiste.fr et à la société qui gère les relations extérieures de la fédération de hanbdall, Sella Communication). Rompu aux polémiques aussi. Lors de la Coupe du monde de foot 2010, le sélectionneur, alors consultant pour Football.fr, s'était payé Christophe Dugarry et tous les consultants qui s'excitaient autour du fiasco des Bleus en Afrique du Sud. 

• La cote de l'équipe de France est encore bonne

Evidemment, des commentaires critiquant le jeu de l'équipe de France quand on la considère comme une "fierté nationale", ça agace. Pourtant, les avis négatifs se révèlent assez rares. Claude Onesta est-il tombé sur celui de murdock70 sur L'Equipe.fr ? "Onesta n'a pas de solutions. Les systèmes de jeu sont inefficaces. Il faut arrêter de dire que c'est un manque de motivation ou de confiance. Les choix d'Onesta sont plus que douteux. On n'emmène pas des joueurs blessés ! Les changements qu'il fait pendant les matchs sont à contre sens et ce n'est pas la première fois que cela lui arrive sauf qu'avant, cela ne se voyait pas puisqu'ils gagnaient."

Ce genre de commentaires est ultra-minoritaire, la grande majorité des internautes soutenant les Bleus. L'équipe de France de handball, victorieuse aux JO, à deux Mondiaux et à un Euro depuis 2008, jouit toujours d'une image extrêmement positive, loin des "surpayés" du foot qui font le délice des commentateurs "fielleux" sur internet.