Rugby : mais qui est Wayne Barnes, l'arbitre le plus détesté sur Terre ?

L'Anglais, qui va officier, samedi, lors du quart de finale de Coupe d'Europe Clermont-Toulon, a mauvaise presse à peu près partout dans le monde. 

L\'arbitre anglais Wayne Barnes lors du match pays de Galles-Irlande, le 10 mars 2017 à Cardiff.
L'arbitre anglais Wayne Barnes lors du match pays de Galles-Irlande, le 10 mars 2017 à Cardiff. (ADRIAN DENNIS / AFP)
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Pierre GodonFrance Télévisions

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Nom : Barnes. Prénom : Wayne. Nationalité : anglaise. Casier judiciaire : a participé à un complot anti-néo-zélandais en 2007, anti-irlandais depuis dix ans, catalogué occasionnellement anti-gallois et anti-français, de par ses origines. Dernier forfait en date ? Il a accordé vingt minutes de temps additionnel et refusé un essai de pénalité aux Bleus face au pays de Galles en épilogue du Tournoi des six nations (ce qui n'a pas empêché les Français de gagner 20-18). 

Du coup, sa prochaine apparition risque d'être placée sous étroite surveillance car il va arbitrer le quart de finale de Coupe d'Europe Clermont-Toulon, dimanche 2 avril. Mais pourquoi tant de haine ?

Le péché originel face aux All Blacks

"Je ne veux surtout pas être le centre de l'attention", expliquait Wayne Barnes, dans l'une des rares interviews qu'il a accordées, au Times. Raté. "Quand mon nom s'étale dans les journaux, ça affecte mes proches, ma famille", déplore-t-il. A leur corps défendant, les hommes en noir du ballon ovale font souvent les gros titres. Dans le cas de Wayne Barnes, tout a commencé quand un en-avant français lui a échappé lors du quart de finale du Mondial 2007 entre la France, pays organisateur, et les All Blacks, immenses favoris de l'épreuve. Une erreur qui coule les Néo-Zélandais et envoie les Bleus dans le dernier carré, Yannick Jauzion ayant superbement conclu l'action. 

Le début des ennuis pour le tout jeune arbitre de 28 ans, record de précocité à ce niveau de la compétition. Le Waikato Times parle de "l'arbitre le plus incompétent de l'histoire". Pas très confraternel, un de ses collègues néo-zélandais dénonce son inexpérience en quelques mots cruels : "Il n'avait pas les épaules." Le scénario du match, où les Blacks ont étouffé les Bleus mais ont cédé par deux fois, est propice à toutes les suspicions. "J'ai vraiment envisagé la possibilité que le match ait été truqué", écrira le sélectionneur des Blacks Graham Henry dans son autobiographie. L'IRB, la Fédération internationnale de rugby, soutient son arbitre, dont la mort est annoncée sur sa page Wikipedia (modifiée 500 fois en quelques minutes), mais pas trop : il est cantonné à la zone technique de la demi-finale Argentine-Afrique du Sud, entouré de gardes du corps, au cas où un amoureux des All Blacks assoiffé de vengeance sauterait les barrières du Stade de France...

"Nous ne sommes pas là pour être populaires"

"Mes parents ne viennent plus me voir à tous les matchs, de peur d'entendre des horreurs sur mon compte. Ils viennent une fois de temps en temps", poursuit dans le Times celui qui est devenu en 2005, à 25 ans, le plus jeune arbitre international. Un choix par défaut : le rêve de Wayne Barnes était de jouer au rugby, au plus haut niveau. Mais diverses blessures, dont une sérieuse au genou, et un coach qui n'appréciait pas ces pépins physiques l'ont détourné de cette voie. Dans la vie, il travaille pour un cabinet d'audit, spécialisé dans la lutte contre le blanchiment et l'évasion fiscale. Un métier qui lui attire, là aussi, quelques inimitiés. 

Le drame de Wayne Barnes est qu'il n'y a qu'une poignée d'arbitres habilités à diriger des rencontres internationales. La presse irlandaise peut ainsi dégainer des statistiques montrant que le XV du Trèfle affiche un taux de victoires ridicule quand l'Anglais officie au sifflet (30%, contre 56%, en moyenne, selon les calculs du Irish Times). De leur côté, les supporters argentins ruminent encore leur rancune : Wayne Barnes a refusé, en 2015, de visionner un ralenti après l'essai australien qui les a privés d'une demi-finale de Coupe du monde en toute fin de match. Le sélectionneur des Bleus à l'époque, Philippe Saint-André, s'était même étonné en 2013 que Wayne Barnes et les All Blacks partagent le même hôtel avant un match sans enjeu... 

N'allez pas croire qu'il soit le seul à subir pareil traitement. Dans un sport où l'interprétation de l'arbitre est primordiale sur le cours du match, déstabiliser l'homme en noir fait partie du folklore. "Oh non, on se tape Nigel", avait titré le quotidien néo-zélandais Dominion Post après la désignation de Nigel Owens pour arbitrer le quart de finale des All Blacks au Mondial 2015. Le même journal s'était fendu d'une lettre ouverte à Wayne Barnes pour lui expliquer la règle de l'en-avant. "Nous ne sommes pas là pour être populaires, théorise Wayne Barnes dans une interview à Rugby World. Juste être respectés par nos pairs et les joueurs." Il a ainsi entrepris d'apprendre la langue de Molière pour être mieux compris par les joueurs de l'Hexagone, dont l'anglais n'est pas nécessairement le point fort. "Mais quand je parle en français, le capitaine des Bleus me demande d'arrêter car il me comprend mieux en anglais...", sourit-il sur la BBC.

Wayne Barnes connaît la chanson

Prenez l'interminable fin de match entre la France et le pays de Galles du mois dernier. A chaud, Yoann Maestri, le puissant deuxième ligne des Bleus, avait déploré : "On a été arbitrés comme une petite équipe." Quelques heures plus tard, les propos de Yannick Bru, l'entraîneur des Bleus en charge des avants, avaient une autre tonalité : "Il [l'arbitre] a très bien géré cette fin de match. Il était serein, cohérent. (...) Je lui trouve un professionnalisme et une rigueur immenses." Des compliments qui ont dû d'autant plus lui faire chaud au cœur que Wayne Barnes compose aussi avec la pression de cinq juges, qui notent les prestations de chaque arbitre international.

Face à ce déferlement de haine et de coups de pression, les arbitres du panel international font preuve d'une grande solidarité. Même en dehors du terrain : Nigel Owens a ainsi poussé la chansonnette au mariage de son ami Wayne Barnes. "Le moment le plus stressant de ma vie", se souvient-il, alors qu'il a déjà dû diriger une finale de Coupe du monde. Fondu de comédies musicales, Wayne Barnes fredonne les airs des Misérables dans les couloirs des stades avant un match. Parfois accompagné par Mike Catt, ex-entraîneur-adjoint de l'Angleterre, désormais dans le staff italien, lui aussi accro aux mésaventures de Fantine et Cosette. Mais chuuuuut, on va encore crier au complot si ça s'ébruite...