Rugby : quatre questions sur les soupçons de favoritisme qui pèsent sur Bernard Laporte

Bernard Laporte, élu en décembre 2016 à la tête de la Fédération française de rugby, pourrait être impliqué dans une affaire de favoritisme au profit du club de Montpellier. 

Le président de la Fédération française de rugby, Bernard Laporte, lors d\'une conférence de presse à Dubaï (Emirats arabes anis), le 6 mai 2017.
Le président de la Fédération française de rugby, Bernard Laporte, lors d'une conférence de presse à Dubaï (Emirats arabes anis), le 6 mai 2017. (GIUSEPPE CACACE / AFP)

Le président de la Fédération française de rugby (FFR) est en fâcheuse posture. Le JDD révélait, le 13 août dernier, que Bernard Laporte pourrait bien être impliqué dans une affaire de favoritisme. C'est un contrat le liant au patron du Montpellier Hérault Rugby qui éveille les soupçons. Franceinfo répond à quatre questions sur le sujet. 

De quoi est accusé Bernard Laporte ? 

Le Journal du dimanche a révélé, dans son édition du 13 août, que Bernard Laporte serait intervenu pour que la commission d'appel de la FFR, chargée de décider des sanctions contre les clubs, se prononce avec "bienveillance" sur plusieurs décisions émises par la commission disciplinaire de la Ligue nationale de rugby (LNR) à propos du Montpellier Hérault Rugby. Des sanctions avaient en effet été prises après que des supporters avaient déployé des banderoles hostiles à la LNR lors d'un match contre le Racing 92, le 22 avril, et que deux joueurs avaient été suspendus pour faits de brutalité. 

Pour le JDD, cette volte-face serait liée à l'intervention de Bernard Laporte et pourrait relever du favoritisme. La société dirigée par celui-ci, BL Communication, a signé avec le directeur du club montpelliérain, Mohed Altrad, un contrat d'un an pour quatre prestations, le tout pour un montant de 150 000 euros. Or, selon le journal, un article de ce document interdirait à BL Communication "toute déclaration ou tout comportement public susceptible de nuire à la réputation (d') Altrad"

Comment l'affaire a-t-elle été découverte ? 

Le 26 août, L'Equipe révèle que Philippe Peyramaure, l'un des membres de la commission d'appel, a démissionné. "J'ai été avisé que le président de la Fédération était intervenu pour demander que nous modifiions notre décision dans un sens beaucoup plus favorable à Montpellier", écrit-il dans une lettre envoyée au président de la commission que s'est procurée le JDD. Dans le courrier, il affirme avoir "refusé de revoir (sa) position mais, étant minoritaire, (son) opposition n'a pu avoir d'effet".

Le président de la commission d'appel, Jean-Daniel Simonet, a lui démenti toute pression. "La décision prise le 30 juin 2017 par la Commission d'appel de la FFR a été rendue librement dans sa formation collégiale en vertu des règlements généraux qui s'imposent à elle ; et la sanction infligée au club professionnel de Montpellier est conforme à la jurisprudence", a-t-il indiqué à l'AFP.

Comment a réagi Bernard Laporte ? 

Bernard Laporte a annoncé lundi 28 août qu'il avait "renoncé au contrat d'image" liant sa société à celle du président du club de Montpellier. Il a expliqué vouloir produire "dans les prochains jours" des "documents contredisant le récit mensonger qui a été fait de la réunion de la commission d'appel du 30 juin". Il a également proposé à la ministre des Sports Laura Flessel "la création d'une Haute autorité de lutte pour la transparence et l'équité dans le rugby, composée de personnalités indépendantes et disposant de pouvoirs d'investigation et de sanction élargis". 

Dans une interview donnée au Parisien mardi 29 août, il dénonce une "instrumentalisation" de Philippe Peyramaure. Comment explique-t-il son intervention auprès de la commission le 29 juin ? "J'ai donné un éclairage politique après une crise grave avec le rugby professionnel qui nous avait menés devant le Conseil d'Etat", a-t-il expliqué. 

Que disent la ministre des Sports et les instances du rugby ? 

Les révélations du JDD puis la démission de Philippe Peyramaure ont amené le ministère à réclamer des comptes au président de la FFR. "On doit avoir, comme dans le gouvernement, une certaine éthique", a déclaré la ministre des Sports sur France Bleu mardi. "Cela remet aussi en question la gouvernance du sport français, le positionnement et l'aspect du salaire des présidents", a-t-elle ajouté. Une polémique d'autant plus dommageable que la France est candidate à l'organisation de la Coupe du monde 2023, candidature dont Bernard Laporte est l'un des principaux ouvriers. 

Du côté de la LNR, qui gère le secteur professionnel, il est question d'attendre "la version des principaux intéressés", selon une source interne à l'AFP.