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Rugby : le Top 14 vaut-il vraiment 350 millions d'euros ?

Les droits du rugby, acquis par Canal+, viennent d'être multipliés par deux d'un seul coup. Signe que le ballon ovale fait recette ou inflation non contrôlée ?

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France Télévisions
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La Miss France Alexandra Rosenfeld tient un ballon en or au milieu d'un ballon géant, avant le coup d'envoi du match Stade Français-Stade Toulousain, au Stade de France, à Saint-Denis, le 27 janvier 2007. (CHRISTOPHE SIMON / AFP)

"On aurait peut-être pu avoir plus, mais aussi avoir moins. Nous sommes satisfaits", a lâché le président de la Ligue nationale de rugby, Paul Goze, mercredi 15 janvier. Les droits de diffusion du Top 14 jusqu'en 2019 ont été acquis par Canal+ pour la somme rondelette de 350 millions d'euros, soit 75 millions par saison. Le championnat de France les vaut-il ?

Oui, c'est le prix du marché

"C'est le juste prix, commente l'économiste du sport Frédéric Bolotny, contacté par francetv info. Le prix des droits télé dépend de l'attractivité du programme et de l'évolution de la concurrence." Cette fois, la chaîne beIN Sports a fait le forcing pour tenter de récupérer les droits d'un championnat qui a battu son audience record – hors finale, diffusée en clair – en mai 2013, lors de la demi-finale entre Toulon et Toulouse (1,5 million de téléspectateurs). Lors du précédent appel d'offres, seul Canal+ était sur les rangs, ce qui explique le prix assez faible payé jusqu'à présent : 31 millions par saison, soit vingt fois moins que ce que coûte la Ligue 1 de football. 

Non, il y avait moyen d'obtenir plus

"Le rugby, ce n’est pas moins de 100 millions par an, voire plus", déclarait le président du RC Toulon, Mourad Boudjellal, dans L'Equipe, en août 2013.  "On aurait pu imaginer que les droits montent plus haut. C'est le championnat le plus riche [du monde], là où sont toutes les stars, on peut le qualifier de 'Premier League' du rugby'", analyse Virgile Caillet, directeur de KantarSport. Pas si sûr, répond Frédéric Bolotny : "Ce qui pèse le plus dans les recettes des clubs du Top 14, c'est le sponsoring. Si le rugby avait quitté les 6 millions d'abonnés à Canal+ pour les 1,5 million d'abonnés de beIN Sports, cette partie des recettes aurait été affectée." En revanche, le prochain appel d'offres, dans cinq ans, pourrait dépasser cette barre, car le ballon ovale a encore une marge de progression en termes d'audience.

Oui, mais attention à ne pas reproduire les dérives du football

On ne sait pas encore ce que la Ligue nationale de rugby va faire avec l'argent. Peut-être ses dirigeants ont-ils en tête le précédent du football : quand les droits de la Ligue 1 ont explosé à 600 millions d'euros en 2005 (contre 380 millions en 2004), quasiment toute l'augmentation est partie dans les salaires des joueurs. "Le rugby présente un déficit d'exploitation, une partie de la somme va sans doute servir à boucher le trou", pronostique Frédéric Bolotny. 

"C'est un hasard du calendrier, mais c'est au moment où le rugby détruit son image et piétine ses valeurs avec les noms d'oiseaux entre Bernard Laporte [manager du RC Toulon] et un arbitre que les droits télé doublent. On l'a bien méritée, cette comparaison avec le foot !" sourit Maxime Rouquié, du site Le Rugbynistère, joint par francetv info. 

Non, car on attend toujours le spectacle

Il y a de moins en moins d'essais en Top 14, surtout quand on le compare au Super 15, le championnat des provinces néo-zélandaises, australiennes et sud-africaines. Ce n'est qu'en regardant l'équipe de Clermont qu'on peut espérer voir plus de deux essais par match. "En France, on a clairement un déficit de spectacle, reconnaît Maxime Rouquié. Le rugby y est synonyme de combat avant tout. C'est pour ça que le rugby à VII, tout en évitement, n'a jamais percé."

Qui dit gros enjeux financiers dit pression sur les joueurs, matchs fermés, et peu d'essais. En 2011 déjà, la Ligue nationale de rugby avait évoqué le problème... en y trouvant un côté positif : "Ce qui peut être un inconvénient en termes de spectacle est aussi un avantage pour l'attractivité de notre compétition", estimait le président de l'époque, Pierre-Yves Revol, dans Le Figaro. Le spectacle n'est pas la priorité des joueurs. Demandez à Henry Chavancy, le centre du Racing Métro 92, avant-dernière attaque du Top 14 : "Si on doit gagner nos matchs 6-3, je signe tout de suite !", répond-il sur Rugbyrama.

Oui, mais le modèle anglais n'est-il pas plus souhaitable ?

Le Top 14 est plus fort, économiquement, que le championnat anglais, dont les droits télé sont valorisés à 45 millions d'euros par saison. Outre-Manche, on a moins de stars, mais plus de joueurs du cru. "C'est un championnat avec beaucoup de restrictions pour les joueurs étrangers, qui cherche à favoriser les joueurs sélectionnables, analyse Maxime Rouquié. Ce qui n'empêche pas un de leurs joueurs vedettes, comme l'ouvreur Toby Flood, de signer en France, même si cela signifie son éviction de la sélection. Les joueurs sont avant tout des professionnels, avec tout ce que ça comporte." Le Top 14 essaie d'ailleurs de sauver un peu de temps de jeu aux Français sélectionnés dans l'équipe nationale face au déferlement des meilleurs joueurs de la planète rugby. Elle impose ainsi, pour chaque club, des quotas de joueurs formés en France. 

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