INFOGRAPHIES. Coupe du monde de rugby : quelle équipe compte le plus de joueurs nés à l'étranger ?

Alors que l'équipe de France assume la présence dans ses rangs de quatre joueurs n'ayant pas la nationalité française, elle est loin d'être la seule dans ce cas. Et ce sont les Samoa qui profitent le plus de cette bizarrerie du rugby.

De gauche à droite, les joueurs du XV de France Vincent Debaty, Noa Nakaitaci, Nicolas Mas et Alexandre Dumoulin entonnent la Marseillaise avant leur match contre l\'Ecosse, le 5 septembre 2015 au Stade de France à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).
De gauche à droite, les joueurs du XV de France Vincent Debaty, Noa Nakaitaci, Nicolas Mas et Alexandre Dumoulin entonnent la Marseillaise avant leur match contre l'Ecosse, le 5 septembre 2015 au Stade de France à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). (JEAN-MARIE HERVIO / DPPI MEDIA / AFP)

On peut voir le jour dans un pays et disputer la Coupe du monde de rugby dans les rangs d'une nation avec laquelle on ne possède aucune attache familiale. Cette bizarrerie du monde ovale est symbolisée par la présence d'un Fidjien, d'un Néo-Zélandais et de deux Sud-Africains dans les rangs du XV de France, qui joue jeudi 1er octobre contre le Canada. Si ces quatre joueurs portent le maillot frappé du coq, c'est uniquement parce qu'ils vivent en France depuis plus de trois ans.

Car porter le maillot d'une nation n'a rien à voir avec la nationalité inscrite sur son passeport. En effet, comme le précise la section 8 du règlement du World Rugby, un joueur peut jouer pour une équipe nationale à l'une de ces trois conditions : qu'il soit né dans ce pays ; qu'il possède un parent ou un grand-parent né dans ce pays ; ou qu'il ait résidé de façon permanente dans ce pays lors des trente-six derniers mois sans jamais avoir joué pour une autre nation.

Et donc, logiquement, si Yannick Nyanga arbore le coq français, ce n'est pas parce qu'il possède la nationalité française, mais parce que ce natif de Kinshasa (République démocratique du Congo) vit en France depuis suffisamment longtemps, c'est-à-dire depuis qu'il a 18 mois. De nombreuses équipes participant au Mondial profitent de cette règle spécifique au rugby : 126 joueurs participant à la Coupe du monde, soit plus d'un mondialiste sur cinq, ne jouent pas pour le pays dans lequel ils sont nés. Francetv info s'est penché sur leur cas à travers trois infographies.

Les Samoa, champions du monde de la sélection de joueurs nés à l'étranger

Avant que Philippe Saint-André ne prenne en charge le XV de France en 2011, peu de joueurs n'ayant pas la nationalité française avaient porté le maillot bleu. Depuis, les cas du Fidjien Noa Nakaitaci, du Néo-Zélandais Uini Atonio et des Sud-Africains Rory Kockott et Bernard Leroux ont notamment défrayé la chronique. Mais, parmi les 31 Bleus présents au Mondial, ce ne sont pas quatre joueurs, mais dix qui sont nés à l'étranger et ont le droit de jouer pour le XV de France, comme le relèvent les données de Americas Rugby News (en anglais).

Ainsi, le capitaine tricolore Thierry Dusautoir, né à Abidjan (Côte d'Ivoire) en 1981, ne doit pas son maillot bleu à sa nationalité française, mais au fait que son père soit né en France, alors que sa mère est ivoirienne. Et, si Vincent Debaty, né en Belgique, est aujourd'hui pilier des Bleus, c'est parce qu'il vit depuis quinze ans en France, pas parce qu'il a été naturalisé français en 1999. Les autres joueurs tricolores nés hors de France sont Yannick Nyanga (République démocratique du Congo), Sofiane Guitoune (Algérie), Fulgence Ouedraogo (Burkina Faso) et Scott Spedding* (Afrique du Sud).

Mais la France n'est pas la nation qui compte le plus de joueurs nés à l'étranger. A ce jeu, les Samoa sont champions du monde, avec 13 joueurs qui ont vu le jour hors du territoire, tous en Nouvelle-Zélande. 

A noter que les All Blacks, souvent accusés de piller les nations du Pacifique, ne comptent que cinq joueurs nés hors de Nouvelle-Zélande. L'Argentine, elle, revendique le titre d'équipe la plus représentative en matière de joueurs nés au pays, comme s'en félicite l'ancien ouvreur Gonzalo Quesada, aujourd'hui entraîneur du Stade français.

20 équipes qualifiées mais 33 pays de naissance représentés

On peut être né en Arabie saoudite et disputer une Coupe du monde de rugby. C'est le cas du joueur australien Stephen Moore, qui a vu le jour à Khamis Mushait (Arabie saoudite) de parents irlandais ayant ensuite émigré en Australie, alors que le jeune Stephen avait 5 ans.

Au sein des 33 pays de naissance représentés dans cette Coupe du monde, le talonneur des Wallabies est le seul représentant saoudien, mais le lieu de naissance le plus en vogue est sans surprise la Nouvelle-Zélande : 39 joueurs nés dans le pays du long nuage blanc portent un autre maillot que celui de la nation dans laquelle ils ont vu le jour. Et, si l'on ajoute les All Blacks effectivement nés sur leur territoire national, on dénombre donc 65 joueurs nés en Nouvelle-Zélande qui disputent la Coupe du monde cette année, soit plus d'un joueur sur 10.

La "résidence", première raison de la sélection des joueurs nés à l'étranger

Au total, 126 joueurs jouent donc pour un pays dans lequel ils ne sont pas nés. Certains d'entre eux, à l'image de l'Irlandais Jamie Heaslip, né en Israël car son père était en mission militaire au Moyen-Orient, ont des attaches familiales fortes avec la nation dont ils portent le maillot. Mais la majorité des rugbymen concernés doivent leur sélection à leur résidence dans le pays depuis plus de trois ans.

Ces règles ont eu une conséquence inattendue dans la famille des cousins Nemani Nadolo et Tevita Kuridrani, comme le raconte le Guardian. Le premier est né aux Fidji, est arrivé en Australie à l'âge de 3 mois, a joué pour les Wallabies dans les catégories de jeunes, mais a finalement opté pour le XV fidjien, avec lequel il dispute le Mondial au poste d'ailier.

Son pilier de cousin, lui, est également né aux Fidji, est parti pour l'Australie alors qu'il était adolescent, mais dispute la Coupe du monde avec les couleurs de l'Australie. Et, ironie du sort, les deux joueurs se sont rencontrés le 23 septembre à Cardiff, lors du deuxième tour de la poule A. Au final, avec une victoire 28-13c'est l'exilé Wallabie qui a pris le dessus sur le fils prodigue revenu aux Fidji.

* Parfois associé à ses compatriotes sud-africains qui jouent sous le maillot français, l'arrière des Bleus Scott Spedding, né en Afrique du Sud, a été officiellement naturalisé français en septembre 2014.