Biarritz dernier du Top 14 : les grandes équipes peuvent-elles mourir ?

Joueurs vieillissants, mentor qui perd de l'influence, finances exsangues : le club de rugby Biarritz olympique fonce-t-il dans le mur ?

Le demi d\'ouverture de Biarritz Dimitri Yachvili, lors d\'un match de championnat à Oyonnax (Ain), le 5 septembre 2013. 
Le demi d'ouverture de Biarritz Dimitri Yachvili, lors d'un match de championnat à Oyonnax (Ain), le 5 septembre 2013.  (MAXPPP)
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Pierre GodonFrance Télévisions

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Le Biarritz olympique était champion de France de rugby en 2005 et 2006. En finale de la H Cup en 2010. Vainqueur du Challenge européen, la petite Coupe d'Europe, en 2012. Et avant d'affronter Toulouse, samedi 14 septembre, le club est dernier du Top 14. Les Biarrots, quintuples champions de France, vont mal. Les observateurs envisagent déjà sa descente en Pro D2, qui serait une catastrophe économique. Le BO présente pourtant tous les symptômes du club qui doit franchir une étape pour grandir.

Une petite ville dans un monde de métropoles

Biarritz, 25 000 habitants, fait figure de nain dans un Top 14 où les métropoles s'imposent, doucement mais sûrement, par rapport aux clubs historiques du Sud-Ouest. Comment continuer à se développer dans cet environnement ultra-concurrentiel ? Plusieurs solutions existent, une des moins fantaisistes étant la fusion avec le voisin (et ennemi) bayonnais. Evoqué début 2013 par Alain Afflelou, le mécène bayonnais, le projet a essuyé un refus de Serge Blanco, sur RMC : "Il n'y aura jamais de fusion. Ça n'est pas ferme et définitif, il ne faut jamais dire ou affirmer, mais aujourd’hui, c'est comme ça."

L'exemple à ne pas suivre : le club de basket féminin de Valenciennes-Orchies. Sur le toit de l'Europe au début des années 2000, le club s'est désintégré lors d'une fusion bâclée avec le voisin de Saint-Amand-les-Eaux, en 2008. Le projet a été mené par les hommes politiques des deux villes, et c'est Saint-Amand, le "petit", qui a absorbé Valenciennes. Après une première purge dans les effectifs administratifs et sportifs des deux équipes, l'équipe, nantie du plus gros budget du championnat, est reléguée. Et n'a plus jamais retrouvé son lustre d'antan.

Un "parrain" en perte d'influence

Serge Blanco demeure le plus grand rugbyman français de tous les temps. Nanti de son aura, il a occupé tous les postes qui comptent dans les instances du rugby français, tout en veillant de près aux destinées de son club de toujours, Biarritz. 

Le président du Biarritz Olympique, Serge Blanco, le 9 septembre 2012 à Montpellier. 
Le président du Biarritz Olympique, Serge Blanco, le 9 septembre 2012 à Montpellier.  (MAXPPP)

Nombreux ont été les présidents du Top 14 qui se sont plaints d'un championnat à deux vitesses en faveur du club basque. De la même façon, le club d'Agen a pu être favorisé lorsque son homme fort, Albert Ferrasse, dirigeait la fédération. Mourad Boudjellal, l'explosif président toulonnais, a qualifié Serge Blanco de "Charles Pasqua du rugby français", et s'est interrogé : "Faut-il aussi donner 20 points d’avance à Biarritz avant le début du championnat ?"

L'exemple à ne pas suivre : Roger Rocher. Il fut le président du grand Saint-Etienne, celui qui a glané dix titres de champions de France et une place dans le cœur des Français par ses épopées européennes. Jusqu'à se croire intouchable. "Rocher, c'est de Gaulle", a expliqué une Stéphanoise à un journaliste du Nouvel Observateur, en 1982. Est-ce parce qu'il a télégraphié, tel un chef d'Etat, ses condoléances à la veuve de Mao Zedong ? Quand l'affaire de la caisse noire (sur laquelle revient Libération) éclate, cette année-là, Roger Rocher pense conserver son poste à la tête du club, malgré les malversations financières. Neuf années de bataille judiciaire et un bref séjour en prison plus tard, il sera grâcié par le président Mitterrand. Son club, lui, a mis trente ans à s'en remettre. 

Un effectif qui vieillit

Les stars de l'effectif biarrot sont les mêmes que lors de leur dernier titre, en 2006 : Dimitri Yachvili, Imanol Harinordoquy, Damien Traille ou Benoît August. Et ça se sent sur le terrain : Biarritz présente un curieux alliage entre joueurs très expérimentés et jeunes, trop jeunes. C'est la seule équipe du Top 14 à avoir aligné des joueurs non-professionnels pour pallier la blessure de cadres. 

L'exemple à ne pas suivre : l'équipe d'Allemagne de football. La Mannschaft a connu les deux pires désillusions de son histoire à l'Euro 2000, puis à l'Euro 2004. En deux fois, la glorieuse génération allemande qui a triomphé au Mondial 1990 puis à l'Euro 1996 prend la porte (Lothar Matthaüs, dernière sélection à 39 ans, Oliver Kahn, Fredi Bobic, Thomas Hassler...). Le renouvellement, inspiré après l'Euro 2004 par le nouveau sélectionneur, Jürgen Klinsmann, permet de bâtir une équipe jeune, brillante et inspirée. Faut-il attendre d'être tombé au fond du gouffre pour reconstruire ?

Un mécène en retrait

Serge Kampf a rencontré Serge Blanco lors de la Coupe du monde 1987. Ce passionné de ballon ovale, qui dirige la société de conseil informatique CapGemini, tombe sous le charme de Blanco. "Comme Platini dans le foot, il fascine les chefs d'entreprise", remarque dans Challenges Mourad Boudjellal. Kampf aide Blanco à financer ses projets hôteliers, sa marque de vêtements, et investit (modérément) dans le BO. Si l'an passé, il a encore comblé le déficit, il a aussi vendu ses actions. Le club n'a pas pu suivre l'inflation budgétaire des grosses écuries du Top 14 et fait figure de "petit". Cette année, les déplacements s'effectuent désormais le matin du match pour limiter les frais d'hôtel.

L'exemple à ne pas suivre : le FC Lourdes (qui était pourtant un club de rubgy). Le club lourdais, c'est sept titres de champion de France entre l'après-guerre et 1960. A l'époque, le mécène-sénateur-maire-magnat du BTP Antoine Béguère chouchoute les joueurs, leur donnant un travail et leur construisant une maison. Alliez à ça un entraîneur génial mais autoritaire - "je me souviens encore qu'une fois, en plein match, il avait giflé son jeune frère Maurice qui avait raté une passe", raconte un journaliste de L'Equipe - et le succès est là. La mort d'Antoine Béguère sonne le glas du développement du club, qui voit vieillir ses meilleurs joueurs, quand ils ne partent pas sous d'autres cieux.