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La princesse saoudienne Reema bint Bandar au CIO : une nouvelle étape de la diplomatie sportive saoudienne

Le 17 juillet prochain, le Comité international olympique accueillera de nouveaux membres en son sein. Parmi eux, la princesse Reema bint Bandar Al Saoud, ambassadrice de l’Arabie saoudite aux États-Unis. Sa nomination au sein de l’une des instances sportives internationales les plus importantes en dit long sur la volonté de l’Arabie saoudite de peser davantage dans le monde du sport et représente une nouvelle étape dans la diplomatie sportive du royaume, qui se diversifie dans le cadre du plan de développement Vision 2030.
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France Télévisions
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C’est une information passée inaperçue mais qui démontre l’évolution de la diplomatie sportive de l’Arabie saoudite, façonnée depuis plusieurs années par le roi Salman et son fils, le prince héritier Mohammed Ben Salman (MBS). Le 10 juin dernier, le Comité international olympique (CIO) a validé une liste de cinq candidats qui pourraient devenir des membres actifs de cette organisation sportive globale. Parmi les cinq candidats qui pourraient rejoindre les 100 membres actuels, trois femmes dont la princesse saoudienne Reema bint Bandar Al Saoud.

Ambassadrice de l’Arabie saoudite aux États-Unis depuis février 2019, la princesse Reema a déjà eu affaire au CIO en tant qu’ancienne présidente de la Fédération saoudienne pour la participation de masse et comme directrice adjointe du département de développement et de planification de l’Autorité générale des sports du royaume. Très proche du pouvoir en place en tant que membre de la famille royale, Reema bint Bandar milite pour les droits humains et est l’une des plus ferventes avocates des droits des femmes en Arabie saoudite. Ce choix pour représenter le royaume au CIO est donc loin d’être anodin.

"C’est une étape particulièrement notable, parce que la diplomatie sportive saoudienne est plus complète que celle qui apparaissait jusque-là", soutient Carole Gomez, membre de l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques) et spécialiste de la géopolitique du sport. Jusque-là, l’Arabie saoudite s’était davantage distinguée en organisant des événements sportifs internationaux sur son territoire : l’accueil du Dakar en janvier dernier et pour les années à venir, celui du combat de boxe entre Anthony Joshua et Andy Ruiz à Riyad, la Supercoupe d’Italie…

Une projection à l'international

Une stratégie imaginée par MBS et le roi Salman depuis l'accession de ce dernier à la couronne en 2015. Miser sur le sport est l’un des objectifs de l’Arabie saoudite dans le cadre du plan de développement et de diversification de l’économie Vision 2030, dont le but est de réduire la dépendance de l’économie du royaume au pétrole. "Pour l’Arabie saoudite, s’investir dans le sport a vraiment un objectif économique alors que le Qatar ou les Émirats arabes unis vont utiliser le sport pour exister sur la scène internationale", explique Raphaël Le Magoariec, doctorant à l’université de Tours et spécialiste des politiques sportives des États du Golfe.

Après l’organisation domestique d’événements sportifs internationaux, l’engagement de l’Arabie saoudite dans le sport "a davantage été tourné vers l’extérieur ces derniers mois", expose Simon Chadwick, professeur à l’EM Lyon spécialisé dans la politique et le sport. Depuis plusieurs semaines maintenant, le royaume saoudien se retrouve au centre de nombreuses polémiques concernant l’offre de rachat effectuée par le Public Investment Fund (PIF), le fonds public d’investissement saoudien, pour acquérir le club anglais de Newcastle. Une projection à l’international qui se poursuit avec la nomination de la princesse Reema au sein du CIO.

Peser dans le jeu de l'ombre de la diplomatie

"Cette nouvelle étape contribue à aller dans le sens d’une diversification de la diplomatie sportive saoudienne", explique Carole Gomez. Jusque-là, l’Arabie saoudite comptait un membre honoraire au sein du CIO, "mais ces membres n’ont pas l’importance de poids que les membres formels ont", nuance la chercheuse. En plaçant un membre permanent au sein du CIO, le royaume "peut se tenir au courant avec des informations précieuses, faire partie des discussions, être au cœur du réacteur", poursuit Carole Gomez. "Les coulisses des instances sportives internationales sont investies par les pays du Golfe ce qui montre qu’ils veulent compter sur la scène du sport mondial. C’est une stratégie moins visible qui a un réel impact", explique Raphaël Le Magoariec.

Un impact qui pourrait être très concret avec la princesse Reema bin Bandar, ancienne conseillère de MBS. "Elle maîtrise les codes diplomatiques", souligne le spécialiste des politiques sportives des États du Golfe. La nomination d’une femme à ce poste a forcément un aspect d'annonce pour le royaume, "qui montre qu’il accorde de l’importance à l’égalité des sexes", explique Simon Chadwick, alors que de nombreuses femmes sont emprisonnées en Arabie saoudite. Très peu de femmes occupent des postes d'une telle importance dans le royaume. Mais le pouvoir en place comptera surtout sur les compétences de la princesse pour affermir sa diplomatie sportive et rendre le royaume incontournable sur la scène internationale sportive. "C’est le jeu auquel a décidé de participer l’Arabie saoudite", affirme le professeur de l’EM Lyon.

Objectif JO et Coupe du monde ?

Jusqu’à maintenant, l’Arabie saoudite ne s’était pas réellement penchée sur ce pan de la diplomatie sportive. Comme elle n’a jamais imité ses voisins du Golfe, qui font parler d’eux à travers le monde à coups de sponsoring (Fly Emirates, Qatar Airways…) ou de droits télé (beIN Media Group). Ces mêmes voisins qui sont déjà très présents dans les instances sportives internationales, comme Bahreïn ou le Koweït, qui jouent ce jeu de l’ombre depuis de nombreuses années. "L’Arabie saoudite a un grand retard là-dessus", soutient Simon Chadwick avant de poursuivre : "Tout est une question d’influence". Selon le professeur, ce pouvoir d’influence a par exemple permis au Paris Saint-Germain de passer entre les mailles du filet quand Manchester City a été épinglé par l’UEFA pour non-respect des règles du Fair-play financier.

"Ce travail d’influence a également permis au Qatar de compter à la FIFA dans l’acquisition de la Coupe du monde", souligne Raphaël Le Magoariec. Et d’obtenir en avril 2019 un nouveau membre au sein du Conseil de l’instance du football mondial - Saoud al-Mohannadi -, élu au détriment du candidat Khaled al-Thebity proposé par… l’Arabie saoudite. Ce jeu d'influence plus "discret" pourrait convenir au royaume, qui entrevoit récemment les difficultés de s'impliquer dans le sport avec le rachat potentiel de Newcastle. Avec la nomination prochaine de la princesse Reema au CIO, le royaume avance donc dans sa diplomatie sportive et pourrait à terme viser l’organisation de plus grands événements comme les Jeux olympiques ou la Coupe du monde de football.

Mais avant cela, d’autres événements sportifs internationaux pourraient avoir lieu en Arabie saoudite, comme l’explique Carole Gomez : "Le CIO rassemble des présidents de fédération de sport olympique et des membres influents". L’Arabie saoudite se prépare d’ailleurs déjà à organiser un Grand Prix de Formule 1 dès 2023 dans la nouvelle ville d’Al-Qiddiya en banlieue de Riyad. De quoi donner du travail à la princesse Reema , dont l’entrée au CIO doit être validée le 17 juillet prochain.

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