François Hollande n'ira pas à Sotchi. C'est grave ?

Non, le dernier président français à avoir assisté à une cérémonie d'ouverture de JO d'hiver, c'est François Mitterrand... en 1992.

La cérémonie d\'ouverture des Jeux olympiques d\'hiver de Vancouver, le 12 février 2010. 
La cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques d'hiver de Vancouver, le 12 février 2010.  (JAMIE SQUIRE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

"Il n'est pas prévu que les plus grandes autorités françaises se rendent à Sotchi." La phrase est signée Laurent Fabius, dimanche 15 décembre, sur Europe 1. Quelques semaines après le forfait du président allemand Joachim Gauck et le boycott affiché de la commissaire européenne Vivienne Reding, c'est au tour du gouvernement français de passer son tour pour la cérémonie d'ouverture, prévue le 7 février 2014. Soucieux d'allumer un contre-feu, le comité d'organisation des Jeux affirme que "40 chefs d'Etat ont confirmé leur présence"

La Saint-Valentin plus forte que les JO d'hiver

Les Jeux olympiques d'hiver ne bénéficient pas du même lustre que leurs cousins estivaux. Lors des Jeux de Londres, 120 chefs d'Etat s'étaient pressés dans les travées du stade olympique. A Pékin, en 2008, ils n'étaient que 90, malgré l'importance diplomatique du déplacement en Chine. Divisez ces chiffres par dix pour n'importe quelle cérémonie des Jeux d'hiver.

A Vancouver, pour les Jeux d'hiver 2010, ils n'étaient pas nombreux pour écouter le duo de chanteurs Nelly Furtado et Bryan Adams, ou admirer l'ours de glace géant trônant au milieu du stade. Tout le gratin de la politique canadienne était là, certes. Le vice-président américain Joe Biden pour suppléer Barack Obama, trop occupé, était là aussi, certes. Mais quand la chaîne ABC (en anglais) a demandé à Joe Biden quel serait son programme au Canada, il a expliqué que la fête de la Saint-Valentin, qui tombait juste après la cérémonie, occupait toutes ses pensées. Et Nicolas Sarkozy ? Il avait fait l'impasse, en raison d'un agenda trop chargé

Les JO d'hiver, un truc de vice-président ou de ministre

Ce n'est de toute façon pas courant pour les chefs d'Etat de se déplacer pour une compétition sportive au rayonnement et aux retombées bien moindres que les JO d'été. En France, traditionnellement, on envoie le ministre des Sports. Outre-Manche, Tony Blair et Gordon Brown se sont fait une spécialité des lettres ouvertes encourageant les athlètes. Pour la cérémonie d'ouverture des JO de Turin, en 2006, Tony Blair avait envoyé sa femme, Cherie. Coïncidence ? George W. Bush avait eu la même idée, en demandant à son épouse, Laura, de faire un crochet par la cité piémontaise après un séjour au Vatican. 

Cherie Blair (à gauche) et Laura Bush (au centre) lors de la cérémonie d\'ouverture des JO de Turin, le 10 février 2006.
Cherie Blair (à gauche) et Laura Bush (au centre) lors de la cérémonie d'ouverture des JO de Turin, le 10 février 2006. (MANDEL NGAN / AFP)

Le dernier président à avoir assisté à une cérémonie d'ouverture des JO d'hiver, c'est François Mitterrand, pour les Jeux d'Albertville en 1992. Le général de Gaulle s'était aussi déplacé pour les Jeux de Grenoble, en 1968. Aux Etats-Unis, il était de coutume de partager les tâches entre président et vice-président pour les Jeux à domicile. Aux premiers les cérémonies estivales, aux autres les joies de croupir des heures dans le froid à attendre que la flamme olympique s'embrase, à l'image de Walter Mondale à Lake Placid en 1980. Le malheureux Richard Nixon n'avait pu placer qu'une phrase lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux de Squaw Valley en 1960. Tout a changé pour les Jeux de Salt Lake City, en 2002. Moins d'un an après le 11-Septembre, George W. Bush a marqué de son empreinte la cérémonie d'ouverture, où figuraient notamment les pompiers de New York. 

Reste que l'absence de François Hollande présente un risque majeur, au moment où Paris hésite à se lancer dans la bataille de l'organisation des Jeux de 2024. Diplomatiquement, c'est très important d'être présent pour faire campagne... et ne pas fâcher les Russes, influents au comité international olympique. Alors qu'il n'était pas encore président, Jacques Chirac l'avait bien compris. Maire de Paris à l'époque, il n'avait pas hésité à suivre avec passion les épreuves de gymnastique aux JO de Los Angeles, en 1984, pour soutenir "Paris 1992". Appareil photo en main, s'il vous plaît...

Jacques Chirac, appareil photo en main, assiste aux épreuves de gymnastique des JO de Los Angeles, le 31 juillet 1984. 
Jacques Chirac, appareil photo en main, assiste aux épreuves de gymnastique des JO de Los Angeles, le 31 juillet 1984.  (JEAN-CLAUDE DELMAS / EPU FILES)