Mondial de handball : "Un outil de propagande pour le régime d'Al-Sissi", dénonce un militant d'Amnesty International

Plus d'un an après la Coupe d'Afrique des Nations 2019, l'Egypte reçoit un nouvel événement sportif majeur, le mondial de handball (du 13 au 31 janvier). Pour Hussein Baoumi, en charge des recherches politiques au sein d'Amnesty International, c'est l'occasion pour le régime oppressif d'Abdel Fattah Al-Sissi de lisser l'image de son pays à l'international.
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France Télévisions
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Le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi dans son discours d'inauguration de la CAN 2019.  (JAVIER SORIANO / AFP)

Le mondial de handball a lieu alors que l'Egypte connaît une deuxième vague de Covid-19 bien plus violente que la première, et ce depuis novembre dernier. Pourquoi le gouvernement a-t-il tenu à organiser cette compétition coûte que coûte ?
Hussein Baoumi : "D'abord, il faut dire que le handball n'est pas un sport très populaire en Egypte. Bien sûr il y a un certain public, mais ce n'est pas du tout un sport massif comme le football, qui est un peu une religion pour les Egyptiens. Les médias en parlent plus depuis quelques jours, mais ça reste un sujet périphérique, d'autant que la crise du coronavirus occupe toute l'actualité. Il faut savoir qu'en Egypte, le gouvernement a, dans un premier temps, minimisé l'importance du coronavirus : les journalistes ont été traités d'alarmistes, les chiffres ont été sous-évalués, il n'y a pas eu de fermeture des frontières... Ce n'est pas comme au Brésil mais ce n'est pas si loin. C'est dans ce contexte que le gouvernement a organisé ce mondial. C'est évidemment important pour eux d'envoyer un signal positif, de montrer qu'ils sont capables de gérer ces évènements. Une annulation aurait été catastrophique pour l'image."

L'image, c'est la raison pour laquelle le régime d'Al-Sissi accorde autant d'importance à ces évènements, tels que la Coupe d'Afrique des Nations (CAN) organisée en Egypte en 2019 ?  
H.B :
"Al-Sissi adore utiliser les grands évènements sportifs pour montrer que l'Egypte est un pays sûr et stable. Il est conscient de l'image négative que peut avoir son régime dans les médias internationaux et même dans certains médias du monde arabe. L'Egypte d'Al-Sissi est réputée répressive, il le sait. Son objectif est de remettre en cause ce discours pour donner l'image d'une Egypte stable. Le sport est clairement un outil de propagande, comme a pu l'être sa visite en France il y a quelques semaines. Il était revenu en clamant que la France appréciait la stabilité de notre pays."

Quelle est la place du sport dans la société égyptienne sous Al-Sissi ? 
H.B : "Al-Sissi considère le sport à la fois comme un outil et une menace. Comme je vous l'ai dit, le football est une deuxième religion pour les Egyptiens. Or cela fait plusieurs années maintenant, même bien avant les limitations liées au coronavirus, que les stades sont en partie fermés. Certains bars et cafés sont fermés les jours de match. Des groupes de supporters sont régulièrement arrêtés, non pas pour des actes mais "en prévention" d'éventuelles manifestations de violence. Certains ultras sont certes politisés, mais c'est avant tout une vraie paranoïa de la part du gouvernement envers toute forme de regroupement. La situation du monde sportif s'est largement dégradée sous le régime d'Al-Sissi par rapport à l'Egypte des années 1990 ou 2000 par exemple. Ce qui passe dans le sport n'est cependant qu'une des manifestations du caractère oppressif du régime d'Al-Sissi. Les médias sont censurés, il n'y a pas de réelle opposition, des femmes sont emprisonnées pour des vidéos jugées "amorales"...

La CAN 2019 avait donné l'occasion à certaines voix de s'élever dans les médias occidentaux contre cette situation. Est-ce aussi une fenêtre pour les activistes des droits de l'homme ? 
H.B :
 "Les pays occidentaux en parlent mais c'est tout même très insuffisant. Je ne suis pas sûr que l'opinion publique ait vraiment conscience de l'ampleur de ce qui se passe en Egypte. En ce qui concerne les hommes et femmes d'Etat, il ne faut pas se leurrer : ils savent très bien ce qui se passe. Ils réagissent certes avec des "nous sommes inquiets des dérives d'Al-Sissi" mais, dans le même temps, continuent à vendre des armes ou à le recevoir en grandes pompes chez eux. Il y a clairement un manque de cohérence. En revanche, pour les médias, je pense qu'il s'agit juste d'une sorte de fatigue accumulée depuis toutes ces années de dictature : les dérives autoritaires, la censure, les arrestations, c'est un peu toujours la même chose. C'est donc effectivement une bonne chose que des évènements sportifs, tels que ce mondial de hand, nous offrent des occasions de rappeler la gravité de la situation."
 

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