Mondial de handball : suspendue, la Russie quand même au rendez-vous

Suspendue pour deux ans de toutes compétitions internationales par le Tribunal Arbitral du Sport en décembre, la Russie participe bien au Mondial de handball qui a débuté ce mercredi en Egypte. Comme pour les autres compétitions, les athlètes russes évolueront toutefois sous bannière neutre, avec l’interdiction d’afficher leurs couleurs. Un compromis qui n’est finalement une victoire pour personne. Pour l’instant.
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France Télévisions
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 (ANDREAS HILLERGREN / TT NEWS AGENCY)

Championne du monde en 1993 et 1997, quatre fois championne olympique, et championne d’Europe en 1996, la Russie est une grande nation de handball. En témoignent ses 22 participations en 27 éditions aux championnats du monde. De ce point de vue là, ce n’est pas étonnant de voir les Russes au programme de ces Mondiaux en Egypte. Ce qui interroge, c’est que le 17 décembre dernier, le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) a suspendu la Russie de toutes compétitions internationales pour deux ans, alors que l’Agence Mondiale Antidopage avait prononcé une sanction de quatre ans. Historique, cette peine n’empêche pas les handballeurs russes de débarquer en Egypte moins d’un mois plus tard.

Une participation sous conditions

En réalité, ils ont été autorisés à participer au nom de "l’équipe de la fédération russe de handball". C’est-à-dire sous bannière neutre, ce qui sera le cas des équipes et athlètes russes n’ayant jamais été sanctionnés pour dopage pendant la durée de la suspension prononcée par le TAS. Concrètement, au-delà du nom, la Russie évoluera dans ces Mondiaux sans son drapeau, sans aucun signe distinctif sur ses maillots et sans son hymne. Officiellement, on parlera aussi de joueurs "neutres", et non pas russes. "Pour la Russie où le sentiment patriotique est très développé, c’est une forme d’humiliation. Le coup porté est réel, même si symbolique parce qu’ils peuvent quand même participer", nous explique Lukas Aubin, spécialiste de la géopolitique russe auteur d’une thèse intitulée La Sportokratura en Russie : gouverner par le sport à l’ère de Vladimir Poutine (2000-2020).

Car en Russie plus qu’ailleurs, le sport et les équipes nationales sont un outil politique depuis longtemps. Lukas Aubin détaille : "Pour faire simple, quand Poutine est arrivé au pouvoir, il a hérité d’un milieu sportif en ruines, détruit par la chute de l’URSS. Il a décidé de faire du sport un élément central de son 'softpower', à destination de l’étranger et des Russes eux-mêmes. Le sport est un catalyseur du sentiment patriotique, et il permet de montrer une image positive de son pays". C’est notamment dans cette optique que la Russie a organisé les Jeux olympiques d’hiver en 2014 à Sotchi, ou la Coupe du monde 2018. Mais c’est aussi dans ce but qu'un dopage institutionnalisé a été mis en place, ce qui aboutit à cette condamnation du TAS aujourd’hui. La boucle est bouclée.

Si la claque est réelle, les dégâts sont en réalité limités pour la Russie où cette annonce a été accueillie comme un soulagement. "Le pire scénario pour eux aurait été d’être exclus et de ne pas participer parce que depuis 20 ans la Russie investit beaucoup dans cette génération d’athlètes. Là au moins ils participent", relativise Lukas Aubin. Selon lui, cette sanction symbolique pourrait même être transformée en atout : "Il va y avoir un effet boomerang, les sportifs Russes vont probablement utiliser cette interdiction pour montrer qu’ils sont forts, qu’ils existent quand même. Ils peuvent l’utiliser de façon positive. Quant aux autorités russes, elles se complaisent dans cette position de la Russie seule contre tous, la Russie qui n’a jamais été comprise par les Occidentaux. Ils disent : 'On ne nous comprend pas, mais on ne se soumet pas'".

Répondre par le terrain

De là à penser que la Russie sort gagnante de ce bras de fer perdu ? "Tout ça mis bout à bout, c’est presque positif paradoxalement. Poutine va pouvoir cristalliser le patriotisme des athlètes, eux vont se surmotiver en se disant qu’ils partent en mission pour défendre la Russie, même sans leurs couleurs. Mais ça ne résout pas le problème interne du dopage", rappelle Lukas Aubin, qui précise que la nouvelle génération d’athlètes commence à élever sa voix contre les autorités sportives russes. "Mais ils sont encadrés par des dirigeants élevés dans ces méthodes de dopages généralisées. Il y a un problème générationnel, on est dans une phase de transition", ajoute-t-il. 

Pour Carole Gomez, directrice de recherche à l’IRIS, spécialisée sur l’impact du sport dans les relations internationales depuis 2013, il faut effectivement nuancer : "Certains pensent qu’être présents est une victoire pour la Russie, que ça permet de dire 'qu’on est quand même là'. À mon sens, en terme de communication, le fait de ne pas avoir le drapeau, pas d’hymne, pas de signes distinctifs, c’est un lourd fardeau et cela rend la sanction explicitement visible. Il y a toujours un objectif de communication dans une sanction. Ostraciser ainsi une équipe permet de dénoncer des comportements". Au final, tous s’accordent sur un point : seuls les résultats permettront aux athlètes russes innocents de faire oublier la sanction causée par des années d’ingérence politique dans le monde du sport. Placés dans le groupe H avec la Corée du Sud, la Slovénie et la Biélorussie, les 'Athlètes neutres' ont toutes les chances de rejoindre le tour principal pour faire parler d’eux, en handball, et pas en mal.

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