Nancy-Le Mans interrompu à cause de chants homophobes : "Les supporters vont s'interroger sur leur comportement"

Yoann Lemaire, premier footballeur à avoir révélé publiquement son homosexualité, note une "nette évolution dans le comportement des jeunes", mais déplore un manque d'engagement de la part de la Fédération française de football au sujet de l'homophobie dans les stades.

L\'ancien footballeur Yoann Lemaire, le 17 mai 2018.
L'ancien footballeur Yoann Lemaire, le 17 mai 2018. (KAREN KUBENA / MAXPPP)

"C'est vraiment génial, c'est une grande avancée", s'est enthousiasmé sur franceinfo samedi 17 août Yoann Lemaire, premier footballeur à avoir révélé publiquement son homosexualité en 2004. Il s'est exprimé au lendemain de l'arrêt du match entre Nancy et Le Mans pour des chants de supporters homophobes. "Je pense que les supporters vont s'interroger sur eux-mêmes et sur les comportements qu'ils ont dans le stade", a espéré Yoann Lemaire.

franceinfo : Comment avez-vous réagi à cette décision de l'arbitre d'arrêter ce match ?

Yoann Lemaire : J'étais vraiment surpris de voir enfin un arbitre et ses délégués oser arrêter un match comme ça, en parler avec le speaker. C'est tout nouveau. C'est vraiment génial, c'est une grande avancée. En même temps, ça fait quinze ans qu'on parle de ces chants homophobes, il était temps que ça arrive. On va dire que je suis rassuré car ça démontre bien que la LFP, les ministères ou les arbitres veulent faire avancer le débat et c'est une bonne chose. C'est vraiment rassurant. Cela peut faire réfléchir les gens, car au moins ça ouvre le débat. On dit aux gens que ce qu'ils chantent, c'est nul, c'est ordurier, c'est homophobe. On peut faire aussi un rappel à la loi pour expliquer aux gens que c'est pareil que le racisme.

Ce n'est quand même pas grand-chose d'arrêter le match deux minutes. Au moins, ça permet d'en parler, les médias en parlent et on peut se remettre en question. C'est intéressant, cela fait partie de la sensibilisation, que les gens se disent que ce qu'ils font est minable, donc il faut en parler. Je pense que dans beaucoup de cas, les supporters vont s'interroger sur eux-mêmes et sur les comportements qu'ils ont dans le stade. Pour eux, ce n'est pas homophobe d'insulter l'arbitre, de le traiter d'enculé ou l'adversaire de pédé. Pour eux, ça fait partie du folklore. Au moins, ça le mérite d'être clair, on peut essayer d'en discuter avec eux et d'essayer de faire avancer le débat.

Quand le président du club de Nancy dit que le football n'a pas vocation à régler tous les problèmes de la société, comment accueillez-vous ces propos ?

Je suis déjà rassuré que le président soit d'accord pour dire que les chants homophobes, ce n'est pas bien. C'est assez rare que les joueurs, les entraîneurs, les présidents en parlent, c'est même très très rare. Maintenant, je ne suis pas du tout d'accord avec lui pour dire que le football n'est pas là pour soigner les maux de la société. On peut quand même s'attendre dans le football à un peu d'exemplarité.

Nous sommes champions du monde, la France a un rôle à jouer pour faire passer des messages positifs, de belles valeurs. La France a un rôle à jouer par rapport à des pays comme la Russie, le Qatar ou tant d'autres. Donc je ne suis pas d'accord. Le football peut pallier le manquement d'éducation dans la famille ou à l'école et le football n'est pas que du sport, cela doit aussi participer à faire grandir un garçon ou une fille intellectuellement et socialement, c'est évident.

Vous qui suivez ce dossier depuis quinze ans, avez-vous le sentiment d'une évolution sur ce sujet ?

Il y a une nette évolution dans le comportement des jeunes. J'interviens souvent dans les lycées, même dans les centres de formation et il y a une évolution plutôt positive. Les jeunes peuvent en parler car ils voient l'homosexualité à la télé et dans les séries, on voit le président de la République qui en a parlé récemment tout comme la ministre des Sports.

Par contre, ce qui manque cruellement, ce sont des idées et des budgets. Parce que faire de la communication dans les médias pour dire que l'homophobie ce n'est pas bien, on est tous d'accord, mais maintenant on fait quoi ? C'est ça le problème. Nous, quand on arrive avec nos petites idées, on nous répond souvent qu'il n'y a pas assez de budget. C'est un sujet qui est réellement tabou dans le monde du football. Ceux qui sont à la ramasse complètement, c'est la Fédération française de football.