FC Bâle-Nice : Jean-Kévin Augustin, ancien grand espoir du PSG au parcours semé d’embûches

L’attaquant français du FC Bâle va affronter Nice, jeudi, en quart de finale aller de la Ligue Europa Conférence, après s’être notamment relevé d’un Covid long qui a lourdement handicapé sa carrière.
Article rédigé par Denis Ménétrier, franceinfo: sport
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié
Temps de lecture : 5 min
Jean-Kévin Augustin (à gauche) lors du match de Ligue Europa Conférence entre le FC Bâle et le Slovan Bratislava, le 6 octobre 2022. (ANTHONY ANEX / KEYSTONE)

Le nom de Jean-Kévin Augustin avait disparu des radars du football français depuis son départ du FC Nantes en juillet dernier. Il est réapparu deux fois cette semaine. D'abord parce que son équipe, le FC Bâle, va affronter, jeudi 13 avril, l’OGC Nice en quart de finale de la Ligue Europa Conférence. Mais également dans une affaire extra-sportive. 

En début de semaine, le média britannique The Athletic a affirmé que Leeds, club où il a joué trois bouts de match en 2019-2020, avait été condamné à lui verser 28 millions euros d'indemnité. Le club anglais n'a pas respecté l'obligation de l'acheter à Leipzig à l'issue de son prêt. Contacté par le média britannique, Leeds a indiqué "ne pas pouvoir commenter une affaire juridique en cours".

Le Français n’a pas encore touché le jackpot, car le club anglais pourrait faire appel, mais cette affaire est un nouvel épisode dans la courte, mais si intense carrière de "JK". À 26 ans, le natif de Paris a retrouvé en Suisse le sens de sa vocation : jouer pour marquer des buts. La formule va de soi pour un footballeur professionnel mais pour Augustin, elle n’avait plus rien d’une évidence. Car le Tricolore a en effet passé beaucoup de temps loin des terrains.

Plusieurs "erreurs de jeunesse"

Avant de s’exiler à l’étranger, "JK" était avant tout un grand espoir du Paris Saint-Germain. "Il était clairement au-dessus. Tout semblait facile pour lui. Ça lui a permis d’être surclassé et on lui faisait confiance parce qu’on savait de quoi il était capable", se souvient Dylan Batubinsika, ancien coéquipier d’Augustin au sein des équipes de jeunes du PSG. Avec l’équipe de France U19, le jeune attaquant remporte l’Euro à l’été 2016. Il termine alors meilleur joueur et meilleur buteur de la compétition devant un certain... Kylian Mbappé.

"Quand il était dans un bon jour, physiquement, techniquement et mentalement, il était injouable", assure Batubinsika. Et dans un mauvais jour ? "Plus jeune, il était un peu flemmard", sourit celui qui est désormais défenseur au Maccabi Haïfa. Perçu comme un gros talent, Jean-Kévin Augustin va multiplier les écarts de conduite. En septembre 2017, il est ainsi exclu de la sélection Espoirs après une altercation avec Sylvain Ripoll, à la mi-temps d’un match contre le Chili.

Jean-Kévin Augustin avec Kylian Mbappé à l'issue de la demi-finale de l'Euro U19 entre la France et le Portugal, le 21 juillet 2016. (UWE?ANSPACH / DPA)

Un an plus tard, il avertit le sélectionneur, par SMS, de son refus d’honorer sa convocation chez les Espoirs, en invoquant une "fatigue musculaire". Augustin ne rejouera plus sous le maillot Bleu, et Didier Deschamps, le sélectionneur des A, évoque une "situation hallucinante". À seulement 21 ans, "JK" traîne l’image d’un joueur ingérable. "Les gens pensent que je suis un caïd. (…) On me perçoit comme un mec arrogant, un petit con. (…) Au fond, je suis un bon garçon, c’est juste que j’ai fait des erreurs de jeunesse", se défend-il dans L’Équipe.

Des passages ratés à Monaco, Leeds et Nantes

"C’est un bon garçon, super gentil et très attachant. Mais il a un caractère bien trempé parfois. C’est tout le paradoxe", témoigne Batubinsika. Sur le plan sportif, après de bons débuts avec Leipzig, Augustin est prêté en 2019-2020. D’abord à Monaco, puis à Leeds. Deux échecs et une saison chaotique pour lui. Vient l’heure du rebond, en octobre 2020 à Nantes, où il retrouve son ami de l’époque du centre de formation du PSG, Roli Pereira de Sa, et Ludovic Blas, avec qui il a remporté l'Euro U19.

"Très vite, on se rend compte qu’il n’est pas apte pour jouer au foot", se remémore Jean-Marcel Boudard, journaliste à Ouest-France qui suit l’actualité du FC Nantes au quotidien. Après un été sans club, "JK" n’est pas prêt physiquement. Son image de joueur dilettante lui revient en boomerang en plein visage. "C’est de notoriété publique qu’il inhalait des gaz hilarants", confie une source qui gravite autour du club nantais.

Ce que confirmait un membre de l’entourage du joueur à 20 Minutes en janvier 2022 : "Si la question est : est-ce que JKA a déjà consommé des ballons, oui, malheureusement, ça pour le coup c’est factuel. Grâce à Dieu, c’est une pratique qu’il a arrêté depuis." Nantes prépare alors un programme d’entraînement individualisé pour Augustin avant de l’envoyer en équipe réserve.

Touché par une forme de Covid long

"Quand il débarque en réserve, ce n’était plus le même joueur. Il n’arrivait plus à faire un contrôle, ratait ses prises de balle et ses enchaînements. Il était perdu", expliquait à Ouest-France Anthony Walongwa, ancien joueur de l'équipe B des Canaris qui avait affronté un Augustin prometteur en 2017. En mars 2021, des examens permettent de mettre le doigt sur ce qui cloche : JK souffre d’un Covid long et du syndrome de Guillain-Barré, qui altère sa motricité et ses capacités physiques.

"Je ne l’ai pas trouvé déprimé, parce qu’il n’est jamais vraiment de mauvaise humeur. Mais il expliquait que c’était vraiment galère", se souvient Dylan Batubinsika. Le diagnostic permet tout de même à JK d’avancer et de poursuivre, avec un but, sa rééducation. Au sein de l’équipe réserve de Nantes, Augustin endosse le rôle de "grand frère", assure Jean-Marcel Boudard. Il sera même sur la feuille de match de la finale de la Coupe de France remportée en mai 2022 par Nantes contre Nice.

Les Niçois, justement, Jean-Kévin Augustin va les retrouver jeudi soir avec le FC Bâle, club au sein duquel il retrouve les joies d’être titulaire, même s'il n'a pas encore pu disputer un match complet cette saison. "Le compétiteur en moi est revenu, expliquait-il au Journal du dimanche en mars dernier. Mon corps m’avait lâché." Après des années de galère, l’ancien grand espoir du PSG se veut philosophe : "Si je n’avais pas eu le Covid long, j’aurais peut-être gardé la mentalité qui m’a joué des tours." À seulement 26 ans, "JK" a encore tout le temps devant lui pour se rattraper.

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