Real Madrid-Bayern : Andriy Lunin, derrière le gardien qui brille, un homme engagé pour l'Ukraine

Titulaire dans les cages du Real Madrid cette saison en l’absence de Thibaut Courtois, Andriy Lunin a connu un parcours sinueux jusqu’au très haut niveau et s’apprête désormais à vivre une demi-finale retour de Ligue des champions face au Bayern.
Article rédigé par Anna Carreau
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié
Temps de lecture : 4 min
Andriy Lunin avec le Real Madrid face à Braga en phase de groupes de Ligue des champions, le 8 novembre 2023 (BAGU BLANCO / SIPA)

A 25 ans, Andriy Lunin vit sans doute la meilleure saison de sa vie. Ou plutôt la première saison complète de sa carrière au haut niveau. Et ce, malgré un esprit occupé par la guerre dans son pays. Le gardien ukrainien a connu de nombreuses embûches avant de pouvoir s'affirmer comme le portier titulaire du Real Madrid. Un envol bien aidé par les deux blessures successives de Thibaut Courtois aux genoux et la méforme de Kepa Arrizabalaga, recruté à la fin de l'été pour le remplacer. Lunin a même réussi à faire oublier le Belge, pourtant de retour, à Carlo Ancelotti. L'Italien comptera sur lui pour la demi-finale retour face au Bayern, mercredi 8 mai (2-2 au match aller). 

Avant d'avoir la confiance de Carlo Ancelotti, Andriy Lunin a dû prendre son mal en patience au sein de la Casa Blanca. Arrivé du Zorya Louhansk, club de première division ukrainienne, à l'été 2018 contre un chèque record pour un jeune portier ukrainien de 19 ans, il a été obligé d'enchaîner trois prêts en deux ans et demi – Leganés, Valladolid et Oviedo, pour un total de 29 matchs disputés – avant d'avoir une place dans l'effectif de l'équipe première.

Ambassadeur ukrainien du football européen

Après trois saisons cantonné sur le banc à patienter dans l'ombre des stars merengues, Andriy Lunin goûte enfin à la lumière et à la gloire. Mais avec modération. De nature plutôt discrète, le natif de Krasnohrad, à une heure de voiture au sud-ouest de Kharkiv, refuse même d'être porté aux nues après avoir stoppé deux pénaltys lors de la séance de tirs-au-but face à Manchester City en quarts de finale : "Je ne suis pas un héros. La vraie difficulté, c'est la guerre dans mon pays, où se trouvent ma famille et mes amis. Ce n'est pas facile d'aller à l'entraînement tous les jours en recevant les pires nouvelles possibles."

Alors que les bombes russes pleuvent souvent sur la région dont il est originaire, le sportif ukrainien le plus suivi sur Instagram (avec trois millions d'abonnés) ne manque jamais une occasion d'être un ambassadeur de son pays en Europe. En mai 2022, quand le Real Madrid remporte sa 14e Ligue des champions, Andriy Lunin parade avec son drapeau bleu et jaune sur les épaules et ajoute sur les réseaux : "Il est important de ne pas oublier ce qui se passe dans notre pays." Trois mois plus tôt, l'invasion de l'Ukraine déclarée par Vladimir Poutine venait de faire basculer sa vie. 

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Le gardien, d'un naturel très réservé, a dû prendre la parole pour défendre les intérêts de son pays. Et a incité ses coéquipiers du Real Madrid à donner eux aussi des maillots et crampons pour des enchères au bénéfice de l'armée ukrainienne, qu'il co-organise avec son compatriote Roman Zozulya, avant-centre du Rayo Majadahonda en banlieue de la capitale espagnole. Entre deux liens de cagnotte relayés sur ses réseaux sociaux, Andriy Lunin est aussi aperçu à des manifestations pro-ukrainiennes dans les rues de Madrid ou de porter des gants d'une marque produite dans son pays. 

Depuis le 24 février 2022, Carlo Ancelotti le reconnaît, son jeune gardien a changé : "Il n'a plus le même état d'esprit qu'avant. Il ne parle pas beaucoup, mais il est inquiet parce qu'il a des proches à Kiev et ça l'affecte. Mais je pense que l'entraînement l'aide à ne pas penser à ces choses-là en permanence". Une énième épreuve, sans aucun doute la plus compliquée, pour celui qui a dû s'exiler au gré des disparitions successives de ses clubs formateurs : le Metalist Kharkiv puis le FK Dnipro. 

Une formation mouvementée à travers une Ukraine cabossée

Dans un football ukrainien en proie aux faillites ou autres malversations financières, Andriy Lunin a tout de même réussi à s'imposer comme l'un des gardiens les plus prometteurs de son pays, en débutant en première division à l'âge de 17 ans avec le Dnipro, faisant de lui l'un des cinq plus jeunes gardiens du championnat ukrainien. Il sera transféré malgré lui à Zorya Luhansk la saison suivante, après la relégation administrative de son deuxième club en D3, et y découvrira la Ligue Europa, sa première grande compétition européenne.

Avant d'être pour la première fois de sa carrière un fier ambassadeur de la nation ukrainienne, lorsque lui et ses camarades soulèvent le trophée de la Coupe du monde des moins de 20 ans dans le ciel polonais le 15 juin 2019. Le tout premier trophée de l'histoire de la sélection d'Ukraine. Titulaire dans les cages de la Zbirna et meilleur gardien de la compétition, il est accueilli en héros à son retour au pays et hérite d'un statut particulier dans le coeur de citoyens meurtris par la première invasion russe en Crimée et dans le Donbass.

Andriy Lunin, en vert à droite, célébrant la victoire de l'Ukraine lors de la Coupe du monde des moins de 20 ans, le 15 juin 2019 (ANDREW SURMA/SIPA USA/SIPA / SIPA)

Une affection qu'Andriy Lunin essaie aujourd'hui de bien rendre aux Ukrainiens, que ce soit par ses performances sur le terrain avec le Real Madrid ou par ses multiples engagements en-dehors. "J'essaie d'aider les gens, de les encourager, de faire ce que je peux, concède timidement le héros d'1m91 en zone-mixte. Je ressens cet encouragement que les gens me donnent et j'essaie de leur rendre la pareille."

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