Ligue des champions : "insouciant", "audacieux", "très confiant"... Lamine Yamal, l'adolescent star du FC Barcelone, vu par ses formateurs

Peu en vue lors du quart de finale aller de Ligue des champions face au PSG, l'ailier né en 2007 voit tous les espoirs des supporters du Barça reposer sur ses épaules pour le match retour mardi (21 heures).
Article rédigé par Anna Carreau
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié
Temps de lecture : 6 min
Lamine Yamal célèbre son but avec le FC Barcelone face à l'Athletic Club en Coupe du roi, le 24 janvier 2024. (JOSE BRETON / AFP)

Être comparé à Lionel Messi n'est jamais un cadeau, surtout quand on est un joueur du Barça. Mais après avoir vu son équipe encaisser une sublime frappe enroulée pleine lucarne du jeune Lamine Yamal, 16 ans, Javier Aguirre, entraîneur de Majorque, n'a pu s'empêcher : "La première fois que j'ai vu Leo Messi jouer, c'était il y a 21 ans. J'ai compris. Lamine Yamal ressemble aussi à cela." Le jeune ailier formé à la Masia, le centre de formation du FC Barcelone, est même plus précoce que le génie argentin, compilant les records de plus jeune joueur et plus jeune buteur de l'histoire du club. 

"Quand il rentre sur son pied gauche et qu'il met la balle dans la lucarne, il te rappelle de brefs souvenirs de Messi, a concédé son entraîneur Xavi, pourtant lui-même victime des comparaisons à outrance avec Pep Guardiola lorsqu'il a débuté sous le maillot blaugrana. Mais les comparaisons avec Messi ne lui sont pas bénéfiques. Toute personne qui a été comparée à Messi en est ressortie perdante."

L'Argentin avait attendu ses 17 ans et 115 jours pour débuter en Liga, quand Lamine Yamal – qui a l'octuple Ballon d'or pour idole – a été lancé dans le grand bain à 15 ans et 290 jours, le 29 avril 2023. 

Arrivé au FC Barcelone à sept ans

Presqu'un an plus tard, il compte déjà 43 matchs avec l'équipe première – pour six buts et sept passes décisives – et est devenu, avec le départ d'Ousmane Dembélé au Paris Saint-Germain, un titulaire indiscutable du Barça. Et de la Roja, dont il est évidemment aussi le plus jeune joueur et buteur. 

"Personne ne pouvait imaginer qu'il pourrait faire tout ça, surtout à 16 ans, admet Albert Puig Alcaide, entraîneur de Lamine Yamal à la Masia à 9 et 13 ans. Quand je le voyais à 13 ans, je voyais un joueur largement au-dessus des enfants du même âge. Mais je suis surpris qu'il soit capable, à 16 ans, de faire les mêmes choses chez les professionnels."

Pourtant, quand il débarque à l'âge de sept ans au centre d'entraînement du Barça après avoir impressionné dans son club de La Torreta, en banlieue de Barcelone, l'entraîneur chargé de superviser les essais doute de ce gamin frêle. 

"Il s'entraînait avec des garçons qui avaient un an de plus que lui, se souvient Albert Puig. Quand je suis arrivé, il a pris le ballon, a traversé le terrain avec et a fini en marquant. Je me suis retourné vers mon collègue et je lui ai dit : 'Tu avais quels doutes exactement ?'"

"C'est un gamin qui a beaucoup de confiance en lui, qui n'a pas peur, et cela fait la différence pour devenir joueur professionnel."

Albert Puig Alcaide, formateur de Lamine Yamal au FC Barcelone

à franceinfo: sport

Si Yamal n'est pas celui qui impressionnait le plus lors de ses très jeunes années, Jordi Font, qui l'a entraîné quand il avait 10 ans, se souvient : "Il a terminé meilleur buteur de notre saison. A chaque tournoi, il finissait avec les trophées de meilleur joueur et meilleur buteur." Son passage au football à 11 a permis à ses formateurs de confirmer les espoirs placés en lui : "A partir de là, on s'est dit qu'il pouvait faire quelque chose de sérieux." Passé de numéro 9 à ailier, Lamine Yamal est surclassé dès ses 14 ans, avant de passer en U19 à 15 ans et de connaître aussitôt l'équipe première. Sans passer par le Barça B.

Jordi Font explique cette progression éclair par "son talent et sa capacité à apprendre, écouter et assimiler". En plus d'une qualité technique et d'un sens du but hors du commun, Albert Puig cite aussi son intelligence, sa malice et sa débrouillardise : "Il est capable de trouver des solutions rapidement dans la vie de tous les jours et sur le terrain, de par ses heures passées à jouer dans la rue." Tous deux décrivent un adolescent "normal", malgré "l'admiration" que lui vouent ses coéquipiers, et qui n'utilise pas sa supériorité technique pour les écraser.

"Dans une situation normale, il serait encore à la Masia, à jouer avec les U19 ou le Barça B et le reste de ceux avec qu'il a grandi."

Jordi Font, formateur de Lamine Yamal au FC Barcelone

à franceinfo: sport

Celui qui, à 16 ans, a été ovationné par tout le Santiago-Bernabéu après avoir obtenu deux penalties et délivré une passe décisive sous le maillot espagnol face au Brésil, a toujours été "très audacieux" et "aime prendre ses responsabilités".

Comme lorsqu'il déclarait dans une interview au quotidien Mundo Deportivo le 5 avril, avant le quart de finale aller contre le PSG : "Je vois une victoire 1-0 pour le Barça, avec un but de moi." A 12 ans, Lamine Yamal était déjà celui qui prenait les devants lorsque son équipe était au pied du mur en championnat.

Un lycéen star du Barça

"Il est descendu au milieu de terrain pour avoir le ballon, je lui disais de rester devant parce qu'il manquait à l'équipe devant sinon, rembobine Albert Puig. Il m'a répondu qu'il savait ce qu'il faisait. Après avoir traversé une fois le terrain seul balle au pied, il a retenté deux minutes plus tard en dribblant tout le monde et en passant le ballon à un coéquipier mieux placé, qui a marqué. Dans le moment le plus délicat, il voulait déjà être celui qui débloque la situation." 

Lamine Yamal célébrant son but face à Grenade avec le FC Barcelone en Liga, le 11 février 2024. (URBANANDSPORT / NURPHOTO / AFP)

Son explosion au très haut niveau n'a rien changé au quotidien du natif de Mataro, ville ouvrière en banlieue de Barcelone, qui célèbre chacun de ses buts en mimant avec ses doigts le 304, code postal du quartier de Rocafonda où il a grandi. Quand il n'est pas sur les bancs de l'école à boucler ses devoirs entre deux entraînements, le lycéen écume les tribunes du centre d'entraînement pour voir ses copains, qui évoluent toujours dans les catégories de son âge. Sans que sa notoriété naissante ne le perturbe. 

"Quand tu joues au centre de formation du Barça, tu participes à de nombreux tournois importants, tu es suivi par beaucoup de monde sur les réseaux sociaux, tes matchs sont diffusés sur la télévision du club… Lamine avait déjà une certaine notoriété dans le football de jeunes de Catalogne. Donc cette pression n'est pas nouvelle pour lui", assure Albert Puig.

Figure de proue d'un Barça rajeuni, en partie à cause de ses difficultés financières qui l'empêchent de recruter, Lamine Yamal cohabite désormais avec plusieurs de ses anciens coéquipiers chez les jeunes. "Quand les jeunes de la Masia arrivent en équipe première, ils sont déjà habitués à être performants, note Jordi Font. Depuis tout petit, chaque entraînement, chaque match, chaque tournoi, c'est comme la finale de la Ligue des champions pour eux. Parce qu'il y a des milliers et des milliers d'enfants qui rêveraient d'être dans leur situation." 

S'il a déjà tout d'un grand, il ne reste à Lamine Yamal que son appareil dentaire, sa détestation de l'école et son "insouciance juvénile" pour rappeler qu'il n'y a rien de normal à voir le FC Barcelone être porté par un adolescent. 

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.