Ligue 2 : Bastia - Ajaccio, le retour du derby corse entre complexe de supériorité et suprématie locale

Le Sporting Club de Bastia (18e) reçoit l'AC Ajaccio (2e), samedi à 15 heures pour la 10e journée de Ligue 2, pour le premier derby corse depuis 2014.

Article rédigé par
Elio Bono - franceinfo: sport
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min.
Le dernier derby corse entre Bastia et Ajaccio remonte au 20 avril 2014. (MAXPPP)

Huit ans qu'ils attendaient ça. Sevrés de derby après la relégation administrative de Bastia en National 3, l'ACA et le Sporting se retrouvent enfin, samedi 25 septembre à 15 heures en Ligue 2. Très attendu, ce match oppose les deux plus grands noms de l'île. "Ce sont les deux premiers clubs professionnels de Corse, explique à franceinfo: sport Didier Rey, chercheur à l'université de Corse et spécialiste du footbal insulaire. L'ACA a accédé à la première division en 1967, le Sporting l'année suivante. Il y a donc une vraie rivalité."

Des affrontements alors souvent tendus, en vertu de l'antagonisme historique entre les deux cités. "Historiquement, il y a une vraie opposition entre le Nord, de tradition moins seignauriale, et un Sud plutôt aristocrate, la 'tarra di i signori', poursuit l'historien. Anciennement, Bastia était la capitale de la corse génoise, mais elle a été déclassée par Napoléon. C'est aujourd'hui une ville industrielle, tandis qu'Ajaccio a une tradition plutôt administrative." Et Rey de compléter : "Ajaccio est considérée par beaucoup de Bastiais comme une ville de parvenus".

Une question d'hégémonie locale

Un clivage socio-culturel qui influe sur le football, même si les deux clubs ont rarement croisé le fer. Professionnel de 1965 à sa rétrogradation administrative en 2017, le Sporting a connu une régularité qui tranche avec un ACA englué dans les divisions inférieures de 1975 à 1998.

Une époque où Bastia affrontait davantage le Gazélec, autre club de la capitale corse désormais en National 3. "Il y a eu une très forte rivalité avec le Gaz' quand l'ACA jouait en amateur, se souvient Loïc Capretti, socio du Sporting. On luttait pour être numéro un, mais ça s'est adouci aujourd'hui. C'est presque un club ami."

Il n'irait certainement pas jusqu'à considérer ainsi l'AC Ajaccio. Mais à y voir de plus près, l'inimitié ne s'apparente certainement pas à de la haine. Joint par franceinfo: sport, Johan Cavalli, joueur le plus capé de l'ACA (285 matches) et désormais coordinateur sportif du club, va même plus loin :

Je n'arrive pas à comprendre comment on peut opposer deux villes sur une île de 300 000 habitants. J'essaie plutôt de fédérer autour de l'insularité.

Johan Cavalli, coordinateur sportif de l'AC Ajaccio

franceinfo: sport

Sur l'île de Beauté, il est surtout question d'hégémonie locale. De ce point de vue, le Sporting a l'avantage du palmarès. Vainqueur de la Coupe de France en 1981, Bastia a acquis une renommée continentale en atteignant la finale de coupe de l'UEFA en 1978. Mais depuis le début du XXIe siècle, la tendance change. "Les Bastiais ont peur d'un déclassement par rapport aux Ajacciens, poursuit le chercheur Didier Rey. Sur les vingt dernières années, l'ACA est un club bien structuré, jamais descendu en-dessous de la Ligue 2, qui n'a pas connu les déboires du Sporting."

Ce paradoxe figure au coeur de la rivalité. Et ce même si Bastia reste le club le plus populaire de Corse. "Quand je vais à Ajaccio, des supporters du Sporting m'interpellent. L'inverse n'existe pas : vous ne trouverez pas de supporters de l'ACA ou du Gazélec en Haute-Corse, témoigne Gilles Cioni, joueur emblématique de Bastia, tout juste retraité. C'est touchant de voir des gens de Bonifacio ou Porto-Vecchio faire 3 heures de route pour nous supporter."

Illustration de cette ferveur, le premier match du Sporting suite au dépot de bilan en 2017 - ironie du sort, contre la réserve de l'ACA - a réuni 7 000 passionnés à Furiani. Deux semaines plus tôt, la réception de Bourg-en-Bresse, pourtant en Ligue 2, a réuni moins de 3 000 Ajacciens !

Trois montées plus tard, revoilà les Turchini dans l'antichambre du football français en compagnie de leur voisin. Les derniers affrontements, qui remontent au début des années 2010, se sont déroulés en Ligue 1. Eléctriques par moment, avec 5 cartons rouges distribués à la fin d'un match en 2013, ces chocs ont surtout mis en avant la ferveur corse.

Aller jouer à Timizzolu et voir un stade aux deux tiers bleu, c'est incroyable ! Pour le derby de la remontée en mars 2012, j'ai le souvenir de m'être tourné vers Jean-Louis Leca en sortant du tunnel pour lui dire 'on est chez nous !'

Gilles Cioni, ancien joueur emblématique du SC Bastia

franceinfo: sport

Leca, aujourd'hui à Lens, a rejoint l'AC Ajaccio après la descente administrative du Sporting. "Les gens auraient préféré qu'il aille ailleurs, mais il n'est pas devenu un paria", sourit Cioni, qui a lui décliné la proposition acéiste au même moment. Preuve que les passerelles existent entre les deux clubs. "Les contacts sont fréquents, on s'appelle pour se dire les choses", a d'ailleurs admis le président bastiais Claude Ferrandi dans les colonnes de Corse-Matin

Des destins sportifs contraires

"C'est aujourd'hui une rivalité de type ultra, explique Didier Rey. Les Ajacciens éprouvent une sorte de 'revanche', par rapport au fait d'être très 'francisés'. A l'époque où les deux étaient en Ligue 1, les Bastiais avaient déployé une banderole 'Ajacciens, bienvenue en Corse'."

"On appelle ça la macagna, le fait de se taquiner en tribunes, complète le socio Loïc Capretti. Mais samedi, les supporters de l'ACA ne pourront pas garnir les travées de Furiani, sur ordre de la préfecture. "Les supporters de Marseille ont pu aller à Nice, ceux de Lille à Lens. Je ne suis pas parano, mais certaines décisions nous font nous poser des questions", se désole Johan Cavalli. "C'est dommage d'interdire à des Corses de se rendre en Corse", résume Capretti.

Ce soutien de leurs supporters, les Bastiais en auront bien besoin samedi. 18e de Ligue 2, le Sporting est à la peine et n'a toujours pas gagné à Furiani. Le club s'est même séparé jeudi de son entraineur Mathieu Chabert. "C’est là où le terme de derby prend tout son sens, se méfie l'Ajaccien Cavalli. On peut trouver des sources de motivation dans ce genre de match quand on n'est pas bien, ce qui est leur cas." Deuxième du championnat et toujours invaincu, l'ACA se sait attendu en Haute-Corse. "Si on peut lancer notre saison sur un derby, c'est encore mieux", prévient Loïc Capretti. 

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