Saint-Etienne : trophée, gestion, fronde... l'ère Caïazzo-Romeyer à la loupe

Alors que les Verts affrontent ce dimanche 18 avril le Paris Saint-Germain à l’occasion de la 33e journée de Ligue 1, les deux présidents stéphanois ont annoncé mardi la mise en vente officielle du club.
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 (PHILIPPE MERLE / AFP)

C’est un coup de tonnerre. Les deux présidents de l’AS Saint-Étienne, Bernard Caïazzo et Roland Romeyer, ont annoncé mardi 13 avril la mise en vente officielle du club. Alors que les Verts affrontent le Paris Saint-Germain dimanche 18 avril, dans le cadre de la 33e journée de Ligue 1 (13 heures), voici les cinq faits marquants de la gouvernance à deux têtes du club stéphanois, qui ont abouti finalement à sa mise sur le marché. 

• 2004-2006 : le début d'une nouvelle ère

Après la courte présidence de Thomas Schmider au début du millénaire, l’ASSE tente de changer de dimension. De retour en Ligue 1 après trois saisons dans la division inférieure, le club du Forez change tout, des dirigeants jusqu’au staff technique. En 2004, Bernard Caïazzo devient actionnaire majoritaire du club, après avoir été élu à l’unanimité par le conseil d’administration de la SASP ASSE Loire. Une des premières décisions du président des Verts est d’écarter Frédéric Antonetti, celui qui a permis à l’ASSE de retrouver l’élite après trois années en Ligue 2. 

Dans les mois qui suivent l’intronisation de Caïazzo à la tête du club, un autre homme prend de plus en plus de galons. Présent au conseil d’administration de l’ASSE depuis 1996, Roland Romeyer est officiellement élu coprésident du club en 2006, après être devenu coactionnaire majoritaire de l’AS Saint-Étienne (45% pour Caïazzo, 45% pour Romeyer). 

Les deux hommes ont de grandes ambitions pour le club, comme l’évoque Roland Romeyer dans des propos rapportés par Le Télégramme : "Dans les cinq ans, l'ASSE doit être dans les cinq plus grands clubs sur le terrain. Aujourd’hui, le sportif ne va pas sans le financier. Il faut que l'on se renforce financièrement, que l'on se prépare à des périodes plus difficiles. Les droits télé ne seront pas toujours à ce niveau effarant. Je crois qu'on est vraiment sur la bonne voie, la gestion est aujourd'hui très rigoureuse." Ce dernier prend la tête du directoire (gestion quotidienne du club à Saint-Étienne) tandis que son binôme est nommé président du conseil de surveillance (relations publiques et avec les instances du football à Paris).

• 2009-2017 : la parenthèse enchantée avec Christophe Galtier

C’est l’arbre qui cachait la forêt. Avant de trouver la stabilité avec Christophe Galtier, l’ASSE connaît quatre entraîneurs en six ans. Malgré un rayon de soleil avec la qualification en Coupe de l'UEFA (devenue depuis la Ligue Europa) acquise par Laurent Roussey après 26 ans de disette européenne, le club du Forez vit des saisons difficiles. Quand l’actuel entraîneur du LOSC reprend le flambeau, après l’éviction en décembre 2009 d’Alain Perrin, dont il était l'adjoint, la crise est profonde à Saint-Étienne : entre des résultats catastrophiques et des présidents qui se contredisent quotidiennement, le club vit des heures délicates. 

Et pourtant, Christophe Galtier va réussir à relever l’ASSE. Dès les prémices de son règne, il remporte le 100e derby contre Lyon, à Gerland, sur un coup franc de Dimitri Payet (0-1). Une première victoire contre le rival honni depuis 1994. Sur sa lancée, le coach connaît des résultats prolifiques et offre au peuple vert son premier titre depuis 32 ans : la Coupe de la Ligue 2013, après un succès contre Rennes en finale (1-0). Dans la foulée de cette saison historique, Christophe Galtier qualifie son club quatre ans de suite en Ligue Europa.

Après son départ en 2017, Bernard Caïazzo lui rend un hommage appuyé dans 20 Minutes : "Dans le milieu du foot, il y a des tordus, il y a des salopards mais il y a aussi des gens qui prouvent que ça vaut la peine d’être dans ce milieu. C’est le cas de Christophe. C’est vraiment quelqu’un de fiable et de bienveillant. Heureusement qu’il y a des gens comme ça dans le foot". 

• 2017-2019 : l’explosion du salary cap, la valse des coachs et l’échec de la vente

Le départ de Christophe Galtier entraîne la dégringolade du club. En cause ? Les choix hasardeux de la gouvernance bicéphale de Saint-Étienne. Les deux présidents des Verts choisissent Oscar Garcia pour prendre les rênes de l’équipe. Après des résultats catastrophiques et une lourde défaite à domicile dans le derby (0-5), l’Espagnol est licencié en novembre.

Pour lancer l’opération maintien après l'intérim raté de Julien Sablé, ancien joueur emblématique du club, Bernard Caïazzo et Roland Romeyer appellent Jean-Louis Gasset. Ce dernier va tenter de sauver le club, en recrutant des joueurs expérimentés et de renom comme Yann M’Vila, Mathieu Debuchy ou Neven Subotic. Pour les attirer dans la Loire, Sainté fait exploser sa masse salariale en offrant au moins 150 000 euros mensuel à chacun (le plafond salarial était jusqu'alors fixé à 90 000 euros par mois).

Si Jean-Louis Gasset parvient à maintenir les Stéphanois dans l’élite puis les propulse à la 4e place la saison suivante, le club brille par son instabilité extra-sportive. Au cours du printemps 2018, le fonds d’investissement américain Peak6 négocie le rachat du club. Au terme de plusieurs semaines rocambolesques, les deux présidents des Verts annoncent la fin des négociations contre toute attente. Un nouvel échec cuisant pour le binôme. 

• 2019-2021 : Claude Puel au centre d’un nouveau projet axé sur les jeunes

Après l'échec de Ghislain Printant, qui a pris les commandes de l'équipe après le départ de Jean-Louis Gasset, en désaccord avec la direction, les Verts se tournent vers Claude Puel. L’ancien coach de l’Olympique lyonnais est nommé manager général. Une première sous la présidence Romeyer-Caïazzo. Le changement de projet est total, puisque l’ancien coach de Leicester préfère miser sur les jeunes du centre de formation, au détriment des joueurs expérimentés recrutés à prix d’or. Malgré plusieurs ventes lucratives (William Saliba pour 30 millions d'euros, Wesley Fofana pour 40 millions), les finances du club ne permettent de toute façon pas aux Verts de sortir le chéquier sur le marché des transferts.

"Plutôt que d’acheter un joueur confirmé, j’aimerais qu’on le recrute pour le former et l’élever. Il est difficilement acceptable qu’on vende notre meilleur joueur, un jeune, pour renflouer les caisses", explique Claude Puel, dans un entretien accordé à L’Equipe. Le recrutement d’Adil Aouchiche, jeune joueur de 17 ans formé au PSG, est le symbole du nouveau cap des Verts. Cette saison, l’AS Saint-Étienne est le sixième club parmi les cinq grands championnats européens à donner le plus de temps de jeu à des joueurs de moins de 21 ans.

• 13 avril 2021 : l’ASSE est officiellement mise en vente

Cette fois-ci, c’est peut-être la bonne. Dans une lettre ouverte diffusée par Le Progrès mardi 13 avril, Bernard Caïazzo et Roland Romeyer annoncent la mise en vente du club afin de "tourner une page pour l’intérêt de l’ASSE". Cette déclaration intervient près de deux semaines après la mise en garde des Magic Fans 91, qui demandaient une réunion d’urgence avec les dirigeants du club pour évoquer l’avenir à court et moyen terme. 

Les deux dirigeants stéphanois expliquent qu’ils ne lâcheront pas le club au premier venu : "Ainsi, afin d’assurer la continuité et le développement de notre club, nous avons confié à une banque d’affaires réputée la mission de sélectionner le meilleur investisseur. Nous veillerons à ce que ce nouvel actionnaire dispose des moyens adéquats pour faire grandir le club, garantir l’emploi et perpétuer son identité".

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