Football : "c'est devenu la mode" de prendre des arrêtés d'interdiction de déplacement des supporteurs

Alors que des supporteurs des Girondins de Bordeaux sont interdits de déplacement à Marseille, l'avocat spécialisé, Me Pierre Barthélémy a dénoncé dimanche sur franceinfo "une mode" que les préfets suivent par "solution de facilité".

Les Ultramarines, le groupe de supporteurs des Girondins de Bordeaux lors d\'un déplacement à Rennes, le 16 octobre 2016.
Les Ultramarines, le groupe de supporteurs des Girondins de Bordeaux lors d'un déplacement à Rennes, le 16 octobre 2016. (AFP)

Les Ultramarines sont obligés de braver un interdit pour pouvoir supporter les footballeurs bordelais. Le principal groupe de supporteurs des Girondins de Bordeaux est sous le coup d'un arrêté ministériel. Ils ont annoncé leur intention d'aller au stade Vélodrome à Marseille pour soutenir leur équipe face à l'OM, dimanche 18 février. À quelques heures du match, Me Pierre Barthélémy, avocat de plusieurs supporteurs du PSG interdits de stade a regretté sur franceinfo, le fait que ce soit "devenu à la mode de prendre des arrêtés". Il est toutefois "optimiste" sur l'avenir des relations entre supporteurs et pouvoirs publics.

franceinfo : On a vu des supporteurs bordelais chassés manu militari du stade de la Meinau à Strasbourg le 3 février. On leur aurait reprochés une banderole brûlée par un fumigène lors d'un match à Troyes. Est-ce qu'il n'y avait que ça ?

Pierre Barthélémy : On ne leur reproche pas forcément cette banderole brûlée par imprudence. Les mesures d'interdiction de déplacement de supporteurs ne sont pas des mesures de sanction, mais des mesures que l'on appelle de "police administrative", c'est-à-dire de prévention. Le préfet estime que, dans sa mission, qui est à la fois d'assurer la sauvegarde de l'ordre public et le plein exercice des libertés fondamentales des citoyens, il y a un point d'équilibre où il n'a pas, selon lui les moyens, à la fois, d'assurer la bonne sécurité de la rencontre et le libre déplacement des supporteurs. Ce n'est pas une mesure de sanction, c'est une mesure d'appréciation du contexte, notamment au regard de la disponibilité des forces de l'ordre et des risques d'incident qu'il pourrait y avoir en raison de la présence des supporteurs bordelais.

Depuis les attentats de 2015, en France, énormément de déplacements de supporteurs ont été interdits, souvent par arrêté préfectoral, officiellement pour des raisons de sécurité. Est-ce qu'on a mis tout et n'importe quoi dans l'état d'urgence ?

L'état d'urgence en lui-même n'a jamais fondé ces arrêtés-là. On dispose, dans le droit commun, d'un article de loi qui a les mêmes effets pour les supporteurs que l'état d'urgence pour d'autres citoyens. Ce qui est certain, c'est que, après les attentats, la mobilisation extrême des forces de l'ordre pour sécuriser de nombreux sites est devenue un argument très souvent utilisé, et parfois à mauvais escient. On faisait passer d'autres événements, qui ne le justifiaient pas nécessairement, comme prétexte. On se permettait d'autoriser des manifestations à caractère plus politique, donc plus sensibles médiatiquement, et dont on savait qu'elles nécessitaient beaucoup plus de forces de l'ordre parce qu'il y avait plus de monde dans la manifestation ou des éléments agitateurs connus. Alors qu'il n'y a pas la même sensibilité à la liberté pour des supporteurs d'aller voir un match que pour des personnes d'exprimer leur désaccord avec une politique gouvernementale.

Pourquoi entendre prévenir des violences, y compris dans le cadre de clubs qui n'ont pas forcément de rapports historiquement antagonistes ? Est-on toujours dans cette confusion entre supporteurs ultras et hooligans ?

C'est difficile à dire. Chaque préfet prend la décision au niveau local. Les arrêtés ministériels sont vraiment très, très rares et concernent toujours les trajets entre deux départements. La décision initiale est toujours préfectoral au niveau local et, il y a malheureusement un effet d'entraînement. C'est devenu à la mode de prendre des arrêtés. Certains préfets qui ne sont pas spécialistes des questions de "supporterisme" suivent un peu cette mode, par solution de facilité. Ça leur enlève une part de travail. On voit que même le risque d'incident entre supporteurs n'est plus du tout présent dans certains arrêtés. Je pense au début de saison : il y a eu l'interdiction du déplacement des supporteurs de Nancy à Nîmes. L'argument était que, une semaine plus tard, le tour cycliste d'Espagne partait de Nîmes. Du coup, les policiers devaient se préparer en vue de l'arrivée des équipes. On a interdit les supporteurs. Ils n'étaient pourtant qu'une quinzaine à vouloir venir, et un simple coup de fil de la préfecture du Gard aurait permis de se rendre compte qu'il n'y avait qu'un minibus à encadrer.

Est-ce que cette situation évolue ?

Ça va nettement mieux depuis un an. Il y a eu un changement de direction et de doctrine au ministère de l'Intérieur, à la tête de la Division nationale de lutte contre le hooliganisme. Il y a toujours autant d'arrêtés, mais on est passé sur des arrêtés d'encadrement plutôt que des arrêtés d'interdiction. On peut être plutôt optimiste, parce qu'on a créé beaucoup d'outils de dialogue depuis un an et demi. Il y a notamment le "référent supporteur", et qui va être obligatoire dans chaque club. Il s'agit d'un lien entre les supporteurs et le club. Ce référent supporteur va aussi avoir pour vocation d'être un lien avec les pouvoirs publics. Je pense que, quand il y aura une meilleure connaissance et un meilleur dialogue entre clubs, supporteurs et pouvoirs publics, il y aura une plus grande facilité à organiser ces déplacements dans des conditions de sécurité et de sérénité plus générales.