Droits TV : "Canal + est gagnant, mais le football français est perdant", juge l'économiste du sport Pierre Rondeau

Après avoir trouvé un accord avec la LFP jeudi, Canal+ va diffuser l'intégralité des matchs de Ligue 1 à partir de la 25e journée, ainsi que la quasi-totalité de la Ligue 2

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Radio France
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Un micro de Canal+ durant le match d eLigue 1 entre LEns et Montpellier, le 12 décembre 2020. (LAURENT SANSON / LS MEDIANORD)

Canal+ et la Ligue de football professionnel (LFP) ont annoncé, jeudi 4 février, un accord pour la diffusion des matchs de Ligue 1 et de Ligue 2. Invité de franceinfo, Pierre Rondeau, professeur d’économie à la Sport Management School Paris et directeur de l’observatoire du sport de la fondation Jean Jaurès, explique que les clubs français doivent revoir leur modèle économique pour ne plus dépendre uniquement des droits télévisuels : "Quand on sait qu'il y a des clubs qui sont dépendants de 60 à 70% des droits télé, il faut arrêter et viser d'autres ressources d'exploitation, comme les partenaires ou le marketing."

franceinfo : C'est un joli coup qu'a réalisé Canal+ ?

Pierre Rondeau : C'est indéniable, Canal+ a parfaitement réussi son coup. Cela faisait des mois que le groupe avait l'air de se retirer, d'être désintéressé du football français, pour finalement réussir parfaitement son coup. Il obtient l'intégralité des matches de Ligue 1 et Ligue 2 pour moins de 300 millions d'euros.

On parlait du casse de Mediapro. Maintenant, on peut parler du casse de Canal+, partenaire historique, partenaire officiel et unique de la Ligue et du football français pour une somme très faible. Au total, si on compte ce qu'avait apporté Médiapro, BeIn Sports et Free, on est sur une Ligue 1 valorisée à 680 millions d'euros. C'est assez faible. Pour moi, il y a un gagnant ce soir, c'est Canal + ; et un perdant, le football français.

Quelles conséquences pour les clubs de Ligue 1 et de Ligue 2 ?

Il est évident qu'avec la crise économique, avec les rencontres à huis clos, les pertes économiques liées aux revenus commerciaux, l'intégralité des clubs sont énormément touchés. Ils vont devoir s'imposer mécaniquement une cure d'austérité, tant sur les salaires que sur les dépenses d'investissement . Sur les droits télé, maintenant que Canal + est revenu, ils auront l'argent, la visibilité à travers les chaînes Canal +, bien plus qu'avec celles de Téléfoot, avec bien plus d'abonnés.

Les quantités d'argent qu'ils espéraient avoir avec les droits télé, il va falloir faire une croix dessus, tout comme les recettes billeterie et commerciales. Pour survivre, il faut changer de modèle, de mentalité, arrêter de dépenser autant sur les salaires et les transferts, miser sur la jeunesse et la formation, mais en tout cas changer. Sinon, si on continue comme autrefois, avec beaucoup moins d'argent, les choses ne pourront pas aller en s'améliorant.

Quelles leçons tirer de cette crise qui aura duré pousieurs semaines ?

Première leçon, et je m'adresse directement aux gens de la Ligue professionnelle de football et à l'ancienne direction, c'est qu'on ne peut pas faire confiance au premier venu. Quand on se rappelle qu'en 2018, on avait signé les contrats avec Médiapro sans demander la moindre garantie financière, avec ce nouvel acteur qui n'avait aucune expérience ni compétence sur le marché français, alors que jusque là, on avait deux acteurs compétents et à l'aise.

Dorénavant, il faut faire preuve de plus de confiance et de pragmatisme. Et la deuxième chose, c'est de se dire que le modèle économique doit changer, cette sorte de "télé-dépendance", cette dépendance trop grande vis-à-vis des droits télé doit changer. Quand on sait qu'il y a des clubs qui sont dépendants de 60 à 70 % des droits télé, il faut arrêter et viser d'autres ressources d'exploitation, comme les partenaires ou le marketing. Misons aussi sur le redéveloppement local et plus uniquement sur l'espérance télévisuelle, qui on le voit aujourd'hui, est en chute libre.

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