"Bénévoles, mon œil !" : le foot amateur écœuré par le rapport de la Cour des comptes sur la FFF

Eric Thomas, président de l'Association française de football amateur a réclamé jeudi sur franceinfo de la "transparence" pour savoir "où va l'argent" après le rapport de la Cour des comptes sur la Fédération française de football.

Le président de l\'Association française de football amateur Eric Thomas, au siège de la FFF à Paris, le 8 mars 2017.
Le président de l'Association française de football amateur Eric Thomas, au siège de la FFF à Paris, le 8 mars 2017. (CHRISTOPHE SIMON / AFP)

Le président de l'Association française de football amateur (AFFA) a poussé jeudi 29 mars un coup de gueule, sur franceinfo. Eric Thomas a dit son "écœurement" et son "indignation" après que la Cour des comptes a épinglé la Fédération française de football dans un rapport portant sur les exercices 2011 à 2015, que s'est procuré le journal Le Monde (article payant). La juridiction financière pointe du doigt la Fédération pour ses "conditions de rémunérations et de travail très favorables" mais aussi "une hausse continue des affrètements d'avions." Selon Eric Thomas, la FFF est "murée dans son splendide isolement." Il dénonce des responsables "hors sol", pendant que les clubs amateurs "tirent le diable par la queue". Eric Thomas réclame "une vraie démocratie" et de la "transparence", pour savoir "où va l'argent."

franceinfo : Êtes-vous surpris par ce que dit la Cour des comptes ?

Eric Thomas : Malheureusement non. On le dit depuis huit ans. Enfin, un organisme impartial et indépendant comme la Cour des comptes l'étudie ! Mais c'est l'écœurement et l'indignation qui prévalent aujourd'hui. On le dit à la fédération, aux instances intermédiaires, les ligues, les districts. On le dit aux médias, aux politiques. Un chiffre : 4 000 clubs amateurs sont morts ces dernières saisons dans l'indifférence générale de nos instances. L'argent, dans le football, il y en a. Il y en a apparemment beaucoup à la Fédération française de football, sauf qu'il ne va pas là où il y en a besoin, dans les clubs. Ce sont les clubs qui font le boulot, tous les jours de la semaine.

Que vous répond la FFF ?

Elle est murée dans son splendide isolement. Ceux qu'on appelle les gros pardessus, ils sont hors sol, totalement éloignés de nos réalités. Le million d'euros qui est donné par l'État à la Fédération française de football, vous savez ce qu'en a fait la fédération en 2014 ? Elle a payé un voyage au Brésil, tous frais payés, pour 130 obligés !

La Fédération dit que c'est de l'argent privé et n'a donc pas de comptes à rendre à l'État ni à la Cour des comptes.

La Fédération doit rendre des comptes, déjà, à ses licenciés. Ce n'est pas de l'argent privé ! Quand, chaque année, les 14 000 clubs amateurs font remonter 150 millions d'euros à la fédération, aux ligues et aux districts, à travers les cotisations des licences, à travers les frais d'arbitrages, à travers toutes les amendes qui nous tombent sur le dos, ce n'est pas de l'argent privé ! C'est l'argent des licenciés. Aujourd'hui, j'exige que la Fédération rende des comptes. J'ai demandé à Noël Le Graët que ce rapport soit mis à l'ordre du jour de la prochaine assemblée fédérale qui doit avoir lieu au mois de juin prochain. C'est insupportable. Cet argent, c'est celui des licenciés du foot. J'invite les bénévoles du foot amateur à s'indigner et à rejoindre l'AFFA. Plus on sera nombreux et plus on fera entendre notre voix.

Les clubs amateurs n'arrivent pas à boucler leurs budgets ?

Exactement. Aujourd'hui, la Fédération n'a que deux priorités : le foot professionnel et l'équipe de France. Elle n'en a rien à faire du foot amateur, qui est une mission de service public. On tire le diable par la queue pour boucler les fins de mois, pour permettre aux gamins de se déplacer, pour acheter des ballons et des équipements en début de saison. La Fédération vit sur un train hors norme. Cet argent, on en a besoin.

Le train de vie des dirigeants de la FFF est en cause ?

Evidemment ! On nous dit qu'ils sont bénévoles, mon œil ! Nous, on demande un droit simple : que tous les clubs amateurs votent aux élections de la Fédération françaises de football. Ce n'est pas le cas aujourd'hui. Les 43 clubs pro représentent 37% des voix. Nous, les 14 000 clubs amateurs, on ne peut pas voter. On peut se présenter aux élections, mais on n'a aucune chance d'être élu. Si demain les clubs amateurs ont un droit de vote, cela change tout. Si on a une vraie démocratie, on aura la transparence. On saura enfin où va l'argent.