Les investisseurs étrangers ne sauveront pas forcément le foot français

Dans quelques jours, le RC Lens passera sous pavillon étranger, comme le PSG et Monaco avant lui. Une solution miracle ? Pas si l'on se souvient de plusieurs échecs cuisants.

Les dirigeants du foot français croient de plus en plus fermement que seuls des investisseurs étrangers peuvent faire décoller ce sport dans l\'Hexagone. 
Les dirigeants du foot français croient de plus en plus fermement que seuls des investisseurs étrangers peuvent faire décoller ce sport dans l'Hexagone.  (GETTY IMAGES)

La mode est au sauveur dans le football français. La réussite qatarie au PSG et le recrutement pharaonique de l'AS Monaco, détenu par un milliardaire russe, donnent des envies à de nombreux clubs, qui cherchent tous l'oligarque étranger capable d'attirer stars et trophées à court terme. Lens hésite entre un repreneur azéri et un fonds de pension luxembourgeois, Nancy a repoussé les avances de mécènes chinois, Lille est à vendre, l'OM sera sur le marché dans deux ans. Bref, comme le résume le patron de Bordeaux, Nicolas de Tavernost, dans Le Parisien, "le foot n’est pas une activité rentable : aujourd’hui, il y a plus de clubs à vendre que d’investisseurs étrangers prêts à acheter". Reste qu'attirer un investisseur étranger n'est pas la panacée. La preuve avec ces quelques exemples du passé.

Colony Capital au PSG : quand l'immobilier prend le pas sur le foot

Avant d'être racheté par Qatar Sports Investments, le PSG était déjà tombé dans des mains étrangères. En 2006, c'est le fonds d'investissement Colony Capital qui avait enlevé la mise pour 26 millions d'euros. Colony Capital est un spécialiste de l'immobilier, pas du foot. Le fonds possède – entre autres – le ranch Neverland de feu Michael Jackson et les restaurants Buffalo Grill en France. Sébastien Bazin, le patron de Colony Capital Europe, ne s'en était pas caché dans une interview aux Echos en 2011 : "Nous avions toujours dit que notre objectif était le projet immobilier que nous pouvions faire autour du Parc des Princes". Echec cuisant : la mairie de Paris a mis son veto. Sébastien Bazin s'était pourtant défendu dans une interview au Parisien, en 2008, de vouloir entourer le Parc d'un centre commercial : "Je n'ai jamais voulu faire des boutiques (...). On peut penser à des crèches, à de la remise en forme."

Lors de la vente aux Qataris, en 2011 et 2012, Colony Capital conserve le contrat de location du Parc des Princes (il figure toujours sur le site du fonds), tablant sur un juteux contrat de rénovation pour l'Euro 2016. Nouvel échec : les Qataris se sont mis d'accord avec la mairie de Paris pour évincer Colony de la gestion du Parc des Princes. Tout au plus, le fonds aura droit à une indemnité de la part des nouveaux propriétaires du PSG.

Leur bilan sportif entre 2006 et 2011 n'est guère meilleur, sans parler du plan Leproux, pomme de discorde avec les supporters. Décidément, Colony n'aurait pas dû quitter les dossiers strictement immobiliers.

Les Pieds Nickelés d'IMG-McCormack à Strasbourg

C'est l'histoire de la plus grosse société d'agents sportifs, IMG-McCormack, qui croit conquérir le marché des droits télé européens en s'offrant le RC Strasbourg. Le club alsacien sortait d'une prometteuse saison 1995-1996, terminée à la 4e place de Ligue 1. D'après Patrick Proisy, l'ancien tennisman bombardé dirigeant du club, ce n'était que la première pierre d'une stratégie tentaculaire pour prendre le contrôle du foot européen. Ou presque. "Nous sommes en discussion avancée avec des clubs en Espagne, en Allemagne, en Suisse ou en Hongrie, expliquait-il alors. Des clubs au profil de Strasbourg, bénéficiant d'un gros passé historique, d'un fort potentiel encore inexploité, drainant 30 000 à 40 000 supporters et situés dans un bassin économique riche à forte population." Proisy promet l'Europe dans trois ans, et le titre de champion dans la foulée. Il évoque ouvertement le recrutement des stars du Milan AC comme le milieu monténégrin Dejan Savicevic, et la création d'une boutique de 500 m2 dans l'enceinte du stade... plus grande que celle du PSG actuellement.

Et puis tout s'écroule. Les stars n'arrivent pas, les saisons dans le ventre mou du championnat s'enchaînent, les dirigeants se demandent ce qu'ils sont allés faire dans cette galère. Jusqu'à cet aveu, en 2001 : "McCormack a réalisé aujourd’hui que la gestion d’un club de football n’est pas aussi rationnelle qu’on le souhaiterait. Il y a des ratios qui sortent de l’ordinaire et des résultats parfois insensés. Le football ressemble trop à une loterie pour des financiers américains." Le club de Strasbourg, qui a enchaîné les hommes d'affaires douteux ou pas assez fortunés, a plongé jusqu'en CFA, mais vient de remonter en National (l'équivalent de la 3e division).

Le naufrage du Japonais Index à Grenoble

C'est l'histoire d'Index, un fabricant japonais de composants de téléphones portables, qui rachète le club de Grenoble (le GF38) en 2004 pour mettre un pied sur le marché européen. Un expert du gendarme financier du foot français, la DNCG (Direction nationale de contrôle de gestion), se souvient dans Le Parisien du grand oral du président japonais du club : "Il avait apporté un journal japonais similaire à L'Equipe. En une, il y avait la photo d'un joueur nippon et une carte de localisation où était indiqué Grenoble. C'était une tentative pour démontrer l'engouement que suscitait le rachat du club au Japon." Histoire de bien "japoniser" le club, le créateur du dessin animé Olive et Tom est mis à contribution pour redessiner le logo du club. Et la Cendrillon du foot français termine à une inespérée 13e place de Ligue 1 en 2008-2009 en ayant été leader en début de saison.

Jusqu'à ce que le carrosse se transforme en citrouille... Les difficultés financières rattrapent Index et l'entreprise entraîne dans sa chute le GF38, relégué en Ligue 2. Le club est déclaré en faillite en 2011, alors qu'il est la lanterne rouge de Ligue 2. L'avocat du club explique à 20 Minutes qu'un mystérieux virement venu d'Afrique aurait pu sauver le club. Las ! La DNCG préfère arrêter les frais. Le club évolue aujourd'hui en CFA, le quatrième échelon du foot hexagonal. 

 

Mais ces exemples catastrophiques n'échaudent pas Frédéric Thiriez. Le président de la Ligue de football professionnel voit pourtant dans l'arrivée d'investisseurs étrangers un relais de croissance indispensable au foot français, en retrait en Coupe d'Europe et largué sur le front des droits télé. L'Equipe.fr révélait, fin décembre, qu'à la Ligue de football professionnel, on rêvait tout haut de faire des présentations Power Point en 2022, du genre : "pourquoi la France domine le monde."