Les équipes galactiques, brillantes sur le papier, décevantes sur le terrain

Le Real Madrid et les Los Angeles Lakers réalisent un début de saison en deçà de leurs objectifs. Et pourtant, ils n'avaient pas lésiné sur le recrutement.

Le joueur des Los Angeles Lakers Kobe Bryant chute lors d\'un match des Lakers, le 19 mai 2012, face à Oklahoma City, en play-offs de la NBA.
Le joueur des Los Angeles Lakers Kobe Bryant chute lors d'un match des Lakers, le 19 mai 2012, face à Oklahoma City, en play-offs de la NBA. (STEPHEN DUNN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

Sale temps pour les équipes galactiques. Les footballeurs du Real Madrid se traînent à 16 points du FC Barcelone en Liga (Espagne), tandis que les basketteurs des Los Angeles Lakers ont réalisé un départ calamiteux en NBA (Etats-Unis). Point commun entre ces deux équipes : leur recrutement quatre étoiles et leur incapacité à écraser la concurrence. 

Frénésie d'achats de stars

Qu'on appelle ça la stratégie des Galacticos en Espagne ou le Stars and scrubs (littéralement, "des stars et des tâcherons") outre-Atlantique, plusieurs dirigeants de clubs se sont lancées dans une frénésie d'achats de stars grassement payées.

En règle générale, ce qui marche sur le papier fonctionne beaucoup moins bien sur le terrain. "Beaucoup d'équipes ont appris à leurs dépens qu'on n'achète pas un championnat", écrit le Bleacher Report au sujet des Anaheim Angels, une équipe de base-ball américaine qui avait acheté la crème des joueurs du championnat, et qui a échoué lamentablement en 2011. 

Madrid et Los Angeles, des récidivistes

Le Real Madrid et les Lakers sont des récidivistes du genre : au début des années 2000, tous deux ont voulu bâtir une dream team pour vendre des maillots, attirer les spectateurs devant la télévision et accessoirement gagner des matchs. Le résultat fut à chaque fois le même : Madrid, après des débuts prometteurs, ne parvint pas à tirer le meilleur d'une équipe déséquilibrée, qui fut comparée à Disneyland par un ancien joueur éconduit, Steve McManaman.

L'effectif comptait tellement de joueurs offensifs (Ronaldo, Zidane, Figo, Raul...) que David Beckham devait se sacrifier au poste de milieu défensif. Quant aux Lakers et à leur armada offensive, ils se firent rapidement éliminer des play-offs en 2004 par les obscurs Detroit Pistons. Une équipe sans strass ni paillettes... qui remporta le titre.

Guerre des ego à Madrid

N'allez pas croire que ces équipes ont retenu les leçons du passé : le bal des ego dans le vestiaire du Real Madrid bat son plein. Les cadres du vestiaire, comme Iker Casillas et Sergio Ramos, sont en guerre ouverte contre l'entraîneur, José Mourinho, qui a pris le public en grippe (et vice-versa). A tel point que, d'après la presse espagnole, Cristiano Ronaldo, la tête de gondole de l'équipe, hésite à se réengager. Quant aux Lakers, malgré le recrutement d'un des meilleurs meneurs (Steve Nash), du meilleur pivot (Dwight Howard), qui rejoignent l'excellent intérieur Pau Gasol et la mégastar Kobe Bryant, ils réalisent un des pires débuts de championnat de leur histoire (le club est 11e sur 15 en conférence ouest). 

Steve Nash avait prévenu (cité par Eurosport) : "le plus important est que chacun comprenne comment rendre les autres meilleurs au lieu de se marcher sur les pieds, et quoi faire pour que le total soit plus grand que la somme des parties." Avec une défense qui encaisse environ 100 points par match, c'est manqué.

Des effectifs coupés en deux sur le plan salarial

La tentation de recruter un vendeur de maillots plutôt qu'une valeur ajoutée pour une équipe existe toujours. "Il y a des joueurs qui génèrent beaucoup d'argent et il y a ceux qui n'ont qu'une valeur sportive", se justifiait, en 2009, le directeur sportif du club madrilène, Jorge Valdano. Au Real Madrid comme aux Lakers, l'équipe est coupée en deux sur le plan salarial. D'un côté, ceux que l'on fait jouer pour rentabiliser leur salaire. De l'autre, ceux qui ne jouent pas beaucoup alors qu'ils pourraient apporter plus. Comme le basketteur Jordan Hill chez les Lakers, dix fois moins payé que Kobe Bryant, mais que le Bleacher Report (lien en anglais) identifie comme un des joueurs qui pourraient rendre de fiers services à l'équipe. Bryant, en revanche, est classé 2e au classement des joueurs les plus surpayés de NBA, relève Yahoo Sports (en anglais).

L\'attaquant du Real Madrid, Cristiano Ronaldo, perd l\'équilibre lors d\'un match de Liga contre l\'Espanyol Barcelone, le 16 décembre 2012.
L'attaquant du Real Madrid, Cristiano Ronaldo, perd l'équilibre lors d'un match de Liga contre l'Espanyol Barcelone, le 16 décembre 2012. (GONZALO ARROYO MORENO / GETTY IMAGES EUROPE)

Les meilleures équipes sont les plus stables

"Si le Real Madrid était un film, ce serait la série des Ocean's Eleven, remarque Sports Illustrated (lien en anglais). A chaque saison, ils recrutent une nouvelle star et deviennent un peu plus gros – mais pas forcément meilleurs." Or, selon le livre Soccernomics (en anglais), il s'agit d'une mauvaise stratégie. Pour les auteurs de l'ouvrage, les meilleures équipes ne sont pas celles qui sont à l'origine des plus gros transferts. Ce qui compte, c'est la stabilité, un gage crucial de réussite. 

Paradoxalement, en basket comme en football, il faut un savant dosage de joueurs d'exception pour remporter des titres. Trop de stars, et l'équipe explose en vol.

Il existe quand même des exceptions qui confirment la règle : l'équipe de hockey des Pittsburgh Penguins, qui a tout raflé sur son passage au début des années 1990, était "galactique". Tout comme les rugbymen toulonnais, qualifiés de "Galacticos du rugby" par la presse britannique, qui caracolent en tête du Top 14 cette année. Ou le Real Madrid dans les années 1950, qui avait récupéré les meilleurs joueurs du monde pour bâtir une équipe invincible. Elle a remporté six fois consécutivement la Coupe des champions.