La FFF refuse le port du voile pour les joueuses françaises

La Fédération française du ballon rond invoque le droit français pour ne pas appliquer le droit du sport aux joueuses qui évoluent dans des équipes françaises. 

L\'équipe de France de football féminin affronte l\'Angleterre le 30 septembre 2006, à Rennes (Ille-et-Vilaine).
L'équipe de France de football féminin affronte l'Angleterre le 30 septembre 2006, à Rennes (Ille-et-Vilaine). (FRANK PERRY / AFP)

Alors que la Fifa a annoncé le 5 juillet qu'elle levait l'interdiction du port du voile (ou hijab) pour les joueuses de football dans les compétitions officielles, la Fédération française de football (FFF) va à revers. Dans un communiqué publié vendredi 6 juillet, elle annonce qu'elle "n'autorise pas les joueuses à porter le voile" en sélection nationale ou dans ses propres compétitions.

"En ce qui concerne la participation des sélections nationales françaises dans des compétitions internationales d'une part, ainsi que l'organisation des compétitions nationales d'autre part, la Fédération française de football rappelle son souci de respecter les principes constitutionnels et législatifs de laïcité qui prévalent dans notre pays et qui figurent dans ses statuts", détaille le communiqué. La question s'était déjà posée en France puisqu'un arbitre a refusé de diriger un match avec des joueuses voilées en mars, comme le rapporte Ouest France.

La FFF laisse toutefois la possibilité aux joueuses étrangères d'évoluer en France avec un voile lors d'un match international. En revanche, une joueuse étrangère licenciée dans un club français n'y est pas autorisée.

• La FFF a-t-elle le droit de s'affranchir de la Fifa ? 

"Je pense que la décision de la FFF n'est pas contraire à ce que disent l'International Board et la Fifa et qu'elle est en corrélation avec les principes du droit français", a estimé le juriste Jean-Pierre Karaquillo, membre du Tribunal arbitral du sport, auprès de l'Agence France Presse. "Maintenant, il va falloir formaliser l'autorisation du Board dans le cadre des règlements Fifa et voir de quelle marge de manoeuvre disposeront les Fédérations nationales pour les appliquer. Pour moi, la FFF prend les devants", juge son confrère Jean-Michel Marmayou, dubitatif en revanche sur la valeur juridique du motif invoqué par la FFF, c'est-à-dire la laïcité.

• Pourquoi la Fifa a autorisé le port du voile ?

Le port du voile pour les joueuses a été autorisé jeudi par l'International Football Association Board (Ifab), organe dépendant de la Fifa et garant des lois du jeu. Cette mesure, demandée par la Confédération asiatique (AFC) et le Prince Ali Bin al Hussein de Jordanie, un des six vice-présidents de la Fifa, avait bénéficié en mars d'un "accord de principe" de l'Ifab qui avait toutefois souhaité attendre le "résultat d'un examen accéléré de toutes les questions liées, notamment sur le plan de la santé et de la sécurité".

Les modalités de son application restant toutefois à définir en octobre lors d'une réunion de l'Ifab, aucune joueuse ne pourra, au plus tôt, porter le voile en match avant cette période. Adoptée à l'unanimité, cette mesure fera ensuite l'objet d'une période d'essai. Du côté des pays musulmans, on s'est félicité de cette décision qui va transformer le monde du football féminin. Interrogée par FTVi, Annie Sugier, présidente de la Ligue du droit international des femmes (LDIF) a déploré que l'"on nous présente comme un progrès ce qui est une régression". Selon elle, la décision de la Fifa est uniquement politique : "On dit que l'on respecte les femmes, mais en réalité on les stigmatise. La Fifa se fiche de leurs performances en tant qu'athlètes, elle veut juste satisfaire leur gouvernement."

La droite française s'est aussi insurgée contre cette autorisation. "Le risque est que cette mesure s'étende à tous les sports, professionnel comme amateur, et demain au sport à l'école", a ainsi jugé le député UMP Gérald Darmanin, estimant qu'elle était "contraire au principe de laïcité, si cher à notre démocratie". Du côté de la majorité présidentielle socialiste, si le Premier ministre n'a pas souhaité réagir, les services juridiques du ministère des Sports et celui de l'Intérieur ont collaboré toute la journée avec la FFF pour déterminer la meilleure expression possible.