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Inquiété pour un tweet sur Frédéric Thiriez : "C'était une blague, pas une menace de mort"

Le président de la Ligue de football professionnel a porté plainte contre les auteurs d'une série de messages sur le réseau social après la finale de la Coupe de la Ligue.

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France Télévisions
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Le président de la Ligue de football professionnel, Frédéric Thiriez, lors de la cérémonie des trophées de l'UNFP, à Paris, le 11 mai 2014, à Paris.  (FRANCK FIFE / AFP)

Mardi 14 avril, Florent* se réveille, et consulte sa messagerie. "On m'écrivait : 'tu vas avoir des problèmes'."  La raison : un de ses tweets, qui figure en pleine page dans Le Parisien, sous le titre : "Thiriez, menacé de mort, dépose plainte". Le parquet de Paris a annoncé, jeudi 16 avril, l'ouverture d'une enquête préliminaire pour "menaces de mort par écrit". Et le message de Florent ferait partie des éléments visés par la plainte, selon Le Parisien.

Frédéric Thiriez, c'est le président de la Ligue de football professionnel. Il a essuyé une pluie de critiques après son refus de se rendre sur la pelouse du stade de France avant la finale de la Coupe de la Ligue Bastia-PSG, samedi 11 avril, de peur d'être sifflé par les supporters corses. Une entorse au protocole que certains ont considéré comme un manque de respect. Ce soir-là, Florent poste ce tweet sur son compte @TonyVairelles : "Les supporters bastiais sont bien arrivés à Paris et sont ravis d'être avec la famille de Thiriez", avec en illustration une image du film Vive la France, avec Michaël Youn. 

Capture d'écran du tweet de @tonyvairelles, qui aurait été repris par la Ligue de football professionnel dans la plainte pour menace de mort contre son président, Frédéric Thiriez. (@TONYVAIRELLES / TWITTER)

"En aucun cas, une menace de mort"

Autre élément motivant la plainte pour menaces de mort déposée par Frédéric Thiriez, d'après Le Parisien, un tag sur la fontaine des Innocents, à Paris, où l'on peut lire "Thiriez, tu finiras comme Erignac [le préfet abattu en Corse en février 1998]". "Bomber un tel message sur une fontaine, c'est beaucoup moins traçable qu'un tweet, constate Maître Eolas, avocat pénaliste célèbre pour son blog. Comme quoi, les bonnes vieilles méthodes..."

Abasourdi par les conséquences de son message de 140 caractères, Florent, avant tout supporter de Lens, plaide l'incompréhension : "J'ai toujours du mal à comprendre pourquoi la Ligue a retenu mon tweet, sachant que ce genre de messages, il y en a eu des centaines. Le sens de mon message n'a pas été compris. En aucun cas, ce n'était une menace de mort. Je suis désolé si cela a pu être interprété de cette manière. Ce tweet était avant tout destiné à se moquer des préjugés que l'on peut avoir vis-à-vis des Corses." 

Mais entre la blague et la menace de mort, la frontière est floue. Charge à la justice de faire le tri dans les éléments joints à la plainte de la LFP. "Le registre de l'humour marche mieux pour se défendre dans un cas d'injure ou de diffamation, analyse Me Pierre Barthélemy. Dans un cas de menace de mort, c'est plus compliqué. En ce qui concerne le tweet de @TonyVairelles, si le juge est sévère, ce sera une amende. Mais pour d'autres tweets, ceux qui font référence à Erignac, ça ne m'étonnerait pas qu'il y ait une peine de prison, ferme ou avec sursis." Maître Eolas voit un autre élément à la décharge du plaisantin : "Ce qui peut le sauver, c'est son commentaire. Il n'y a pas de menace qui émane de l'auteur. Mais l'argument de l'humour ne tient pas : ce qui est dans la tête de l'auteur n'a aucune importance, ce qui compte, c'est comment la victime le reçoit."

"Mettre le holà"

Plusieurs acteurs du football ont déjà porté plainte contre des tweets menaçants, comme le directeur de la lutte contre le hooliganisme, Antoine Boutonnet, régulièrement pris à partie sur Twitter, ou encore le directeur de la sécurité du PSG, Jean-Philippe d'Hallivillée. Aucune procédure n'est encore allée à son terme - ce genre d'affaire se juge souvent 4 à 5 ans après les faits, d'où une relative ignorance du danger chez les footeux gazouilleurs trop virulents. "L'intérêt de la plainte, c'est de mettre le holà, poursuit Me Barthélemy. Plus on laisse faire, plus il y a surenchère dans l'injure."

Florent, qui avait pris l'habitude de charrier les joueurs de son club de cœur, le RC Lens, sur le réseau social, ne se remet pas de cette plainte. Car ses moqueries envers les joueurs "sang et or" ne lui ont jamais valu la moindre remontrance, pas même le fait d'être bloqué : "Même si mes tweets peuvent être parfois un peu méchants, les joueurs savent faire preuve d'autodérision et comprennent le second degré." Le second degré, un outil à manier avec précaution sur les réseaux sociaux. @TonyVairelles a fermé son compte, mercredi 15 avril, dans l'après-midi. "Tout ce qu'on écrit sur internet nous engage, comme ce qu'on dit dans la vraie vie, philosophe Maître Eolas. Car internet, c'est la vraie vie."

* Son prénom a été modifié à sa demande

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