Homophobie dans le football : "Le stade est un défouloir"

Le collectif Rouge Direct a annoncé jeudi, à l'occasion de la Journée internationale contre l'homophobie, son intention d'attaquer en justice la Ligue de football professionelle. Pour Yoann Lemaire, ex-footballeur ayant révélé son homosexualité, les mentalités évoluent lentement.

Yoann Lemaire, premier footballeur français à avoir publiquement dévoilé son homosexualité, en 2003.
Yoann Lemaire, premier footballeur français à avoir publiquement dévoilé son homosexualité, en 2003. (MAXPPP)

À l'occasion de la Journée internationale de lutte contre l'homophobie jeudi 17 mai, le collectif Rouge Direct a annoncé à franceinfo son intention de poursuivre la Ligue de football professionnel (LFP) devant le tribunal administratif pour "défaillance", afin de lutter contre l'homophobie dans les stades.

"Le stade est un défouloir. Les gens y vont, oublient la journée de travail, hurlent. Il y a trop de passion, il faut aussi modérer toutes ces passions", a jugé jeudi Yoann Lemaire, invité de franceinfo, président de l'association Foot ensemble. Il est le premier footballeur français à avoir publiquement révélé son homosexualité en 2003.

franceinfo : Révéler son homosexualité reste tabou pour les joueurs de football ?

Yoann Lemaire : Ça reste très tabou surtout dans l'élite du football, ils ne le disent pas. Je ne dirais pas que les joueurs sont complètement homophobes, en fait ils ne maîtrisent pas le sujet, ils disent avoir peur de dire des conneries. C'est un sujet très tabou mais ça évolue. J'imagine mal un grand joueur de l'équipe de France ne pas pouvoir renouveler son contrat parce qu'il annoncerait simplement être gay-friendly.

Un amateur de football sur trois admet tenir des propos homophobes devant un match. Pour quelle raison ?

Le stade est un défouloir. Les gens y vont, oublient la journée de travail, hurlent. Il y a trop de passion, il faut aussi modérer toutes ces passions. Vous pouvez avoir un chef d'entreprise ou un homme politique qui hurle 'L'arbitre, c'est un enculé, c'est une tarlouze, c'est un PD !', mais finalement il ne se rend pas compte que c'est minable et discriminant.

Comment on peut sortir de ça ?

D'abord par l'exemplarité des grands noms du football. Dans mon documentaire, on a six champions du monde qui se posent la question. Il y a aussi l'exemplarité des hommes politiques, des médias. Et puis il faut dédramatiser l'homosexualité. Dans les vestiaires, des mecs disaient 'Je me fous pas à poil avec un PD'. Je l'ai entendu plein de fois. Il faut sensibiliser dans les centres de formation. La Ligue de football professionnel fait des actions, pas assez, mais intervient dans les centres de formation pour parler de ces sujets-là. Ce n'est pas du luxe parce que c'est compliqué avec les gamins.