Footballeuses voilées : "La Fifa veut juste satisfaire leur gouvernement"

La Fédération internationale de football a autorisé, jeudi 5 juillet, le port du hijab pour les joueuses. Le voile pourra donc être porté dans les futures compétitions officielles.

Les joueuses de l\'équipe nationale iranienne s\'échauffent avant un match amical contre le club de Malavan Anzali à Téhéran (Iran), le 25 juin 2009.
Les joueuses de l'équipe nationale iranienne s'échauffent avant un match amical contre le club de Malavan Anzali à Téhéran (Iran), le 25 juin 2009. (AMIR POORMAND / AFP PHOTO)

C'est officiel : la Fédération internationale de football vient de lever l'interdiction du port du voile pour les joueuses de football. L'International Football Association Board (Ifab), l'organisme responsable des règles du football et de leur évolution au sein de la Fifa, a confirmé cette décision lors d'une réunion extraordinaire, jeudi 5 juillet à Zurich (Suisse). 

La décision avait déjà été actée lors de la 126e Assemblée générale annuelle de l'Ifab et la réunion du 5 juillet n'avait pour but que d'officialiser ce qui avait été décidé le 3 mars dernier.

A l'époque, le prince Ali Bin al Hussein de Jordanie, membre du Comité exécutif de la Fifa, avait défendu le port du voile pour les footballeuses après avoir mobilisé un groupe de travail sur la question dès octobre 2011, à Amman (Jordanie), explique Le Monde.fr. Et son exposé avait visiblement séduit l'Ifab, puisqu'elle avait donné son accord de principe.

L'un des principaux problèmes posés par le voile résidait dans le fait qu'il entrait en contradiction avec la loi 4 du règlement de la Fifa, qui stipule que "l'équipe d'un joueur dont l'équipement de base obligatoire présente une inscription ou un slogan politique, religieux ou personnel sera sanctionné par l'organisateur de la compétition ou par la Fifa". Le prince de Jordanie a pourtant convaincu les membres de l'Ifab que le voile n'était pas un signe religieux mais culturel, et n'avait donc aucune raison d'être interdit.

• Une question de santé et de sécurité

Le problème du signe religieux ayant été résolu, l'autorisation définitive du hijab pour les joueuses de football n'était conditionnée qu'à des questions de santé et de sécurité. Le Dr Michel D'Hooghe, chef de la Commission des experts médicaux de la Fifa, qui craignait en mars que le port du hijab ne présente "des risques de lésion au niveau du cou et de la carotide en cas de collision lorsque celle-ci se produit à grande vitesse", avait réclamé des essais supplémentaires, dont les résultats ont été jugés satisfaisants par l'Ifab. Celle-ci a donc jugé qu'en terme de sécurité comme en terme de santé, rien n'interdisait le port du voile en compétition officielle.

Adoptée à l'unanimité, cette mesure bénéficie d'abord d'une période d'essai. La couleur, le design et la nature même des voiles doivent maintenant être débattus en novembre à Glasgow, lors d'une nouvelle réunion de l'Ifab.

Cette modification du règlement n'aura pas d'impact sur les prochains Jeux olympiques de Londres, puisqu'aucune des douze équipes qualifiées pour la compétition n'est concernée par le problème. Elle intervient cependant trop tard pour les footballeuses iraniennes, qui avaient été exclues des qualifications pour les JO au début de l'année 2011, l'ensemble de l'équipe nationale portant le voile alors qu'il était toujours interdit. 

• Une nouvelle bien accueillie dans les pays musulmans

Du côté des pays musulmans, on se félicite de cette décision qui va transformer le monde du football féminin. "C'est une bonne nouvelle pour nous. C'est bon pour la communauté musulmane", déclarait à l'AFP peu avant la décision Alex Soosay, secrétaire général de la Confédération asiatique de football.

L\'équipe iranienne de football féminin, avant son match de qualification pour les JO de Londres, face à la Jordanie, à Amman (Jordanie) le 3 juin 2011.
L'équipe iranienne de football féminin, avant son match de qualification pour les JO de Londres, face à la Jordanie, à Amman (Jordanie) le 3 juin 2011. (ALI JAREKJI / REUTERS)

"Cette décision, attendue avec impatience, fait notre très grande joie", se félicitait quant à elle la présidente de la Commission du sport féminin au sein de la fédération koweïtienne de football (FKT), cheikha Naïma Al-Sabah, dont la sélection féminine participe à diverses compétitions, tout comme celle des Emirats arabes unis, du Qatar et de Bahreïn.

• Une décision qui provoque la colère des associations féministes

La levée de l'interdiction du port du voile s'appliquera à tous les échelons du football, du monde professionnel au monde amateur. En France, où la question s'est déjà posée puisqu'un arbitre a récemment refusé de diriger un match avec des joueuses voilées comme le rapporte le journal Ouest France, cette modification du règlement ne ravit pas les associations féministes.

Interrogée par FTVi, Annie Sugier, présidente de la Ligue du droit international des femmes (LDIF) ne décolère pas depuis jeudi soir : "On nous présente comme un progrès ce qui est une régression. On a inventé la notion de neutralité dans le sport d'après l'idée originale de la trêve olympique. Normalement, on doit laisser au vestiaire ses valeurs culturelles, politiques et religieuses. Or, quand il s'agit de l'Arabie Saoudite ou de l'Iran, on oublie tout à coup le sens de cette notion." Selon elle, la décision de la Fifa est uniquement politique : "On dit que l'on respecte les femmes, mais en réalité on les stigmatise. La Fifa se fiche de leurs performances en tant qu'athlètes, elle veut juste satisfaire leur gouvernement."

Même agacement chez Carine Delahaye, membre de l'assocation Femmes solidaires : "On espérait que la Fifa ne prendrait pas cette décision, qui n'est pas propre au football mais qui touche à la vie des femmes en général."

La jeune femme, dont l'association milite pour la neutralité et la laïcité dans le sport, craint que cette décision ne constitue un handicap pour certaines sportives : "Les femmes voilées ne gagneront jamais de médaille. C'est impossible. Courir avec un voile et un jogging pendant que les autres athlètes sont en short, ce n'est pas équitable. Les tenues des sportives ont été mises en place pour que les athlètes puissent réaliser des performances. Avec cette décision, la Fifa part du principe que des femmes peuvent partir avec un handicap, et que ce n'est pas un problème."