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FC United of Manchester : le football comme une utopie

ENQUETE | A l'heure du football-business, des salaires exorbitants des footballeurs, des dérives financières et fiscales, il existe dans le monde des exemples de clubs qui font tout pour retrouver une certaine authenticité. L'exemple le plus parlant est celui du FC United of Manchester, fondé en 2005 par des fans dégoûtés par le rachat du prestigieux club de Manchester United.
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Radio France
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  (Yann Bertrand Radio France)

Ils ont les mêmes couleurs, la même passion, mais tout le reste les oppose. Séparés par quelques kilomètres, les clubs de Manchester United et du FC United of Manchester représentent chacun une façon de concevoir le football. Et en la matière, ce sont des années-lumières qui les séparent.

Le football, "comme il devrait être "

Bury, petite bourgade posée au nord de la grande banlieue de Manchester, un samedi pluvieux comme il en existe tant entre Lancashire et Cheshire. Ce jour-là, la ville de Manchester est envahie par des milliers de supporters en rouge et blanc, convergeant vers Old Trafford pour assister à une victoire (poussive) de Manchester United. A Bury, le rouge et blanc est de sortie également aux abords du stade de Gigg Lane, mais les fans sont venus encourager "leur" Manchester, le FC United. Ce samedi, le club affronte les Stocksbridge Park Steels pour le compte de la 15e journée de Northern Premier League, la septième division anglaise.

Un membre, une voix

A l'origine de la naissance du FC United of Manchester, il y a un dégoût. Celui de centaines de supporters de Manchester United, rebutés en 2005 par le rachat de leur club par l'homme d'affaires américain Malcolm Glazer, qui installe illico ses fils aux postes-clés. Quelques années plus tôt, un groupe de pression avait réussi à empêcher le magnat des médias Rupert Murdoch de mettre la main sur le MUFC. Mais cette fois, la pilule est trop dure à avaler.

"Il faut placer les supporters au centre de tout" (Andy Walsh, manager général)

Le FC United voit donc le jour rapidement, et met en place un mode de fonctionnement simplissime : un membre, une voix. C'est décidé, le club appartiendra toujours à ses supporters - environ 3.000 membres aujourd'hui - qui éliront démocratiquement le conseil d'administration, et voteront les décisions importantes.

C'est comme cela qu'**Andy Walsh ** s'est retrouvé manager général du nouveau club.

Débarassés des questions d'argent et de modèle économique à faire prospérer, les 3.000 co-propriétaires du FC United se concentrent sur l'essentiel, le jeu. Sur le terrain, les joueurs - dont beaucoup sont originaires de la région - sont sponsorisés par des entreprises locales. Certains ont une petite notoriété, comme Rhodri Giggs, le frère de Ryan Giggs, légende de... Manchester United.

Pour s'assurer que la philosophie et les valeurs restent et soient respectées, le FC United s'est doté dès le début d'un Manifeste, qui édicte des valeurs cardinales comme le maintien de prix abordables pour les supporters, l'entretien de liens avec la communauté, et le maintien d'un modèle économique et financier qui n'enrichisse pas les dirigeants.

Le supporter maître du jeu

Le FC United of Manchester n'est pas un précurseur. Avant lui, en Angleterre, l'AFC Wimbledon avait été construit sur le même modèle, en 2002. Même le grand rival des Mancuniens, le Liverpool FC, a vu une partie de ses supporters quitter le navire en 2008 pour créer l'AFC Liverpool, dégoûtés par les prix pratiqués au stade d'Anfield.

Mais aucun n'a pris l'ampleur du FC United. On parle quand même d'un club qui laisse ses supporters choisir le prix de l'abonnement annuel au stade (avec un minimum imposé de 90 livres, soit une centaine d'euros).

**David n'a pas hésité longtemps avant de rejoindre la cohorte de fans du FCUM ** :

Ainsi, pendant que Manchester United est coté en Bourse à Wall Street, et que les prix de l'abonnement annuel à Old Trafford varient de 628 à 1.121 euros, le FC United réinjecte tous ses bénéfices dans le club, et notamment dans la construction de son nouveau stade, dont la première pierre a été posée, et qui permettra d'économiser les 100.000 livres annuelles de location du stade de Bury.

Activisme politique

La philosophie du FC United est assumée : elle se situe clairement à gauche, et même à l'extrême gauche. Le capitalisme est dénoncé, la redistribution des richesses prônée. Dans une ancienne région minière qui souffre économiquement, le club souhaite apporter quelque chose à la communauté.

Pour bien marquer la différence avec Manchester United, **Steve Wallis ** a choisi de porter une écharpe jaune et verte, les couleurs originelles du MUFC (né sous le nom de Newton Heath en 1878). Lui ne se cache pas, il cite même le Front de Gauche et le Nouveau parti anticapitaliste comme ses inspirations politiques.

Même si les dirigeants refusent de parler d'utopie, l'ambition du FC United s'inscrit clairement dans cette philosophie. Car aujourd'hui, sans argent, impossible de se payer les meilleurs joueurs, et donc de s'installer dans l'élite des clubs de football du royaume. Il faudrait donc que tous les clubs anglais adoptent le modèle économique du FCUM, pour que la compétition s'équilibre. Ce qui relève, effectivement, du fantasme.

Un mouvement de fond ?

Le modèle adopté par le FC United of Manchester ressemble à celui des socios , en Espagne. En effet, pour prendre les exemples les plus parlants, le Real Madrid et le FC Barcelone appartiennent en quelque sorte à leurs supporters, qui élisent leur président tous les quatre ans. La carte de membre se transmet de génération en génération. Mais les deux clubs adoptent en revanche tous les attributs du football-business : sponsors puissants, salaires mirobolants, dettes abyssales... Les supporters ont seulement l'impression de détenir leur club.

En France, les footballeurs pâtissent d'une image de plus en plus exécrable. La révolte des présidents de clubs contre la taxe à 75 % sur les très hauts revenus n'arrange rien. Depuis maintenant deux ans, une poignée de personnalités emmenées par l'ancien footballeur Vikash Dhorasoo ont lancé le Manifeste Tatane, proclamant notamment que "le football est un jeu qui doit rester populaire " ou encore que "le football est un jeu avant d'être un marché ".

►►► A ECOUTER | Rencontre avec... Vikash Dhorasoo

Cette "coopérative d'idées pour un football durable et joyeux" a récemment publié un rapport sur la responsabilité sociale des clubs de football.

 

 [null,null] Responsabilité sociale des clubs de football publié par France_Info.fr 

A Nantes, l'association A la Nantaise prône un retour aux "valeurs du FC Nantes ", délaissées selon eux depuis l'entrée au club de Waldemar Kita. Les 2.000 membres revendiqués portent même un projet d'actionnariat populaire. A l'heure actuelle, ALN dispose d'environ 5 % du capital social du FC Nantes. Mais dans un pays où la culture foot est bien moins ancrée qu'en Angleterre, difficile de se faire entendre.

Quel avenir ?

Le modèle adopté par le FC United of Manchester, comme d'autres petits clubs à travers l'Europe, est pour l'instant très loin de devenir la règle dans le football. A Manchester, ce n'est d'ailleurs pas ce que les fans souhaitent. David, supporter et bénévole au FCUM, résume ainsi sa pensée : "Le football, c'est avant tout de l'amusement, venir au stade pour voir ses amis le samedi après-midi ". Mais pour ceux qui ne pourraient pas venir, le FC United, comme les grands clubs, possède une web-TV, diffuse des podcasts avec les commentaires des matchs en direct.

Existe-t-il un risque que le club perde son âme ? La question se pose car dans un peu plus d'un an, le nouveau stade permettra de dégager de plus amples bénéfices. Plus proche du centre-ville de Manchester, accessible en tramway, le FC United peut espérer attirer de plus en plus de monde. Mais dans une ville qui compte déjà deux immenses clubs - Manchester United et Manchester City -, le FCUM fait office de dernière roue du carrosse. Et si jamais le club s'avisait de grimper, division après division, jusqu'aux cimes du football anglais, nul doute que ses deux concurrents auraient de quoi le lui faire payer.

Pour l'instant, tout cela n'est vraiment pas d'actualité. Les supporters du FC United se contentent de ce qu'ils ont, c'est-à-dire un vrai club qui leur appartient, à tous. Les dirigeants, eux, rebutés par l'exemple des Glazer à Manchester United, martèlent une antienne : un autre football est possible.

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