Football fiction : et si l'Islande gagnait l'Euro 2016 ?

Une victoire de l'Islande le 10 juillet en finale de l'Euro, après avoir éliminé la France en quart de finale dimanche, sacrerait une équipe rafraîchissante, mais pourrait également entraîner des remous dans le pays et dans le foot européen. Nous avons fait un saut dans le futur pour explorer ce scénario pas si improbable.

Le défenseur et capitaine islandais Aron Gunnarsson, le 27 juin 2016 à Nice (Alpes-Maritimes), lors de la victoire de l\'Islande contre l\'Angleterre, en quart de finale de l\'Euro 2016.
Le défenseur et capitaine islandais Aron Gunnarsson, le 27 juin 2016 à Nice (Alpes-Maritimes), lors de la victoire de l'Islande contre l'Angleterre, en quart de finale de l'Euro 2016. (FEDERICO GAMBARINI / DPA / AFP)

L'image a tout du conte de fées : Aron Gunnarsson, le capitaine de l'équipe d'Islande, brandissant le trophée Henri-Delaunay, celui qui récompense la nation championne d'Europe de football, au centre d'un Stade de France ivre de joie. Grâce à leur victoire contre l'Angleterre en huitièmes de finale, les Islandais n'ont aujourd'hui que trois victoires à remporter pour faire de ce rêve une réalité.

Certes, de nombreux obstacles, dont la France qu'ils affrontent dimanche 3 juillet à Saint-Denis, se dressent devant eux. Mais la possibilité d'une victoire de ces hommes venus du Nord existe, et est même souhaitée par de nombreux rêveurs.

Francetv info anticipe un peu et imagine, de façon volontairement exagérée, que ce sacre devienne une réalité et que ses conséquences soient aussi étranges que spectaculaires.

ATTENTION, CE QUI SUIT N'EST QUE PURE FICTION / VOUS L'AUREZ LU ICI EN PREMIER (Rayez la mention inutile au lendemain de la finale).

Un parcours hors norme

Les Français auraient dû se méfier. L'Islande avait déjà pris ses marques au Stade de France lors de sa victoire contre la Hongrie en match de poule (2-1). Mais ce 3 juillet, en quart de finale, c'est un autre match que les Vikings ont répété, piégeant les Bleus comme ils avaient piégé les Anglais au tour précédent. Avec leur pressing haut, leur discipline tactique et leur incroyable endurance, les hommes de Lars Lagerbäck ont profité du 4-2-3-1 tricolore, schéma tactique trop peu souvent utilisé par les Français, pour leur porter l'estocade.

Juste avant la pause, une glissade d'Umtiti, sous pression pour sa première apparition en Bleu, a profité à Sigthorsson qui est allé battre Lloris. Puis l'Islande a fait ce qu'elle fait de mieux, c'est-à-dire tenir bon face aux coups de boutoir des maladroits coéquipiers d'Antoine Griezmann, qui regretteront longtemps de ne pas avoir su gérer la pression de l'événement.

L\'équipe islandaise après sa victoire contre l\'Angleterre, à Nice, le 27 juin 2016.
L'équipe islandaise après sa victoire contre l'Angleterre, à Nice, le 27 juin 2016. (FEDERICO GAMBARINI / DPA / AFP)

En demi-finale, le scénario est bien différent. Les Italiens ont  jusqu'ici maté leurs adversaires, dont l'Allemagne en quarts de finale, en misant sur leur science tactique et sur leur défense. Mais face à l'Islande qui pratique le même jeu qu'eux, ils se retrouvent démunis. Le match est une purge, et se termine sans surprise, au bout de l'ennui, par une séance de tirs au but. Et comme tout sourit aux Islandais, l'attaquant italien Eder rate son dernier tir et envoie les Vikings en finale.

Des supporters islandais à Nice, le 27 juin 2016.
Des supporters islandais à Nice, le 27 juin 2016. (FEDERICO GAMBARINI / DPA / AFP)

Pour ce dernier round, c'est l'adversaire rêvé qu'ils retrouvent au Stade de France : le Portugal. Les deux équipes s'étaient affrontées en match de poules, conclu par un nul 1-1. A la fin de la rencontre, Cristiano Ronaldo avait moqué le jeu défensif et "la petite mentalité" des Islandais, prédisant qu'ils "ne feraient rien" pendant l'Euro.

La finale ressemble trait pour trait à ce premier match : elle est fermée, accrochée, et se termine par un nul 1-1 et une nouvelle séance de tirs au but. Cette fois, c'est Cristiano Ronaldo qui frappe sur le poteau pour l'ultime tir portugais. Aron Gunnarsson marque le dernier tir d'une panenka frappée en fermant les yeux, histoire de chambrer un peu plus la star madrilène, effondrée sur le banc de touche au coup de sifflet final.

Un pays en éruption

A chaque match disputé par son équipe nationale, la population islandaise se mobilise. Dès les huitièmes de finale, lors de la victoire historique contre l'Angleterre, une marée de supporters vêtus de maillots bleus barrés de rouge et de casques vikings en plastique avaient envahi la "fan zone" de Reykjavik, la capitale.

Le zénith est évidemment atteint le jour de la finale. 270 000 Islandais, soit la quasi-totalité de la population du pays moins les 40 000 supporters et les joueurs présents au Stade de France, explosent d'une seule voix en voyant leur équipe sacrée. La fête qui suit est mémorable et dure plusieurs jours.

Comme tout le monde fait la fête, le pays se retrouve paralysé. Les pêcheurs et les employés des usines d'aluminium, les deux principales activités du pays, désertent leurs postes, faisant légèrement fléchir la production nationale. Mais rapidement, de nouvelles perspectives s'ouvrent pour l'économie islandaise : les touristes, déjà nombreux à venir visiter l'île (1 million de visiteurs en 2014), affluent au pays des volcans grâce à la publicité ultra-positive fournie lors de l'Euro. Dans le même temps, le macareux fumé et l'hakarl (un plat de requin macéré très amer) deviennent des mets extrêmement recherchés dans les restaurants branchés du monde entier.

Mais cette popularité soudaine pose un premier problème majeur. Seul l'aéroport de Keflavik, situé à 50 km de Reykjavik, est à même d'accueillir des vols internationaux. La construction d'un deuxième, voire d'un troisième aéroport, est rapidement envisagée, provoquant la colère des écologistes locaux, mais aussi internationaux, qui veulent protéger la qualité de l'air et les paysages incomparables de l'île.

Le coup de projecteur sur l'Islande met également en lumière la chasse à la baleine, toujours pratiquée par des pêcheurs locaux au mépris des accords internationaux. Pour ne pas perdre cette image de "nation sympathique", le gouvernement islandais cède et interdit cette pêche, provoquant le mécontentement de la population locale, très attachée à ces traditions ancestrales. 

Enfin, l'intérêt exponentiel des petits Islandais pour le football provoque très vite deux problèmes inattendus : le handball, jusqu'à récemment sport numéro un sur l'île, est supplanté par le foot, faisant rapidement chuter les ambitions handballistiques de l'Islande, qui perd la 12e place mondiale qu'elle occupait en 2016. Autre conséquence, le nombre de terrains de foot étant insuffisant, des paysages sauvages se transforment rapidement en usines à petits footballeurs. Vu du ciel, cette multiplication de rectangles verts et plats, ajoutés aux pistes d'atterrissage pour les avions remplis de touristes, donne un visage plus artificiel à l'autre pays des fjords.

Un sport sens dessus dessous

Si la force collective islandaise a impressionné le foot européen, les individualités de l'équipe ont également convaincu les principales écuries du Vieux Continent. Du coup, dès la fin de la saison, Aron Gunnarsson quitte le club de Cardiff, qui évolue en Championship (deuxième division anglaise) pour rejoindre les rangs de Manchester United sous les ordres de José Mourinho. Kolbeinn Sigthorsson, l'avant-centre du FC Nantes, est lui transféré à Arsenal pour 30 millions d'euros, soit dix fois sa valeur initiale, à la plus grande satisfaction de Waldemar Kita, le propriétaire du club nantais.

Le succès islandais a également des répercussions au niveau des institutions du foot. Le succès de cette "petite" équipe a en effet chamboulé la hiérarchie européenne, ce que les grosses nations ne voient pas d'un bon œil. Pendant tout l'été, à quelques semaines de l'élection du nouveau président de l'UEFA, l'Italie, la France et le Portugal réclament le retour d'un Euro à 16 nations. L'Angleterre menace carrément de quitter l'UEFA si on ne modifie pas le règlement en ce sens.

Selon ces pays, leurs joueurs, qui évoluent déjà dans les championnats les plus durs, ont été fatigués par cette compétition trop longue, et n'ont pu jouer à leur niveau. Du coup, le Néerlandais Michael van Praag, élu nouveau président le 14 septembre grâce au soutien des grandes nations, entérine le retour à 16 équipes pour 2024.

Le Néerlandais Michael van Praag, le 15 février 2016.
Le Néerlandais Michael van Praag, le 15 février 2016. (ROBIN VAN LONKHUIJSEN / ANP / AFP)

L'expérience crée également des mouvements à la Fifa, où les petites nations du foot se mettent à rêver de victoire à la Coupe du monde 2018. Là encore, le lobby des gros pays se met en branle. Des commissions sont mises en place pour réfléchir à un changement profond des règles du football, avec pour objectif d'empêcher une nation ultra-défensive de s'imposer.

Certains imaginent ainsi d'instaurer la règle du "refus de jeu", venue du handball, qui oblige un pays à attaquer quand il a le ballon, sans quoi il est sanctionné. D'autres pensent à l'obligation de ne pas avoir le droit de défendre à plus de 8 joueurs dans sa moitié de terrain, histoire de créer plus facilement des brèches dans les défenses.

Mais d'autres sports sont également touchés par cette victoire inattendue. La natation mondiale perd ainsi l'un de ses plus grands champions, en la personne de Yannick Agnel, qui quitte les bassins. Le Français, homme de parole, a en effet décidé de tenir le pari qu'il a fait quelques jours avant la défaite des Bleus en quarts de finale : faire le tour de l'Islande à la nage en cas de victoire finale des Islandais. En attendant, le Français s'est mis en quête d'une combinaison ultra-épaisse, histoire de pouvoir évoluer dans les eaux fraîches de l'Atlantique Nord.

Après quelques années, l'onde de choc finit toutefois par s'atténuer. L'Islande retrouve peu à peu sa quiétude glacée, son équipe peine à nouveau à se qualifier pour les grandes compétitions et le football mondial reste dominé par les puissants. Finalement, ce sacre européen des Islandais n'aura pas eu beaucoup plus de conséquences que les victoires surprises des Grecs en 2004 et des Danois en 1992. Mais il aura rappelé aux rêveurs de tout poil que le sport existe avant tout pour, parfois, leur donner raison.