Du bonnet de Noël au salut nazi... Quand les arbitres voient jaunes lors des célébrations de buts

Les joueurs de football sont régulièrement sanctionnés par les arbitres d'un carton quand ils fêtent leurs buts de façon trop ostentatoire ou exhubérante. Même quand c'est pour la bonne cause.

Le joueur de Montpellier Anthony Mounier, coiffé d\'un bonnet de Père Noël, lors du match contre Lens, le 13 décembre 2014. 
Le joueur de Montpellier Anthony Mounier, coiffé d'un bonnet de Père Noël, lors du match contre Lens, le 13 décembre 2014.  (PASCAL GUYOT / AFP)

"Mettre un bonnet de Père Noël, c'est carton jaune, un tacle par derrière aussi." Anthony Mounier, attaquant de Montpellier, se veut philosophe. Pour avoir fêté son but contre Lens, samedi 13 décembre, en se coiffant du célèbre bonnet rouge, il a écopé d'un avertissement, comme s'il avait effectué un tacle dangereux. Peu importe que ce soit pour faire plaisir à son fils de 2 ans -"il était hyper content"-, qu'on soit à dix jours des fêtes, ou que la défense lensoise ait offert quelques cadeaux aux attaquants héraultais. "La règle, c'est la règle", vous répondront les fanatiques du règlement. En est-on bien sûr ?

Les malheurs de Djibril Cissé

Chapitre 2, section 1, paragraphe 46 du code disciplinaire de la Fifa : un joueur est averti quand il "retarde la reprise du jeu" ou quand il "se rend coupable de comportement antisportif". Ce qui comprend le fait d'enlever son maillot lors d'un but, de se coiffer d'un accessoire, et même de se recouvrir la tête avec son maillot.

La règle n'a pas toujours été aussi stricte. La Fifa a commencé par interdire les célébrations de buts à rallonge en 1996, avant de revenir dessus au début des années 2000. En 2002, l'attaquant de Manchester United, Diego Forlan, marque un but contre Southampton, le fête en enlevant son maillot... mais n'arrive pas à le remettre. Quand le jeu reprend, l'Uruguayen est encore torse nu, luttant avec ses manches.

Quelques mois plus tard, Djibril Cissé inscrit un but avec l'équipe de France contre la Nouvelle-Zélande, en Coupe des confédérations. L'attaquant auxerrois enlève son maillot pour fêter son but, mais doit faire appel aux soigneurs pour le remettre. Résultat : la règle est rétablie, et durcie. C'est en 2004 que, pour la première fois, un joueur est expulsé pour avoir fêté un but.

Doigt arraché, salut nazi ou hommage à Mandela, c'est jaune

Officiellement, il est question de fluidité du jeu et de fair-play. Des responsables de la Fifa affirment aussi que se montrer torse nu est mal vu dans les pays musulmans, rapporte la BBC (en anglais). Officieusement, la plus haute instance du football défend les intérêts des sponsors : l'image du joueur fêtant un but est largement reprise par les médias. Un bon moyen d'assurer une exposition maximale à l'équipementier ainsi qu'au sponsor maillot. Enfin, en théorie.

Malgré la menace du carton jaune, les situations ubuesques, voire franchement ridicules, se succèdent. On découvre ainsi le carton jaune "éphéméride", quand les joueurs de Manchester City Samir Nasri et Edin Dzeko sont sanctionnés, à quelques semaines d'intervalle, pour avoir souhaité respectivement un joyeux Aïd el-Fitr aux musulmans et une bonne année, le 1er janvier 2014. Il y a aussi eu le carton jaune contre la technologie, quand les joueurs de Kansas City (Etats-Unis) fêtent un but en prenant un selfie sur le terrain.

Sans oublier le carton jaune du malaise, sanctionnant un buteur de l'AEK Athènes enlevant son maillot et faisant le salut nazi en mars 2013. Parfois, on peut estimer que l'arbitre est à côté de la plaque comme lorsqu'il sanctionne l'attaquant ivoirien Didier Drogba, alors à Galatasaray, qui rend hommage à Nelson Mandela, mort quelques jours plus tôt. 

Le carton jaune de l'horreur date, lui, du 5 décembre 2004. L'attaquant du Servette de Genève (Suisse), Paulo Diogo, passeur décisif, célèbre le but de son équipe en grimpant aux grillages qui le séparent des supporters. Tout à sa joie, il ne remarque pas que son alliance s'est accrochée dans les barres de fer. Quand il saute pour revenir sur le terrain, il y laisse une partie de son doigt. L'arbitre lui brandit alors un carton jaune pour avoir trop traîné à reprendre le jeu.

"C'est pour toi, mon fils"

Dans le règlement, il est aussi écrit que les arbitres doivent faire preuve de psychologie. Une consigne à géométrie variable. En finale de la Coupe du monde 2010, le milieu espagnol Andres Iniesta marque le but décisif, enlève son maillot pour dévoiler un tee-shirt en souvenir de son ami Dani Jarque, un footballeur mort sur le terrain un an plus tôt. Inflexible, l'arbitre dégaine son carton jaune. Situation proche, mais pas de sanction pour les footballeurs de Premier League Aiyegbeni Yakubu et Tim Cahill, qui arborent des tee-shirts en soutien à leur collègue Fabrice Muamba, victime d'une attaque cardiaque sur un terrain du championnat anglais, début 2012. 

Même flou artistique quand un joueur veut saluer sa famille. L'attaquant de l'AS Rome Alessandro Florenzi a été sanctionné en septembre après être allé embrasser sa grand-mère en tribune. Mamie Florenzi avait pourtant prévenu son petit-fils : elle n'assisterait au match que s'il passait la saluer.

Même sanction pour ce joueur semi-pro, en Espagne, qui embrasse goulûment sa petite amie après un but pour son club de Marchamalo, en octobre, alors que l'arbitre l'attend, carton jaune en main, en bas des tribunes.

Pas de pitié non plus pour le très inoffensif tee-shirt "Joyeux anniversaire maman", dévoilé par Lionel Messi, après l'un de ses nombreux buts sous les couleurs du Barça, en janvier 2011. Idem quand Romario annonce à la planète entière que sa petite fille souffre de trisomie 21, "et c'est une princesse". Le joueur était bouleversé par cette annonce, faite lors de ses adieux avec la sélection brésilienne... mais l'arbitre a appliqué le règlement.

L\'attaquant brésilien Romario soulève son maillot pour dévoiler un tee-shirt où il annonce que sa fille est trisomique, le 27 avril 2005, à Sao Paulo (Brésil).
L'attaquant brésilien Romario soulève son maillot pour dévoiler un tee-shirt où il annonce que sa fille est trisomique, le 27 avril 2005, à Sao Paulo (Brésil). ( PAULO WHITAKER / REUTERS)

Rare exception, la décision de Darren Deadman, qui arbitrait un obscur Doncaster-Middlesbrough, en deuxième division anglaise, un soir pluvieux de novembre 2011. A la 14e minute, l'attaquant des Rovers, Billy Sharp, marque d'une reprise de volée, et soulève son maillot pour dévoiler un tee-shirt sur lequel on peut lire : "C'est pour toi, mon fils". L'arbitre ne bronche pas. Plus tôt dans la journée, le club avait annoncé la mort du bébé du joueur, âgé de deux jours. Les médias britanniques, le Guardian en tête, salueront le bon sens de l'homme en noir.

Saluons enfin les petits malins. Ceux qui ont cru pouvoir contourner le règlement, comme l'attaquant monténégrin Mirko Vucinic, qui enlève systématiquement son short quand il marque un but. Ce n'est effectivement pas interdit dans le règlement, mais les arbitres ne goûtent guère cette initiative. L'attaquante anglaise Kelly Smith a, elle, lancé ses chaussures dans le public après avoir inscrit un but lors de la Coupe du monde 1999, face au Japon. "Un comportement irrespectueux", tonne son entraîneure, citée par le New York Times, mais pas sanctionné. C'est d'ailleurs lors de cette compétition que l'on trouve la célébration de but la plus connue de l'histoire de foot, réalisée par l'Américaine Brandi Chastain, auteure du tir au but victorieux en finale de Coupe du monde. Ivre de joie, elle a enlevé le haut, geste inédit en foot féminin. Geste qui aurait dû être sanctionné d'un carton jaune. Qu'importe. "Si c'était à refaire, je le referais, a balayé Chastain sur NBC. Sans aucun doute."

 

La joueuse américaine Brandi Chastain enlève son maillot après avoir marqué le tir au but victorieux, en finale de la Coupe du monde, le 10 juillet 1999 à Pasadena (Etats-Unis).
La joueuse américaine Brandi Chastain enlève son maillot après avoir marqué le tir au but victorieux, en finale de la Coupe du monde, le 10 juillet 1999 à Pasadena (Etats-Unis). (ROBERTO SCHMIDT / AFP)