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Dieu, ma maman, ma sécurité... les excuses des sportifs pour sécher l'équipe nationale

L'épidémie de forfaits en équipe de France de basket a renouvelé un exercice vieux comme le sport, ou presque.

Article rédigé par Pierre Godon
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 7 min
Le basketteur français Joakim Noah, sous les couleurs des Chicago Bulls, le 10 mai 2013, à Chicago (Illinois).  (JEFF HAYNES / REUTERS)

Y a-t-il un pivot pour sauver l'équipe de France masculine de basket ? Le sélectionneur des Bleus, Vincent Collet, s'arrache les cheveux. Sept des huits pivots sur sa liste, dont les joueurs de NBA Joakim Noah ou Ronny Turiaf, ont déclaré forfait début juillet, sous des prétextes plus ou moins vaseux. Pas très rassurant avant l'Euro, qui doit se tenir du 4 au 22 septembre en Slovénie. Retour sur quelques excuses insolites données par des sportifs pour échapper à leurs obligations.

J'peux pas, j'ai une vie à côté

Les basketteurs français sont très doués dans ce domaine. Le dernier en date, Ronny Turiaf, pourtant en fin de contrat avec les Los Angeles Clippers, explique, mardi 9 juillet, "avoir besoin de prendre soin de son corps". Kevin Séraphin a décliné lui aussi. Le joueur de NBA s'est fendu d'une tirade sur sa page Facebook : "Désolé de vouloir survivre dans la plus grande ligue au monde. Désolé de me rendre compte que la NBA, c'est qu'une seule fois dans une vie. Désolé de pas avoir assez de force et de culot pour dire à mon general manager [un directeur sportif en NBA] que leur avis n'est pas important, donc je vais en Equipe de France."

Même son de cloche chez Joakim Noah, qui a indiqué qu'à 28 ans, sa priorité était de gagner un titre dans le championnat américain. Certes, il a joué toute la saison blessé. Mais sa convalescence estivale implique manifestement de participer à un match de foot de gala et d'aller faire le DJ au Cameroun.

J'peux pas, on essaie de me tuer

C'est ce qu'a expliqué, en février, au magazine camerounais Je Wandal'emblématique footballeur camerounais Samuel Eto'o, qui boycotte la sélection nationale depuis plusieurs mois. "Je vis aujourd'hui avec un groupe de policiers. Un dort même devant ma porte. Ce n'est pas par snobisme, c'est pour ma sécurité. Je ne porte pas l'équipement donné par la fédération, je demande tout directement à Puma. Je ne mange pas avec mes coéquipiers, car j'ai peur qu'on m'empoisonne."

J'peux pas, je ne veux pas mourir

Pour certaines rencontres qualificatives pour le Mondial de foot 2014, des équipes  africaines sont amenées à se déplacer dans l'instable Libye. Le Congolais Cédric Mongongu avait confié à L'Equipe, en juin : "Les deux équipes ont besoin de gagner pour avoir une chance de se qualifier, donc il y aura de la pression. Et on se dit : 'Si on gagne, on sort comment du stade ?' Sur le terrain, je pense que ça devrait bien se passer. Enfin, je l’espère... Ensuite ? Que peut-il nous arriver ? Y aura-t-il des gens armés à la sortie ?" Finalement, le footballeur s'est rendu en Libye, mais plusieurs joueurs congolais ainsi que des togolais, ont obtenu par la suite le droit de rester à la maison.

J'peux pas, je ne sens pas qu'on m'aime

C'est l'excuse invoquée dans Le Parisien par Nicolas Anelka pour sécher une convocation de Jacques Santini en 2002 : "Il faut qu'ils me montrent qu'ils me veulent. (...) J'ai besoin d'être approuvé pour apporter le meilleur dans cette équipe." De l'amour seulement ? Snobé ensuite par le sélectionneur pendant des mois, Anelka finit par lâcher à Paris-Match en 2003 : "Qu'il s'agenouille devant moi, s'excuse d'abord, et après je réfléchirai." Il n'est rappelé chez les Bleus qu'en 2005.

J'peux pas, c'est dimanche

Les sportifs ont assez peu de week-ends libres. Et quand on est un fervent chrétien, ça pose problème. Le film Les Chariots de Feu a immortalisé, en 1981, la légende d'Eric Liddell, un sprinter britannique qui a renoncé au 100 mètres des JO de Paris en 1924, car la course avait lieu un dimanche. Favori de l'épreuve, il n'est pas revenu sur sa décision, même après l'intervention du prince de Galles. En réalité, Liddell a simplement décidé de faire l'impasse sur cette épreuve pour se concentrer sur le 200 et le 400 mètres.

D'autres sportifs ont réellement été confrontés à ce problème. Le triple sauteur Jonathan Edwards a manqué les championnats du monde de 1991 car la compétition avait lieu le jour du Seigneur. Plus tard, l'athlète fait un rêve dans lequel Dieu lui demande de revenir sur ce principe, explique-t-il au quotidien britannique The Daily Mail. Mais même sans cette visite divine, Edwards aurait quand même battu le record du monde, le 7 août 1995, un lundi.

Le triple sauteur britannique Jonathan Edwards fête son titre et son record du monde de la spécialité, à Göteborg (Suède), le 7 août 1995. (GARY M. PRIOR / GETTY IMAGES EUROPE)

J'peux pas, on s'est servi de mon image dans une pub

C'est la mésaventure du footballeur kényan Dennis Oliech. Il refuse de rejoindre la sélection quand il découvre que le brasseur East African Breweries a utilisé son image dans une affiche. Le capitaine de la sélection exige une compensation financière, mais découvre que le contrat signé entre le brasseur et la fédération ne prévoit rien pour le joueur. Ce dernier a finalement cédé, sous la menace de sanctions de la Fifa.

J'peux pas, je dois voir ma maman

Le basketteur américain Rajon Rondo s'est définitivement grillé avec la sélection américaine en 2010. Pressenti après plusieurs belles saisons, il ne figurait pas sur la liste du sélectionneur. Interrogée, la fédération explique que Rondo a décliné l'invitation, rapporte BasketUSA.com. L'entourage du joueur dément avoir reçu toute convocation. Le basketteur est finalement convoqué officiellement. Mais il refuse, pour de bon cette fois. Motif avancé par son agent : "Il avait déjà pris un engagement pour passer l’été avec sa mère."

J'peux pas, c'est qu'un match amical

Voilà l'argument de Zlatan Ibrahimovic pour se dispenser des rencontres sans enjeu avec la sélection suédoise, en 2009. "J'en ai marre de me sacrifier pour rien", explique le footballeur au Times (en anglais).

J'peux pas, mon capitaine m'a piqué ma femme

Le scandale autour de la Française Vanessa Perroncel a fait beaucoup de mal à l'équipe d'Angleterre en 2010. Wayne Bridge, son compagnon de l'époque, a renoncé à l'équipe nationale, car John Terry, son amant, était capitaine de la sélection. "Je pense que ma position dans l'équipe est intenable et susceptible de créer des divisions, a-t-il affirmé. Pour le bien de l'équipe et pour éviter des problèmes, j'ai décidé de ne pas me mettre à la disposition de la sélection." L'équipe d'Angleterre a fait un Mondial fantômatique. 

J'peux pas, j'ai perdu mon passeport

Le très prometteur footballeur Edgar Castillo a joué dans toutes les sélections de jeunes du Mexique, avant d'être convoqué chez les A pour quelques matchs amicaux. Appelé pour son premier match de compétition, il invoque la perte de son passeport pour décliner un déplacement au Honduras en avril 2009. Mais ce n'était qu'une ruse : il s'est empressé d'accepter les avances de la sélection américaine, deux mois plus tard. A ce moment précis, les règles de la Fifa ont changé, permettant aux joueurs jamais appelés en match officiel de changer de sélection nationale. Et de se justifier ensuite auprès d'Associated Press : "Même quand je portais le maillot mexicain, je sentais que je devais jouer pour les Etats-Unis."

Le footballeur autrichien Matthias Sindelar, à Londres (Royaume-Uni), le 3 octobre 1932. (POPPERFOTO / GETTY IMAGES)

D'autres sportifs  avancent, eux, des raisons beaucoup moins anecdotiques pour faire défaut à leur équipe. Notamment politiques. Ainsi, le légendaire footballeur autrichien Matthias Sindelar a refusé de jouer dans l'équipe d'Allemagne, après l'annexion de l'Autriche par les nazis, en 1938. Les tournées de l'équipe d'Afrique du Sud, période apartheid, ont entraîné le boycott de nombreux joueurs des équipes adverses, comme en Australie, en 1971, où six des quinze titulaires se sont fait porter pâle.

Récemment, un jeune joueur d'origine iranienne retenu en sélection allemande des moins de 21 ans a refusé d'affronter Israël "pour des raisons politiques". Ce qui a déclenché la colère du président de la fédération allemande, cité par Der Spiegel : "Un joueur qui porte les couleurs nationales doit s'identifier à son pays et en partager les valeurs. Sinon, nous ferons sans lui."

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