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David Beckham au PSG : le conte de fées est-il trop beau pour être vrai ?

Un transfert gratuit, un salaire reversé à des associations d'aide à l'enfance... l'histoire a tout pour tirer une larme au fan de foot le plus blasé. Y a-t-il des zones d'ombres dans la belle histoire ?

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France Télévisions
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David Beckham lors de sa présentation officielle au PSG, le 31 janvier 2013 à Paris.  (CATHERINE STEENKESTE / SIPA)

Cela tenait trop du conte de fées. David Beckham, l'icône mondiale, a signé au PSG. Un transfert gratuit, un salaire reversé à des associations d'aide à l'enfance... l'histoire a tout pour tirer une larme à la ménagère de moins de 50 ans et au fan de foot le plus blasé. Y a-t-il des zones d'ombres dans la belle histoire ?

Un coup marketing payé comme tel

Le Parisien a révélé dimanche 3 février que le joueur parisien n'avait pas accepté plus que le salaire minimum pour des raisons fiscales. S'il signait pour un an et demi au PSG, le Spice Boy aurait dû payer des impôts sur son salaire, mais aussi sur ses autres actifs à l'étranger, conformément à la loi française. En signant pour une durée très courte pour le smic des footballeurs (2 200 euros/mois, que le joueur percevra car il n'a pas le droit de travailler gratuitement), Beckham évite de devoir payer sa dîme à l'Etat. Son salaire réel, 800 000 euros, sera versé directement par le PSG à des associations caritatives. 

"C'est quand même paradoxal : on hurle sur les patrons surpayés qui quittent la France, mais on hurle aussi quand un étranger vient travailler en France gratuitement", s'amuse Boris Helleu, professeur de marketing à l'université de Caen, contacté par francetv info. Vu que tout le monde parle de coup marketing et qu'on n'attend pas grand-chose de lui sur le plan sportif, la rémunération de Beckham, faible sur l'aspect sportif et élevée sur le plan commercial, n'est pas étonnante."

Déjà au Los Angeles Galaxy, Beckham avait monnayé son aura planétaire en contournant le salary-cap. Le club ne lui a versé que 2 millions de dollars (1,5 million d'euros) sur cinq ans, mais la société qui appartient au patron du club, AEG, a mis la main à la poche à hauteur de 30 millions d'euros annuels, tout en lui cédant 50% des droits sur chaque maillot vendu et sur une part des recettes de billetterie, explique le livre The Beckham Experiment. Ajoutez à cela une rallonge de ses sponsors (Adidas, Pepsi...) heureux de le voir investir le marché américain, et on arrive au chiffre pharaonique du contrat à 250 millions de dollars évoqué lors de son transfert. Comme au Galaxy, le salaire n'est pas le nerf de la guerre de la venue de Beckham au PSG.

Des supporters du PSG s'intéressent au maillot de David Beckham dans la boutique du club, le 1er février 2013. Le joueur anglais devrait toucher un pourcentage sur chaque maillot vendu. (MARC PIASECKI / GETTY IMAGES)

"La marque PSG a plus besoin de la marque Beckham que l'inverse"

Dans l'histoire récente du sport, il existe un exemple d'un champion qui a concouru en versant tous ses revenus à une association. C'est Lance Armstrong, qui a reversé son salaire et ses bonus à Livestrong, lors de son retour en 2009 pour médiatiser encore plus la lutte contre le cancer. Dans une interview au magazine américain Vanity Fair (en anglais), il expliquait : "Je vais courir gratuitement. Ce retour, c'est aux frais de la maison." 

"La marque PSG a plus besoin de la marque Beckham que l'inverse
, analyse Boris Helleu. Le PSG est une marque en développement à l'international, et attirer David Beckham, 4e brand-athlete au classement de Forbes (lien en anglais), s'inscrit parfaitement dans cette logique : comme Paris, Beckham véhicule une image de luxe et de grande ville. Mais en plus, il est très connu dans des marchés où le PSG est confidentiel, comme en Amérique du Nord et en Asie." 

Le don à des associations, un coup de com' ? 

David Beckham est l'exemple parfait du sportif engagé. Ambassadeur de l'Unicef, il participe à une demi-douzaine d'associations, dont le Victoria and David Beckham Charitable Trust, qui fournit des fauteuils roulants aux enfants handicapés. Les Beckham y ont injecté à hauteur de 6 millions de livres (7 millions d'euros) en cinq ans, note le Daily Mirror (en anglais)

Le footballeur David Beckham lors d'une visite en Sierra Leone pour l'Unicef, le 19 janvier 2008. (GETTY IMAGES EUROPE)

Comme l'expliquait déjà le magazine américain Philanthropy Roundtable (en anglais) en 1997, les agences qui s'occupent des intérêts des stars les incitent fortement à créer une fondation pour défendre une noble cause. "Franchement, c'est une bonne décision pour le business, expliquait le vice-président de ProServ, une de ces agences. "Tout ce qui peut améliorer leur profil et leur image auprès du public est bon à prendre." Aujourd'hui, quelle star n'a pas son association pour aider son prochain ? Les fondations de Tiger Woods pour l'éducation, ou d'André Agassi pour l'enfance maltraitée, sont considérées comme des exemples à suivre. Mais pour une réussite, combien d'échecs ? La fondation du (richissime) basketteur Michael Jordan a fait faillite faute d'argent, et des stars du football américain se sont fait prendre en versant un salaire royal à leurs parents via leur fondation, souligne le New York Times (en anglais)

"C'est très français de ne pas se dire 'c'est très bien pour la communauté qu'il reverse tout son salaire à des associations', mais 'il cherche à échapper à l'impôt'", regrette Boris Helleu. Dans les pays anglo-saxons, c'est beaucoup mieux accepté. Pourquoi ne pas y voir de la sincérité ? Au fond, cette opération Beckham, c'est gagnant-gagnant-gagnant, entre le joueur, le club et les associations. Il n'y a que la Ligue 1 qui n'en sort pas grandie, car ce n'est pas elle qui attire les stars, c'est Paris."

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