Mondial 2019 : les France Ang'elles, ce groupe de supporters qui veille sur les Bleues et les équipes féminines

Cette association née en 2017 est la seule qui ait été créée uniquement pour supporter les Bleues. Près d'une centaine de ses membres ont assisté aux matchs de l'équipe de France depuis le début de la compétition. 

Un drapeau des France Ang\'elles lors de la rencontre entre la France et le Nigeria à Rennes (Ille-et-Vilaine), le 17 juin 2019.
Un drapeau des France Ang'elles lors de la rencontre entre la France et le Nigeria à Rennes (Ille-et-Vilaine), le 17 juin 2019. (MAXPPP)

"On vient, on chante et on perd la voix." Les quelque 270 membres des France Ang'elles ne boudent pas leur plaisir à l'occasion de cette Coupe du monde. A la différence des Irrésistibles Français ou d'autres groupes de supporters, cette association a la particularité de suivre exclusivement les rencontres des équipes de France féminines. Coupe du monde U20 en 2018, matchs de préparation… Ces anges gardiens côtoient les joueuses depuis de très nombreux mois. "Cela fait plus de deux ans qu'on se prépare" à ce Mondial, explique à franceinfo le président, Richard Farjot. Ang'elles, même pendant la canicule : ce fan devrait parcourir au total 12 000 kilomètres durant la compétition. De quoi faire passer les supporters tardifs des Bleues pour des Footix.

Les \"France Ang\'elles\" devant le Parc des princes avant le premier match des Bleues à la Coupe du monde, le 7 juin 2019 à Paris.
Les "France Ang'elles" devant le Parc des princes avant le premier match des Bleues à la Coupe du monde, le 7 juin 2019 à Paris. (FRANCE ANG'ELLES)

"On ne siffle pas, on applaudit les adversaires"

Cette association est aujourd'hui composée à 65% de femmes. Venus de Lille, de Bretagne, de Toulouse, de Nice ou du Centre, ces mordus dessinent aujourd'hui une grande carte de France. "Ce sont des passionnés de foot féminin qui suivent les matchs de Ligue 1 et Ligue 2, poursuit le président, lui-même supporter de Lyon et de Clermont-Ferrand. Leur typologie est assez différente des supporters des équipes masculines car il y a énormément de familles." L'ambiance reste donc bon enfant et fair-play. "On ne siffle pas, on applaudit les adversaires et on arrête les chants quand une joueuse est blessée", résume Richard Farjot, qui a peu apprécié les copieux sifflets adressés par une partie du public à l'endroit de la gardienne brésilienne en huitièmes.

"On aimerait que les supporters de foot féminin ne virent pas comme ceux de foot masculin", poursuit Philippe Aumont, qui ne perd pas une miette des rencontres. Ecœuré par le foot après l'épisode de Knysna en 2010 – "les joueurs ont perdu leur âme à cause du fric" –, ce routier de Fougères (Ille-et-Vilaine) a trouvé la rédemption un an plus tard devant la télévision, à l'occasion d'une finale de Lyon en Ligue des champions féminine. Il débute alors d'improbables allers-retours entre la Bretagne et le Rhône pour encourager Camille Abily, Louisa Necib ou Sarah Bouhaddi. Le supporter va jusqu'à pirater des rencontres pour les diffuser en streaming. "Il y avait même un éducateur d'Australie qui suivait le direct !"

Le défaut qu'on pourrait reprocher au foot masculin, c'est que l'argent prime sur le jeu, en témoignent les réactions des joueurs. Il y a moins de simulations et davantage de convivialité dans le football féminin, qui est plus proche du public.Richard Farjot, président des France Ang'ellesà franceinfo

Lors de l'Euro 2017, Philippe Aumont était déjà présent aux Pays-Bas quand une vingtaine d'OL Ang'elles se sont regroupées sous la bannière tricolore pour encourager les Bleues. Un événement fondateur pour ce groupe national, qui a permis de faire monter crescendo l'ambiance jusqu'à la campagne 2019 organisée en France. Jouer à domicile est d'ailleurs un luxe pour ces supporters qui ont parfois parcouru des milliers de kilomètres pour suivre leur club. Richard Farjot se souvient par exemple d'un déplacement à huit au Kazakhstan à l'occasion d'une rencontre de l'Olympique lyonnais. "Sarah Bouhaddi nous a offert à chacun un maillot de l'équipe de France pour nous remercier."

Les membres des Ang'elles ne se contentent pas des matchs des Bleues. Le président va par exemple assister au quart de finale entre l'Angleterre et la Norvège au Havre, jeudi, avant de se rendre le lendemain à Paris pour la rencontre des Françaises. "On essaie de réduire les coûts donc on va partir à seize en minibus. Pour cette Coupe du monde, le budget est d'environ 1 500 euros par personne." C'est compter sans les petits extras, notamment la tenue correcte exigée : chapeau au liseré tricolore, drapeau et maillot floqués et le tambour de "Mamie Jo", qui permet de scander les chants plutôt minimalistes du groupe.

Quelques chants des \"France Ang\'elles\" lors de la rencontre contre le Brésil au Havre.
Quelques chants des "France Ang'elles" lors de la rencontre contre le Brésil au Havre. (FRANCE ANG'ELLES)

"Les France Ang'elles sont un moteur"

Emiettement des petites associations, image écornée après le fiasco de 2010… L'équipe A masculine des Bleus a mis des années avant de trouver un kop capable d'assurer l'ambiance. Le chemin reste à tracer chez les Bleues et il pourrait être long. Au cours de l'année, en championnat, les tribunes sont bien peu fournies par rapport aux matchs des garçons. "C’est difficile de faire chanter tout le monde pendant 90 minutes, je laisse ma voix à tous les matchs", explique Laura Ceysson, capo des OL Ang'elles, qui devrait assister à la demi-finale et à la finale de la Coupe du monde. "Je me souviens quand même d'un match Lyon-Paris fantastique, même si nous ne sommes pas les Bad Gones [groupe ultra de l'équipe masculine de Lyon]. Mais eux, ils sont 6 000."

"Les France Ang'elles ne représentent pas forcément la majorité, mais ils sont là depuis longtemps et ont toujours été un moteur", souligne Florent Soulez, responsable du marketing événementiel à la FFF, qui a notamment relancé le club des supporters des équipes de France en 2013. "Notre enjeu est de mettre de l'ambiance, mais celle-ci est bienveillante et peut-être plus familiale." S'il fait figure de pionnier dans le soutien aux Bleues, le groupe des anges est trop modeste pour animer toute une tribune de stade. Bien plus nombreux, les Irrésistibles Français – nés avec les Bleus – pâtissent quant à eux de l'interdiction des mégaphones pendant la compétition. Une mauvaise nouvelle pour Fabien, leur capo chargé d'animer les chants.

"Il y a une distance importante entre les matchs organisés par la FFF [comme les matchs amicaux] et ceux organisés par la Fifa, explique Florent Soulez. Par exemple, la fédération internationale nous a imposé un modèle de drapeau assez petit." Pas question, non plus, d'installer une sono au pied des tribunes. "On ne maîtrise pas tout, donc il est plus dur de mettre l'ambiance, que ce soit chez les hommes ou chez les femmes." La FFF mettra tout de même la main à la poche pour la préparation d'un grand tifo déployé lors du match contre les Etats-Unis. Le dispositif des "casas bleues" a été reconduit cette année. Ces espaces de convivialité accueillent les adhérents au club des supporters créé par la fédération.

Un engouement à pérenniser

Les stades sont pleins pour encourager les Bleues, mais cet enthousiasme reste à confirmer après la compétition. Philippe Aumont rappelle que l'engouement autour des équipes féminines est un peu retombé en Allemagne après la forte mobilisation autour du Mondial organisé en 2011. "Là-bas, la fédération diffuse parfois un match de championnat sur son site, mais plus les télévisions." 

On sent un certain dynamisme et les groupes de supporters se multiplient dans les clubs féminins. Cette Coupe du monde peut permettre de les faire grossir.Richard Farjotà franceinfo

Si Richard Farjot évoque beaucoup de "joie" face à la ferveur suscitée par la compétition et le parcours des Bleues, il espère lui aussi que l'intérêt des Français perdurera après la Coupe du monde : "A la rentrée, il faudra notamment observer le nombre de spectateurs dans les stades de Division 1 et 2." Le président des France Ang'elles s'interroge également sur la possibilité de faire passer le championnat professionnel à 18 clubs, contre 12 actuellement, ou même de créer une seconde Coupe d'Europe. "Elles le méritent", ajoute-t-il, avec toutefois un bémol. "Est-ce que cela fera perdre l'ambiance bon enfant autour des équipes féminines ? Est-ce qu'on ne risque pas de perdre d'un côté ce qu'on gagnerait de l'autre ?" Peut-être le dilemme des prochaines années.