Bienvenue au Kazakhstan, le paradis des matchs truqués

Le championnat de football de cette république d'Asie centrale est miné par les "arrangements", avec des ballets de valises de billets et des interventions du pouvoir politique. 

Un supporter du Kazakhstan lors d\'un match contre l\'Angleterre, le 11 octobre 2011 à Londres. 
Un supporter du Kazakhstan lors d'un match contre l'Angleterre, le 11 octobre 2011 à Londres.  (IAN KINGTON / AFP)

Vous n'avez jamais entendu parler du football kazakh ? C'est normal. La seule image marquante qui a filtré du championnat kazakh dernièrement est arrivée directement dans les bêtisiers. Ça n'est quand même pas tous les jours qu'on voit un joueur de foot imiter Bruce Lee...

Pourtant, le championnat local vaut le détour. Pas forcément pour ce qui se passe sur le terrain, mais dans le secret des vestiaires. Une étude du syndicat des joueurs professionnels, la FIFPro, dresse un portrait peu réjouissant du football dans les pays de l'Est, notamment dans les républiques de l'ex-Union soviétique. Retards de salaire, agressions racistes, matchs truqués, le tableau brossé est très noir. Et le Kazakhstan détient un triste record... 

Un tiers des joueurs approchés pour truquer un match

Dans l'étude de la FIFPro, on apprend qu'un joueur du championnat kazakh sur trois a été approché pour truquer un match, record d'Europe toutes catégories confondues (oui, dans le monde du foot, le Kazakhstan est situé en Europe...). Et 45% des joueurs évoluant dans le pays sont totalement au courant de la fausseté du championnat. 

Capture du rapport de la FIFPro sur le football dans les pays de l\'Est.
Capture du rapport de la FIFPro sur le football dans les pays de l'Est. (FIFPRO)

Pourquoi ? La règle générale, édictée par Michel Platini, président de l'UEFA, c'est : "bas salaire = tentation de truquer les matchs pour de l'argent". "Si un joueur n’est pas payé, le risque d’être influencé par des ‘arrangeurs’ est majeur", affirme le patron du foot européen. Rien de plus facile : sur pas mal de sites internet, il est possible de parier sur la L2 iranienne, les obscures divisions russes ou sur le championnat kazakh, comme par exemple sur OddsPortal.net.    

Ici, on fait gagner "la bonne équipe"

Le cas du Kazakhstan est différent. Là-bas, le salaire moyen d'un footballeur s'échelonne entre 1 500 et 60 0000 dollars mensuels, largement au-dessus du salaire du Kazakh moyen (450 euros par mois en 2011). Même si les salaires arrivent en retard, c'est très au-dessus de la moyenne de l'Europe de l'Est au sens large du terme.

Les clubs sont financés par les entreprises, et leur ville est choisie par le régime : ainsi, quand le président-dictateur a fondé la capitale, Astana, un des clubs de l'ancienne capitale a déménagé fissa pour apporter le lustre qu'il convient à la nouvelle cité, raconte le site spécialisé Four Four Two. Le financement a suivi, puisque le club a réussi à attirer des stars russes en fin de carrière, comme Egor Titov, et qu'un stade à 185 millions de dollars a été bâti en catastrophe.

D'après la représentante du syndicat FIFPro sur place, Aigerim Sabralieva, "bien souvent, ce sont les arbitres qui truquent les matchs. Sur ordre de la fédération kazakhe, ils relancent le suspense dans le championnat. Par exemple en faisant gagner la 'bonne équipe', celle que le pouvoir veut voir gagner."

Pas de presse d'opposition et des clubs aux ordres

La fédération kazakhe entend conserver une bonne image. Pour le côté positif, c'est compliqué : la fédération a claironné son ambition de voir l'équipe nationale accéder à une grande compétition... avant de mettre ses rêves en veilleuse devant les contre-performances sportives. Côté négatif, pas de danger de voir sortir dans la presse locale une enquête choc sur les matchs truqués, déplore  Aigerim Sabralieva. Le Kazakhstan est 162e sur 178 au classement de Reporters Sans Frontières sur la liberté de la presse. 

L'étude de la FIFPro a fortement inquiété la fédération kazakhe de football, qui a interdit aux clubs de répondre. Du coup, le syndicat des joueurs a rencontré des sportifs secrètement, dans des lieux discrets. 

Le prochain titre de gloire du championnat kazakh s'appelle peut-être Aysultan Nazarbayev. Pour l'instant, cet avant-centre un peu bouffi évolue dans la réserve du Lokomotiv Astana, le club de la capitale. Pas forcément pour très longtemps, son entourage cherchant à lui dégotter une place à dans des clubs prestigieux détenus par des Russes, comme Chelsea ou Portsmouth, d'après le quotidien anglais TheTelegraph . Il faut dire que son grand-père s'appelle Noursoultan Nazarbayev. Il est le dictateur au pouvoir au Kazakhstan depuis la chute de l'URSS.