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Un club anglais a décidé d'enclencher la révolution verte dans le monde du ballon rond à coups d'éoliennes, de bouses de vache et de merlu durable. Ce qui ne se fait pas sans poser quelques problèmes...

Le \"New Lawn\", stade du club de foot des Forest Green Rovers, le 6 novembre 2010, à Nailsworth (Royaume-Uni).
Le "New Lawn", stade du club de foot des Forest Green Rovers, le 6 novembre 2010, à Nailsworth (Royaume-Uni). (PETE NORTON / GETTY IMAGES)

Un club de foot qui pose des panneaux solaires avec le soutien des ex-gloires du foot David Ginola et Gary Neville, jusque-là, pas de quoi crier à la révolution verte dans le monde du ballon rond. Mais ce club anglais qui s'essaye à devenir "durable", ce n'est pas n'importe lequel : il s'agit des Forest Green Rovers, une équipe qui affichait un "green" dans son nom avant même de passer sous la coupe d'un homme d'affaires végétarien féru d'écologie. 

Viande rouge et bière bon marché bannies du stade

Les Forest Green Rovers, c'est un honnête club de cinquième division anglaise qui n'avait jamais fait parler de lui jusqu'en 2010, quand Dale Vince en a pris les rênes. En quelques années, le patron d'Ecotricity, un fournisseur d'électricité verte, en a bouleversé le fonctionnement. Ainsi, la bonne vieille pinte servie dans les tribunes est devenue obligatoirement végétarienne alors que la plupart des bières sont "clarifiées à l'aide de substances animales", note le Végéblog.

Oubliez aussi toute vélléité de viande rouge, c'est désormais interdit dans le stade. Préparez-vous psychologiquement à manger des sandwichs bio ou du merlu durable à la mi-temps. La carte de la buvette est à voir ici, en VO et en PDF. Rassurez-vous : tout le monde est traité au même régime. "Si la viande rouge n'est pas assez bonne pour nos joueurs, elle ne l'est pas non plus pour notre staff ou nos supporters", explique Dale Vince à la BBC (lien en anglais)

Le club envisage également d'éclairer le terrain avec des LED pour réduire sa consommation énergétique et utilise déjà des panneaux solaires sur le toit du stade pour fournir 10 % des besoins en électricité du complexe. Le terrain est régulièrement recouvert de bouse de vache en guise d'engrais. Et les Forest Green Rovers sont même allés jusqu'à rebaptiser la rue qui mène au stade "Another Way" (une autre voie) pour marquer leur différence. 

Dans la petite ville de Nailsworth, où sont basés les Forest Green Rovers, on vit déjà en mode bobo. Alors proposer des milkshakes et des salades tomates-fêta au stade ne constitue pas un changement culturel significatif, remarque le blog spécialisé Two Hundred Percent (lien en anglais). Tout comme l'échelle des prix, plus proche d'un lounge branchouille que d'une baraque à frites. Mais dans les grands clubs, au public plus populaire, ce serait une autre paire de manches. 

Ailleurs, l'écologie footballistique au stade du gadget

En Angleterre surtout, d'autres idées, à mi-chemin entre le farfelu et le commercial, ont vu le jour. Liverpool a envisagé de faire payer moins cher les jeunes supporters qui apporteraient leurs déchets au stade pour les trier (si, si !). Manchester City a pensé installer une éolienne devant son stade (lien en anglais) avant d'y renoncer de peur que des stalactites tombent de l'engin et blessent les supporters (si, si ! ). Pendant ce temps, Chelsea a placé des détecteurs de mouvement (lien en anglais) dans les toilettes du club. 

Dans ce domaine environnemental, les clubs français accusent, eux, un certain retard, en dehors d'initiatives limitées. L'AS Saint-Etienne a installé des panneaux solaires sur son stade, le PSG a lancé un site de covoiturage dont la home page prend la poussière, l'OM a planté des arbres à chaque but pendant deux ans avant d'arrêter. Bref, rien de bien révolutionnaire. 

Les panneaux solaires qui recouvrent le stade Geoffroy-Guichard de Saint-Etienne (Loire), en août 2007. 
Les panneaux solaires qui recouvrent le stade Geoffroy-Guichard de Saint-Etienne (Loire), en août 2007.  (JEFF PACHOUD / AFP)

Révolution verte ou coup marketing ?

Si, dans les gros clubs, la révolution verte se révèle difficile à mettre en place, dans les petits, ça n'est pas une sinécure non plus. Même chez les Forest Green Rovers. De nombreux supporters du club de Dale Vince sont pour le moins déroutés par sa politique. Comme l'écrit Barney, qui se définit comme un supporter des FGR depuis 20 ans, "l'interdiction des hamburgers a rapporté à Dale Vince plus de temps d'antenne et d'articles dans les médias que ses éoliennes pour Ecotricity".

Un aspect pub à coté duquel nombre de clubs semblent ne pas vouloir passer. On ne compte plus ceux qui affirment, rien qu'en Angleterre, laver plus blanc et shooter plus propre. Ainsi, Ipswich Town (2e division) a claironné en septembre 2011 être devenu le premier "éco-club" (lien en anglais) en revendiquant zéro émission de CO2. Toutefois, ce chiffre est sujet à caution car basé sur les affirmations des supporters. Le Sutton United FC (5e division) s'est rengorgé d'être devenu le premier club à obtenir le label "Planet Positive" (lien en anglais), ce qui a fait autant de pub au label qu'au club. Et même Ecotricity, la compagnie de Dale Vince, s'était associée à un autre club (lien en anglais) en 2001 pour faire la promotion de ses éoliennes.

Or, pour les supporters, l'écologie est surtout pensée comme un coup marketing pour des clubs de seconde zone. Et cela leur plaît très moyennement. Le changement de logo des Forest Green Rovers - on y a ajouté une licorne et un lion - a déplu aux fans, par nature assez conservateurs. Ainsi, certains se sentent davantage les jouets d'un fils de pub écolo plutôt que des supporters d'un club de foot. 

"Le football échappe à toute logique. Ce n'est pas parce que les propriétaires des clubs prennent des décisions sans queue ni tête que les supporters vont boycotter ou soutenir un autre club", faisait justement remarquer The Guardian en 2008. Cependant, pas sûr que les Forest Green Rovers deviennent une attraction nationale, même en adoptant cette politique avant-gardiste. Ou bassement publicitaire, c'est selon.